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Un jour qu'il y avait fête aux environs, Cecco demanda à sa fille ce
qu'il pourrait lui apporter pour lui faire plaisir.
«Père, dit-elle, si tu m'aimes, achète-moi un demi-_cantaro_ de sucre de
Palerme et autant d'amandes douces; joins-y cinq ou six bouteilles d'eau
de senteur, un peu de musc et d'ambre, une quarantaine de perles, deux
saphirs; une poignée de grenats et de rubis; apporte-moi aussi vingt
écheveaux de fil d'or, dix aunes de velours vert, une pièce de soie
cerise, et surtout, n'oublie pas une auge et une truelle d'argent.»
Qui fut étonné de ce caprice? ce fut le marchand; mais il avait été trop
bon mari pour ne pas savoir qu'avec les femmes il est plus court d'obéir
que de raisonner; il rentra le soir à la maison avec une mule toute
chargée. Que n'eût-il pas fait pour un sourire de son enfant?
Aussitôt que Violette eut reçu tous ces présents, elle monta dans sa
chambre et se mit à faire une pâte de sucre et d'amande en l'arrosant
d'eau et de jasmin. Puis, comme un potier ou un sculpteur, elle pétrit
cette pâte avec sa truelle d'argent, et en moula le plus beau petit
jeune homme qu'on eût jamais vu. Elle lui fit les cheveux avec des fils
d'or, les yeux avec des saphirs, les dents avec des perles, la langue et
les lèvres avec des rubis. Après quoi elle l'habilla de velours et de
soie, et le baptisa Perlino, parce qu'il était blanc et rose comme la
nacre de la perle.
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Quand elle eut fini son chef-d'oeuvre, qu'elle avait placé sur une
table, Violette battit des mains, et se mit à danser autour de Perlino;
elle lui chantait les airs les plus tendres, elle lui disait les paroles
les plus douces, elle lui envoyait des baisers à échauffer un marbre:
peine perdue, la poupée ne bougeait pas. Violette en pleurait de dépit,
quand elle se souvint à propos qu'elle avait une fée pour marraine.
Quelle marraine, surtout quand elle est fée, rejette le premier voeu
qu'on lui adresse? Et voici ma jeune fille qui pria tant et tant, que sa
marraine l'entendit de deux cents lieues et en eut pitié. Elle souffla;
il n'en faut pas davantage aux fées pour faire un miracle. Tout a coup
Perlino ouvre un oeil, puis deux; il tourne la tête à droite, à gauche,
puis il éternue comme une personne naturelle; puis, tandis que Violette
riait et pleurait de plaisir, voilà mon Perlino qui marche sur la table,
gravement, a petits pas, comme une douairière qui revient de l'église ou
un bailli qui monte au tribunal.
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Plus joyeuse que si elle eût gagné le royaume de France à la loterie,
Violette emporta Perlino dans ses bras, l'embrassa sur les deux joues,
le plaça doucement à terre, puis, prenant sa robe des deux mains, elle
se mit à danser autour de lui en chantant:
Danse, danse avec moi, Cher Perlino de mon âme,
Danse, danse avec moi,
Si tu veux m'avoir pour femme;
Danse, danse avec moi,
Je serai la reine, et tu seras le roi.
Nous sommes tous deux à la fleur de l'âge,
Plaisir de mes yeux, entrons on ménage.
Courir et sauter,
Danser et chanter.
Voilà toute la vie!
Si tu fais toujours tout ce que je veux,
Mon petit mari, tu seras heureux
A donner envie
Aux dieux
Des cieux.
Danse, danse avec moi:
Cher Perlino de mon âme
Danse, danse avec moi,
Si tu veux m'avoir pour femme;
Danse, danse avec moi,
Je serai la reine et tu seras le roi.
Cecco, qui refusait le compte de ses marchandises, parce qu'il lui
semblait dur de ne gagner qu'un million de ducats dans l'année, entendit
de son comptoir le bruit qu'on faisait au-dessus de sa tête. «_Per
Baccho!_ s'écria-t-il, il se passe là-haut quelque chose d'étrange; il
me semble qu'on se querelle.
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Il monta, et, poussant la porte, vit le plus joli spectacle du monde. En
face de sa fille, rouge de plaisir, était l'Amour en personne, l'Amour
en pourpoint de velours et de soie. Les deux mains dans les mains de sa
petite maîtresse, Perlino, sautant des deux pieds à la fois, dansait,
dansait, comme s'il ne devait jamais s'arrêter.
Aussitôt que Violette aperçut l'auteur de ses jours, elle lui fit une
humble révérence, et lui présenta son bien-aimé.
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«Mon seigneur et père, lui dit-elle, tu m'as toujours dit que tu
désirais me voir mariée. Pour t'obéir et te plaire, j'ai choisi un mari
suivant mon coeur.
--Tu as bien fait, mon enfant, répondit Cecco, qui devina le mystère;
toutes les femmes devraient prendre exemple sur toi. J'en connais plus
d'une qui se couperait un doigt de la main, et non pas le plus petit,
pour se fabriquer un mari à son goût, un petit mari tout confit de sucre
et de fleur d'oranger. Donne-leur ton secret, tu sècheras bien des
larmes. Il y a deux mille ans qu'elles se plaignent et dans deux mille
ans elles se plaindront encore d'être incomprises et sacrifiées.»
Sur quoi il embrassa son gendre, le fiança sur l'heure, et demanda deux
jours pour préparer la noce. Il n'en fallait pas moins pour inviter tous
les amis à la ronde et dresser un dîner qui ne fût pas indigne du plus
riche marchand de Paestum.
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