_La princesse Adalbert de Sauer-Apfel à sa tante._
Chère tante,
Vous ne pouvez vous imaginer l'agitation qui règne ici. Plusieurs
fois par jour la princesse a des consultations avec le chambellan
et la chanoinesse; Adalbert continue à ne rien dire et refuse
d'entrer en lutte avec ses parents. On m'a encore offert hier
matin l'œuf nº 4, mais avant le dîner est arrivée la lettre de
l'excellent Schwerkopf; la princesse a eu des attaques de nerfs,
la chanoinesse s'est évanouie, et Son Altesse Sérénissime a bu
trois verres de _snaps_: cependant le prince a déclaré que, pour
en finir, il me céderait l'œuf nº 1. Ma belle-mère s'est écriée
aussitôt qu'elle mourrait si elle devait voir l'électeur de
Sauer-Apfel abaissé dans sa propre famille; elle s'est servie
de termes très-impertinents en parlant de Son Altesse Royale,
prétendant qu'il avait été bien heureux autrefois de l'alliance
des Sauer-Apfel. J'attends les ordres de notre cher oncle pour
savoir ce que je dois faire; mais il me semble que notre famille a
été outragée.
Votre affectionnée nièce,
Marie.
[Illustration]
X
_La baronne von Nobelfamilien à la princesse Adalbert de
Sauer-Apfel._
[Illustration]
Cher petit trésor,
Ce soir le comte de Sussenlippen quitte la cour de X... pour se
rendre à Sauer-Apfel; ce n'est pas la première mission délicate
dont il a l'honneur d'être chargé par Son Altesse Royale. J'ai
été appelée en conférence secrète chez le Grand-Duc, et j'ai
communiqué à Sussenlippen toutes tes lettres; il s'est rendu
parfaitement compte de la situation; il la trouve _très-délicate_;
mais sa vieille expérience diplomatique lui indiquera la voie à
suivre; sa politique sera de _conciliation_. Je n'ai pas besoin de
te dire qu'il ne s'agit pas de concessions; la nièce de S. A. R.
le grand-duc régnant de X... ne peut pas en faire. Sussenlippen a
presque promis un résultat favorable; mais il n'a pas voulu dire
son secret même à Son Altesse Royale. Je n'ai pas besoin de te
faire part de mes inquiétudes, mon cher petit trésor.
Ta tante,
Baronne von Nobelfamilien.