CE QU'IL FAUT DE BALLES POUR TUER UN HOMME.

Le maréchal de Saxe disait jadis que pour tuer un homme il fallait son

poids de plomb. En dépit des perfectionnements de l'armement, les choses

n'ont guère changé de nos jours; c'est, du moins, ce qui résulte d'une

étude de la bataille de Kin Tcheou, faite, récemment par le général

Rohne, un spécialiste allemand bien connu.

Dans cette bataille qui précéda les opérations d'investissement de

Port-Arthur, les forces russes s'élevaient à 17.500 hommes dont 4.400

seulement furent engagés, tandis que l'effectif japonais comprenait

35.600 hommes. Les Russes perdirent au total 100 officiers et 1.375

soldats; les Japonais 133 officiers et 4.071 soldats.

La consommation des munitions s'éleva à 736.000 cartouches d'infanterie

et 7.780 coups de canon pour les Russes, 4.000.000 de cartouches et

40.150 coups de canon pour les Japonais.

En admettant que 18% des pertes ont été causées par l'artillerie et 82%

par les balles d'infanterie, on trouve que pour mettre un Russe hors de

combat il a fallu environ 151 coups de canon ou 3.300 cartouches

d'infanterie, et pour un Japonais 10,5 coups de canon ou 214 cartouches.

En comptant le poids des projectiles de l'artillerie japonaise à 6 kil.

5 et celui des balles de fusil à 10 gr. 5, on voit que, pour atteindre

un Russe, il a fallu près de 1.000 kilos d'acier et de plomb sous forme

de projectiles d'artillerie ou environ 32 kilos de plomb sous forme de

balles d'infanterie.

Le maréchal de Saxe a donc plus raison que jamais, et l'on ne saurait

s'étonner de ce résultat, car, contrairement au préjugé vulgaire, le

perfectionnement des armes à feu n'a aucune influence sur la grandeur

des pertes qu'une troupe peut subir à la guerre. Le pour cent de ces

pertes dépend uniquement de la valeur morale de la troupe engagée: si la

troupe est bravo, elle subit des pertes considérables, parce qu'elle

garce sa position sous le feu; mais si elle ne compte dans ses rangs que

des poltrons elle ne subit que des pertes insignifiantes, parce qu'elle

tourne le dos et se met à l'abri dès qu'elle a vu tomber quelques hommes

dans ses rangs. Il y a, en effet, longtemps que les poltrons ont reconnu

qu'à la guerre comme en escrime la meilleure parade est la neuvième,

celle qui consiste à... déguerpir.

_LA MACHINE A SOUFFLER LE VERRE._

La machine à souffler le verre a été inventée en Amérique en 1903, mais

c'est seulement en ces dernières années qu'elle a révolutionné

l'industrie des bouteilles.

En 1906, il existait 8 machines aux États-Unis; il y en avait 36 en

1908. On en compte aujourd'hui 136 qui produisent chacune 111 grosses et

demie, soit environ 16.000 bouteilles par journée de vingt-quatre

heures. La production totale en 1911 a atteint 3.575.000 grosses.

La main-d'oeuvre a naturellement baissé dans des proportions

considérables. Tandis que, de 1900 à 1910, la force motrice employée

dans les fabriques de bouteilles augmentait de 40%, l'effectif global du

personnel ne s'accroissait que de 7%. Et, au lieu de 10.000 souffleurs

en 1905, il n'y en a plus que 7.200 en 1911. Aussi, prévoit-on que, dans

peu d'années, cette profession spéciale aura complètement disparu aux

États-Unis.

L'Illustration, No. 3664, 17 Mai 1913 · 第 31 / 40 题