XXIV

Est-elle l’instinct de défense et de conservation de l’humanité?

Est-elle le produit le plus pur de notre raison, ou bien y retrouve-t-on

un grand nombre de ces forces sentimentales qui ont si fréquemment

raison contre la raison même, et qui ne sont au fond qu’une sorte de

raison inconsciente et plus vaste, à laquelle la raison consciente

apporte presque toujours une approbation étonnée quand elle arrive aux

lieux d’où ces bons sentiments voyaient depuis longtemps ce qu’elle ne

voyait pas encore? De quoi dépend-elle davantage, de notre caractère ou

de notre intelligence? Questions qui ne sont peut-être pas oiseuses si

l’on se demande ce qu’il convient de faire pour donner toute sa force et

tout son éclat à cet amour de la justice qui est le joyau central de

l’âme humaine. Tous les hommes aiment la justice, mais tous ne l’aiment

pas du même amour, farouche et exclusif. Tous n’ont pas les mêmes

scrupules, la même sensibilité, ni la même certitude. Nous rencontrons

des êtres d’une intelligence très développée, dont le sentiment du juste

et de l’injuste est infiniment moins délicat et moins sûr que chez

d’autres d’une intelligence apparemment très médiocre; et cette portion

de nous-mêmes, mal connue et mal définie, qu’on nomme le caractère a ici

une grande influence. Mais il est difficile d’évaluer ce qu’un caractère

simplement honnête suppose d’intelligence plus ou moins inconsciente. Au

surplus, il importe avant tout d’apprendre de quelle manière il est

possible d’éclairer et d’augmenter en nous l’amour de la justice; et à

ce point de vue une chose est certaine, à savoir que notre caractère

commence par échapper à l’action directe de notre bonne volonté, au lieu

que le développement de notre intelligence y est en grande partie

soumis; on devient meilleur en devenant plus intelligent; et il est

loisible à tout homme de cultiver et d’étendre son intelligence. C’est

donc en passant par notre intelligence que nous améliorerons cette

portion de l’amour de la justice qui ressortit à notre caractère, car, à

mesure que l’intelligence s’élève et s’éclaire, elle parvient à dominer,

à éclairer, à transformer nos sentiments et nos instincts.

Mais n’allons plus placer ni interroger cet amour dans une sorte

d’infini surhumain et souvent inhumain. Il ne participerait ni de la

grandeur ni de la beauté que cet infini peut avoir, il serait incohérent

et inactif comme lui. Tandis qu’en apprenant à le trouver et à l’écouter

en nous-mêmes, où il est réellement, en voyant de quelle manière il

profite de toutes les acquisitions de notre esprit, de toutes les joies

et de toutes les souffrances de notre cœur, nous saurons bientôt ce

qu’il faut faire pour l’augmenter et l’épurer.

Le temple enseveli · 第 30 / 111 题