EXPOSITION DES GRANDS PRIX ET DES ENVOIS DE ROME.

--SÉANCE ANNUELLE.

Lorsque des lettres-patentes de Louis XIV eurent, en 1655, confirmé la

naissante Académie de peinture, elle reçut presque immédiatement son

complément par la création de l'École de Rome, dont Charles Errard, de

Nantes, fut le premier directeur. Il y a eu constamment, depuis, un

échange annuel entre l'ancienne et la nouvelle capitale du monde

civilisé. Nous envoyons à Rome, pendant cinq années, aux appointements de

trois mille francs, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des

graveurs, voire, même des musiciens; et, pour répondre à la munificence

de l'État, ils sont tenus de nous envoyer des travaux déterminés par les

règlements, La Révolution française n'a modifié sur ce point les

institutions monarchiques que pour les refondre en deux corps homogènes,

l'Institut et l'École Royale des Beaux-Arts. Chaque année, un certain

nombre de jeunes gens, Français et vaccinés, obtiennent, par voie de

concours, le droit d'assister gratuitement à des cours de dessin, de

perspective, d'anatomie, de constructions, d'architecture, etc. Deux

concours d'essai (un seul pour les architectes) déterminent ceux des

élèves qui doivent se disputer le grand prix. Les élèves entrent en

loge, c'est-à-dire qu'on les enferme dans une chambre pour y composer

une esquisse dont ils doivent suivre les indications, et où ils passent

leurs journées pendant un espace de temps fixé. Cette réclusion

temporaire est propre à glacer les inspirations les plus chaleureuses.

Jugez-en par les conditions imposées aux logistes peintres: ils ne

peuvent introduire ni dessins ni draperies; on ne laisse passer que les

bosses et les études qu'ils peuvent faire chez eux d'après des modèles

de femme; car les modèles d'homme seuls posent en loge. Le gardien a le

droit de fouiller chaque concurrent à l'entrée ou à la sortie; les

toiles sont timbrées pour qu'on n'en puisse changer. Défense est faite

aux logistes, sous peine d'exclusion, de se visiter avant le dernier

jour de leur emprisonnement. Quand ce jour est arrivé, le secrétaire

perpétuel, assisté d'un membre de l'Académie, vient apposer les scellés

sur les tableaux, qui sèchent en paix jusqu'au moment où ils sont vernis

et encadrés pour l'exposition publique.

Cette année, les peintres sont restés en loge du 1er juin au 26 août;

les sculpteurs, du 15 juin au 11 septembre; les architectes, du 9 mai au

16 septembre; les graveurs, du 12 avril au 11 septembre. Cent cinquante,

peintres s'étaient présentés au concours d'esquisse, dont le sujet était

_Ulysse reconnu par sa nourrice Eurydice_. Vingt d'entre eux ont été

choisis pour peindre une figure d'après nature, en quatre jours, en

travaillant sept heures par jour. Les dix concurrents sortis victorieux

de cette dernière épreuve ont été MM. Damery, élève de Delaroche;

Debedeucq, élève de Coignet; Picou, Jobbé-Duval, élèves de Delaroche;

Bénouville, élève de Picot; Hillemaker, élève de Coignet; Villaine,

Charles Jalabert, élèves de Delaroche; Duveau, élève de Coignet; et

Cambard, élève de Signol. Leurs productions ont été soumises à

l'appréciation du public les 27, 28 et 29 septembre, et l'Académie, dans

sa séance du samedi 30, a décerné le premier grand prix à M. Eugène-Jean

Damery, de Paris, âgé de vingt ans; le premier second grand prix à M.

François-Léon Bénouville, de Paris, âgé de vingt-deux ans et demi; et le

deuxième second grand prix à M. Henri-Augustin Gambard, de Sceaux

(Seine), âgé de vingt-quatre ans.

Selon l'usage immémorial et presque sans exception, on avait extrait le

sujet du concours de la mythologie païenne. La peste afflige la ville de

Thèbes; l'oracle déclare que les Thébains sont punis de n'avoir pas

vengé la mort de leur roi Laïus. Oedipe, apprenant qu'il est

involontairement parricide et incestueux, s'arrache les yeux et se

condamne à l'exil. Ses fils le chassent de son palais; il quitte Thèbes,

maudit par les citoyens et soutenu par sa fille Antigone.

Ce programme était indiqué comme _tiré de la tragédie d'Oedipe roi_, de

Sophocle. Nous avons sous les yeux une édition grecque avec le mot-à-mot

latin (Cambridge, 1673, in-8°), et nous pouvons affirmer que [Grec:

Oidipios torannos] ne renferme rien de semblable. Les Théhains, loin de

maudire Oedipe, lui témoignent constamment la plus vive sympathie;

Antigone et sa soeur Ismène sont représentées comme deux enfants dont

_le bas âge excite l'intérêt_, et les fils d'Oedipe ne figurent même pas

au nombre des personnages de la pièce. On doit donc considérer ce sujet

comme imaginé par MM. les membres de la section de sculpture, et nous ne

nous en plaindrions pas s'il n'avait l'inconvénient de nous étaler de

hideux spectacles, un vieillard qui s'est crevé les veux, des

pestiférés, du sang et des plaies répugnantes.

Le tableau de M. Damery est sagement composé, sagement exécuté, mais

sans hardiesse et sans vigueur. L'incorrection de la perspective

rapproche trop les figures des monuments; la tête de l'Oedipe n'est pas

assez grosse pour le corps; cette peinture a toutefois des parties bien

traitées, comme la tête d'un Thébain placé derrière Oedipe, et le groupe

qui occupe la gauche.

Il y a des tableaux qui, reproduits par la gravure, excitent une juste

admiration, mais dont le coloris défigure l'original. Tel est l'Oedipe

de M. Bénouville. L'ensemble a de l'harmonie, le dessin de la pureté, la

perspective de la justesse; les têtes et les attitudes ont cette dignité

calme dont Poussin fournit les modèles; mais pourquoi avoir donné aux

chairs, aux draperies, aux monuments, des tons chocolat, bronze,

vert-pomme, ou des teintes qui n'ont de nom dans aucune langue?

La manière de M. Gambard rappelle, exactement celle de M. Signol, son

maître, du moins par le coloris. La composition, exécutée en hauteur,

est simple et harmonieuse, mais déparée par un défaut essentiel.

Antigone a les épaules carrées, les membres solides, la taille

majestueuse; Oedipe, au contraire, rabougri, chétif, est péniblement

remorqué par sa robuste compagne.

De même que les peintres, les sculpteurs ont eu à traiter un sujet grec

pour le concours d'essai, _les Adieux d'Hector à Andromaque_; un second

sujet grec pour le concours définitif, _la Mort d'Épaminondas_. Les huit

élèves admis en loge ont été MM. Moreau, Thomas, Maréchal, élèves de MM.

Ramey et Dumont: Lequesne, élève de M. Pradier: Lavigne, élève de MM.

Ramey et Dumont; Maillet, élève de M. Fouchères; Leharivel, élève de MM,

Ramey et Dumont; Guillaume, élève de M. Pradier. On a pu voir, les 13,

14 et 15 septembre, les huit bas-reliefs exposés au rez-de-chaussée du

palais des Beaux-Arts; et, le 16, ont été proclamés les noms de MM.

René-Ambroise Maréchal, de Paris, âgé de vingt-cinq ans et demi; Eugène

Lequesne, de Paris, âgé de vingt-huit ans et demi; et Hubert Lavigne, de

Cons-la-Grand-Ville (Moselle), âgé de vingt-cinq ans.

Le bas-relief de M. Maréchal est bien conçu. Un soldat présente à

Épaminondas son bouclier; un autre, arrivant tout haletant du combat,

lui tend une branche de laurier en signe de victoire. Les chairs sont

étudiées avec soin, et les draperies, un peu épinglées, attestent dans

l'artiste la science de l'ajustement. La figure du vieux guerrier, qu'on

voit à l'extrémité droite appuyé sur son javelot, est une excellente

académie. La tête de d'Épaminondas exprime à la fois les souffrances

physiques et la joie morale; mais la position du trait fatal dans le

corps du mourant présente une grave invraisemblance. D'après les détails

que Xénophon, Pausanias, Diodore de Sicile, Plutarque et Cornélius Nepos

nous ont transmis sur la mort d'Épaminondas, il fut rapporté dans sa

tente et eut le temps, avant d'expirer, d'apprendre, des nouvelles du

combat. Le fer de lance, comme l'a placé M. Maréchal, traverse le grand

dentelé, le diaphragme, et pénètre dans le poumon gauche; or, avec une

pareille blessure, il nous paraît difficile de soutenir la moindre

conversation.

Le travail de M. Lequesne n'a point paru à l'exposition générale des

grands prix. Une affiche annonçait qu'en vertu d'une décision prise par

l'Académie dans la séance du 27 septembre 1843, le bas-relief était

exclu de l'exposition, «parce qu'il y avait été fait, après le jugement,

et avant le moulage, des retouches et des changements considérables.»

Ces changements considérables se réduisaient à la correction d'une tête

de profil visible à peine sur le dernier plan, et d'un casque jeté à

terre aux pieds du personnage principal. Il est fâcheux qu'on ait

invoqué ce prétexte contre M. Lequesne, dont la composition se

recommandait par le mouvement et la vigueur.

Dans le bas-relief de M. Lavigne, Épaminondas, levant la main gauche,

remercie les dieux du triomphe de sa patrie; de l'autre main, il arrache

le fer de sa plaie. Un soldat posant la main sur le coeur du mourant

fait signe au médecin que la mort est prochaine. A l'extrémité droite,

est un autre soldat nu qui pleure la perte de son général. Les figures

de M. Lavigne sont heureusement groupées, et les parties nues d'un

modelé satisfaisant.

Les prix d'architecture ont été adjugés à MM. Jacques-Martin Tétaz, de

Paris, âgé de vingt-cinq ans et demi, élève de MM. Huyot et Lebas;

Pierre-Joseph Dupont, de Dijon, âgé de vingt-huit ans, élève de MM.

Debret et Huvé; Louis-Jules André, de Paris, âgé de vingt-quatre ans,

élève de MM, Huyot et Lebas. Le sujet était un _Palais de l'Institut

destiné à recevoir les cinq grandes Académies_: le projet de M. Tétaz ne

manquait pas d'élégance; le portique corinthien couronné de statues, le

dôme coupé par une terrasse à la partie supérieure, les corps de logis

doriques de l'enceinte offraient un ensemble imposant. Le plan de M.

Dupont était surchargé d'ornements de l'extérieur, mais l'emportait sur

celui du premier grand prix par les distributions intérieures. On

remarquait dans le travail de M. André le dôme central et la colonnade

dorique du mur d'enceinte. Les autres concurrents étaient MM. Delage,

Desbuissons, Lecoeuvre, Dubois et Louvet. Tous leurs projets, exposés

les 20, 21 et 22 septembre, avaient entre eux la plus grande analogie,

et paraissent calqués sur le bâtiment actuel des Quatre-Nations.

Le prix de gravure en médaille et sur pierre fine n'a pas été disputé,

La glyphique illustrée chez les Grecs, et au treizième siècle par

d'habiles artistes, est tombée aujourd'hui en discrédit, et n'est guère

cultivée que comme métier par les fabricants de cachets. Seul reçu en

loge, M. Louis Merley, de Saint-Etienne (Loire), âgé de vingt-huit ans

et demi, élève de MM. David et Galle, a obtenu sans contestation le

premier grand prix. Il avait à exécuter en bas-relief _Ardon précipité

dans la mer, reçu par un dauphin et transporté au cap Ténare_; puis il

devait réduire ce bas-relief en creux sur un coin d'acier, et copier sur

pierre fine un camée antique. M. Merley s'est acquitté

consciencieusement de ces différents travaux, et il était juste de

l'encourager dans une carrière à laquelle bien peu de jeunes gens

daignent se consacrer aujourd'hui.

Aux expositions partielles a succédé, du 1er au 8 octobre, l'exposition

générale des grands prix et des envois de Rome. Cette année, différentes

circonstances, les maladies, le mauvais vouloir, on des obstacles

imprévus, ont empêché plusieurs pensionnaires d'accomplir leurs

obligations. Les travaux expédiés sont en petit nombre et peu saillants;

l'oeuvre capitale, celle qui prime tous les autres envois par les

dimensions et l'importance du sujet, est le _Jérémie_, de M. Murat,

pensionnaire de cinquième année. Le peintre, s'inspirant du chapitre 21

des _Lamentations_ du prophète, l'a représenté au milieu des vieillards

et des jeunes filles de Jérusalem, gémissant sur le sort de la Ville

Sainte et des Hébreux captifs de l'étranger. La scène est éclairée par

les rayons d'un soleil couchant dont l'effet est rendu avec une

remarquable puissance de couleur. En louant, dans la composition de M.

Murat, l'arrangement des groupes et la grâce de quelques figures de

femmes, nous lui reprocherons l'absence de caractère. Rien n'indique que

l'action soit en Judée, au temps de Nabuchodonosor; le prophète n'est

pas assez distinct de ceux qui l'entourent; son attitude exprime moins

l'inspiration que l'accablement. En lui donnant les rides et la barbe

blanche d'un vieillard, M. Murat n'a point songé que Jérémie, qui,

destiné à la prophétie des le sein de sa mère, commença ses prédications

sous le règne de Josias, l'an 629 avant Jésus-Christ, était jeune encore

à l'époque de la prise de Jérusalem par les Babyloniens, l'an 606 avant

notre ère.

M. Pils, pensionnaire de quatrième année, a envoyé la copie d'une

fresque du cloître de l'Annunziata de Florence, _la Mort de saint

Philippe Benizzi_, par Andréa del Sarto, et une petite esquisse, _les

Prisonniers athéniens récitant les tragédies d'Euripide_. La copie

reproduit fidèlement une de ces peintures religieuses d'un siècle où la

forme était sacrifiée au sentiment. L'esquisse est peinte avec vigueur

et témoigne d'une étude sérieuse des décorations grecques et étrusques.

Nous avons de M. Hébert, pensionnaire de troisième année, un passage

d'un ton chaud, et la Rêverie. Deux femmes demi-nues sont assises sur

une terrasse; l'une, vue de dos, tient un narguillié; l'autre, vue de

profil, laisse échapper de ses mains une mandoline. Sur le second plan,

on aperçoit les dômes et les minarets de Constantinople, et dans le

lointain l'azur limpide du Bosphore. M. Hébert, sans avoir jamais visité

l'Orient, en a deviné, l'éclatante lumière; ses tons ont une vigueur qui

n'exclut point la transparence, mais ses figures sont dépourvues de

modelé; et puis est-ce là un sujet assez sérieux? est-ce pour arriver à

peindre dus vignettes sur une grande échelle qu'on envoie les élèves

évoquer les souvenirs de la Ville Éternelle, et ne doit-on pas laisser

les odalisques à ceux qui fabriquent des lithographies à l'usage des

boudoirs parisiens?

[Illustration: La Mort d'Épaminondas, premier Grand-Prix de Sculpture

par m. Maréchal.]

M. Brisset, pensionnaire de deuxième année, voulant peindre une

académie, a pris pour prétexte _le Fils de Priam, tué par Achille au

siège de Troie_. M. Lebouy a représenté un jeune berger, un pasteur de

Virgile courtisant une jeune bergère, et lui répétant ces vers d'André

Chénier:

Ma belle Pammyrhis, il faut bien que tu m'aimes;

Nous avons mêmes yeux; nos âges sont les mêmes.

L'inexpérience d'un pensionnaire de première année est sensible dans

cette peinture qui a toutefois le charme d'une simplicité naïve.

M. Lanoue, paysagiste de première année, a bizarrement implanté une

scène du _Nouveau Testament_ dans un site des États romains. Après avoir

retracé une _Vue de la route d'Albano à Striccia_, il y a placé les

_Saintes femmes au tombeau de Notre-Seigneur_ comme si de lourds massifs

d'arbres européens, et une grotte creusée dans les flancs d'un verdoyant

coteau, pouvaient représenter les âpres rochers et la végétation brûlée

du Golgotha.

[Illustration: Oedipe s'en allant de Thèbes, premier Grand-Prix de

Peinture, par M. Damery.]

L'envoi de sculpture ne se compose que de trois morceaux: _l'Empereur

Commode aux jeux du Cirque_, ébauche sans conséquence de Ml. Vilain

(pensionnaire de quatrième année); une copie en marbre du _Mars_ de la

villa Ludovisi, par M. Godde, élève de première année, et _Oreste

poursuivi par les Furies_, statue en marbre par M. Chambard, élève de

cinquième année. Cette grande figure en pied n'est pas plus un Oreste

que n'importe quel autre personnage en garde contre un invisible ennemi,

mais elle a des muscles bien exécutés.

M. Vathier, élève de troisième année, graveur en médaille, n'a pas eu le

temps d'achever sa _médaille commémorative des secours apportés aux

victimes des inondations qui ont ravagé la France en 1840_. Les parties

terminées font augurer favorablement de l'oeuvre complète. Le bas-relief

du même pensionnaire, _la Douleur pleurant sur la terre_, manque

complètement de modelé.

[Illustration: Ardon sauvé par un Dauphin premier Grand-Prix de Gravure

en médaille par M. Merley.]

Les graveurs en médaille que le gouvernement français entretient à Rome

nous envoient de la sculpture en guise de médailles; de même les

graveurs ne nous donnent presque jamais de gravures; ils se bornent à

copier à l'aquarelle des tableaux des différents maîtres. C'est ce

qu'ont fait cette année, avec beaucoup de soin et de talent, MM.

Saint-Eve et Pollet, M. Saint-Eve, élève de deuxième année, a reproduit

la _Madone_ d'Andréa del Sarto, et le portrait de ce maître par

lui-même, tableaux tirés de la galerie _dei Uffizzi_ de Florence. M.

Pollet, pensionnaire de quatrième année, a exposé de charmantes copies

d'après Raphaël, Titien, Léonard de Vinci et Andréa del Sarto. Nous

signalerons surtout le _Joueur de Violon_ et la _Madona alla seggiola_,

d'après les originaux de Raphaël, qui sont, l'un dans La galerie Pitti

de Florence, l'autre dans le palais Sciarra de Rome.

Deux architectes seulement ont satisfait à leurs engagements envers

l'Académie des Beaux-Arts. M. Picard, élève de première année, a trouvé

une excuse trop légitime dans une grave indisposition; M. Ballo, de

deuxième année, n'a pu obtenir à temps l'autorisation de pénétrer dans

un couvent de femmes où sont encloses les ruines qu'il se propose

d'étudier. M. Lefuel, de troisième année, n'a terminé que quinze dessins

sur vingt qu'il avait promis de livrer. Ces lavis, exécutés avec soin,

représentent des portions de l'arc de Septime Sévère, des temples de la

Concorde et de Jupiter Tonnant, du portique des douze grands dieux et du

Tabularum, édifice antérieur aux empereurs, où se gardaient les actes

public; et les senatus-consultes, gravés sur des tables de bronze. M.

Guenepin, de cinquième année, a présenté, à titre de projet d'_Hôtel des

Invalides de la marine_, un entassement confus de toitures, de dômes, et

de pavillons. L'Académie attendait du même artiste une _restauration des

thermes de Titus_; mais ce travail, commencé depuis deux ans, nécessite

des fouilles considérables qu'il a été impossible d'achever.

L'Académie des Beaux-Arts n'a pas cru devoir accorder cette année le

premier grand prix de composition musicale.

Un second prix seulement a été décerné à M. Henri-Louis-Charles

Duvernoy, élève de M. Halévy.

Sa cantate a été exécutée par mademoiselle Lavoye. MM. Alexis Dupont et

Bouché, soutenus par un excellent orchestre, que dirigeait M. Battu,

lieutenant en premier de M. Habeneck à l'Opéra. Ce morceau a paru

généralement d'une longueur démesurée. Le jeune auteur n'avait pas sans

doute répandu sur son oeuvre assez de variété.

Son instrumentation est en général bien traitée; il est bon harmoniste.

Comment un élève de M. Halévy ne le serait-il pas? Comme mélodiste, il

est beaucoup plus faible, et ses études, selon nous, doivent tendre

désormais à lui faire acquérir ce qui lui manque sous ce rapport.

La composition instrumentale de M. Gounod, pensionnaire de Rome, qui a

servi d'ouverture à la séance, est assez bien faite; mais ne peut-on pas

lui adresser le même reproche qu'à la cantate de M. Duvernoy?

La partie la plus longue et la plus intéressante de cette séance

solennelle a été la lecture de la _Notice historique sur la Vie et les

Ouvrages de Chérubini_. Ce travail assez long, mais fait avec soin,

écrit d'un excellent style, plein d'aperçus ingénieux, et où brillent çà

et là de spirituelles saillies, a constamment tenu l'auditoire en

haleine, et des applaudissements unanimes ont plus d'une fois interrompu

l'orateur.

[Illustration: Envois de Rome--Le Joueur de Violon, _fac similé_ du

dessin de M. Pellet d'après Raphaël.]

[Illustration: Envois de Rome.--Les Lamentations de Jérémie, tableau de

M. Murat.]

Il serait superflu de suivre M. Raoul Rochette dans tous les détails de

cette biographie. Tous les faits qu'il raconte sont connus depuis

longtemps. Quant à l'appréciation à laquelle il se livre des travaux de

Chérubini, nous ne saurions la prendre au sérieux. «Où la critique n'est

pas permise, de Figaro, il n'y a point d'éloge flatteur.» M. Raoul

Rochette ne critiquant rien,--et l'on comprend que le lieu, la

circonstance et sa position officielle le lui aient défendu,--ses éloges

ne sont guère à discuter. Nous ne reprocherons donc pas à M. le

secrétaire perpétuel d'avoir vanté la _grâce_ et le _charme_ des

mélodies de Chérubini, et de lui avoir bravement fait honneur de toutes

les inventions de Gluck, d'Haydn et de Mozart. Mais n'est-ce pas pousser

un peu loin l'hyperbole académique que d'avoir représenté Napoléon et

Chérubini comme deux adversaires, deux ennemis, dont l'un fut

persécuteur et l'autre victime. Quel mal Napoléon a-t-il jamais fait à

Chérubini? l'a-t-il jamais entravé dans sa marche? a-t-il empêché qu'on

jouât ses opéras? Pas le moins du monde. Il ne lui a point accordé de

faveurs; mais à quel titre lui en aurait-il dû? A ne consulter que son

sentiment personnel, la musique de Chérubini l'ennuyait; à consulter le

sentiment public, les opéras de Chérubini tombaient presque toujours.

Pouvait-il deviner que l'auteur de _Démaphon_ et de _l'Hôtellerie

portugaise_ ferait sous la Restauration de magnifiques _motets_ et des

messes sublimes? Chérubini, malgré un talent immense, que nous ne

songeons pas à contester, a joué pendant la moitié de sa vie le rôle de

grand homme _incompris_, et il y avait pour cela d'excellentes raisons

que nous dirions à toute autre occasion qu'à celle de son oraison

funèbre.

[Illustration: Envois de Rome.--Oreste poursuivi par les Furies, statue

en marbre par M. Chambard.]

L'Illustration, No. 0033, 14 Octobre 1843 · 第 7 / 17 题