COMÉDIE

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Note du transcripteur.

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Ce document est tiré de:

OEUVRES COMPLÈTES DE

SHAKSPEARE

TRADUCTION DE

M. GUIZOT

NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE

AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE

DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES

Volume 6

Le marchand de Venise, Les joyeuses Bourgeoises de

Windsor, Le roi Jean, La vie et la mort du roi Richard II,

Henri IV (1re partie).

PARIS

A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE

DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS

35, QUAI DES AUGUSTINS

1863

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LES

JOYEUSES BOURGEOISES

DE WINDSOR

COMÉDIE

NOTICE

SUR

LES JOYEUSES BOURGEOISES

DE WINDSOR

Selon une tradition généralement reçue, la comédie des _Joyeuses

Bourgeoises de Windsor_ fut composée par l'ordre d'Élisabeth, qui,

charmée du personnage de Falstaff, voulut le revoir encore une fois.

Shakspeare avait promis de faire mourir Falstaff dans Henri V[1] mais

sans doute, après l'y avoir fait reparaître encore, embarrassé par la

difficulté d'établir les nouveaux rapports de Falstaff avec Henri devenu

roi, il se contenta d'annoncer au commencement de la pièce la maladie et

la mort de Falstaff, sans la présenter de nouveau aux yeux du public.

Élisabeth trouva que ce n'était pas là tenir parole, et exigea un nouvel

acte de la vie du gros chevalier. Aussi paraît-il que _les Joyeuses

Bourgeoises_ ont été composées après Henri V, quoique dans l'ordre

historique il faille nécessairement les placer avant. Quelques

commentateurs ont même cru, contre l'opinion de Johnson, que cette pièce

devait se placer entre les deux parties de Henri IV; mais il y a, ce

semble, en faveur de l'opinion de Johnson qui la range entre Henri IV et

Henri V, une raison déterminante, c'est que dans l'autre supposition

l'unité, sinon de caractère, du moins d'impression et d'effet, serait

entièrement rompue.

[Note 1: _Voyez_ l'épilogue de la deuxième partie d'Henri IV.]

Les deux parties de Henri IV ont été faites d'un seul jet, ou du moins

sans s'écarter d'un même cours d'idées; non-seulement le Falstaff de la

seconde partie est bien le même homme que le Falstaff de la première,

mais il est présenté sous le même aspect; si dans cette seconde partie,

Falstaff n'est pas tout à fait aussi amusant parce qu'il a fait fortune,

parce que son esprit n'est plus employé à le tirer sans cesse des

embarras ridicules où le jettent ses prétentions si peu d'accord avec

ses goûts et ses habitudes, c'est cependant avec le même genre de goûts

et de prétentions qu'il est ramené sur la scène; c'est son crédit sur

l'esprit de Henri qu'il fait valoir auprès du juge Shallow, comme il se

targuait, au milieu de de ses affidés, de la liberté dont il usait avec

le prince; et l'affront public qui lui sert de punition à la fin de la

seconde partie de Henri IV n'est que la suite et le complément des

affronts particuliers que Henri V, encore prince de Galles, s'est amusé

à lui faire subir durant le cours des deux pièces. En un mot, l'action

commencée entre Falstaff et le prince dans la première partie, est

suivie sans interruption jusqu'à la fin de la seconde, et terminée alors

comme elle devait nécessairement finir, comme il avait été annoncé

qu'elle finirait.

_Les Joyeuses Bourgeoises de Windsor_ offrent une action toute

différente, présentent Falstaff dans une autre situation, sous un autre

point de vue. C'est bien le même homme, il serait impossible de le

méconnaître; mais encore vieilli, encore plus enfoncé dans ses goûts

matériels, uniquement occupé de satisfaire aux besoins de sa

gloutonnerie. Doll Tear-Sheet abusait encore au moins son imagination;

avec elle il se croyait libertin; ici il n'y songe même plus; c'est à se

procurer de l'argent qu'il veut faire servir l'insolence de sa

galanterie; c'est sur les moyens d'obtenir cette argent que le trompe

encore sa vanité. Élisabeth avait demandé à Shakspeare, dit-on, un

Falstaff amoureux; mais Shakspeare, qui connaissait mieux qu'Élisabeth

les personnages dont il avait conçu l'idée, sentit qu'un pareil genre de

ridicule ne convenait pas à un pareil caractère, et qu'il fallait punir

Falstaff par des endroits plus sensibles. La vanité même n'y suffirait

pas; Falstaff sait prendre son parti de toutes les hontes; au point où

il en est arrivé, il ne cherche même plus à les dissimuler. La vivacité

avec laquelle il décrit à M. Brook ses souffrances dans le panier au

linge sale n'est plus celle de Falstaff racontant ses exploits contre

les voleurs de Gadshill, et se tirant ensuite si plaisamment d'affaire

lorsqu'il est pris en mensonge. Le besoin de se vanter n'est plus un de

ses premiers besoins; il lui faut de l'argent, avant tout de l'argent,

et il ne sera convenablement châtié que par des inconvénients aussi

réels que les avantages qu'il se promet. Ainsi le panier de linge sale,

les coups de bâton de M. Ford, sont parfaitement adaptés au genre de

prétentions qui attirent à Falstaff une correction pareille; mais bien

qu'une telle aventure puisse, sans aucune difficulté, s'adapter au

Falstaff des deux _Henri IV_, elle l'a pris dans une autre portion de sa

vie et de son caractère; et si on l'introduisait entre les deux parties

de l'action qui se continue dans les deux _Henri IV_, elle refroidirait

l'imagination du spectateur, au point de détruire entièrement l'effet de

la seconde.

Bien que cette raison paraisse suffisante, on en pourrait trouver

plusieurs autres pour justifier l'opinion de Johnson. Ce n'est cependant

pas dans la chronologie qu'il faudrait les chercher. Ce serait une

oeuvre impraticable que de prétendre accorder ensemble les diverses

données chronologiques que, souvent dans la même pièce, il plaît à

Shakspeare d'établir; et il est aussi impossible de trouver

chronologiquement la place des _Joyeuses Bourgeoises de Windsor_ entre

_Henri IV_ et _Henri V_, qu'entre les deux parties de _Henri IV_. Mais,

dans cette dernière supposition, l'entrevue entre Shallow et Falstaff

dans la seconde partie de _Henri IV_, le plaisir qu'éprouve Shallow à

revoir Falstaff après une si longue séparation, la considération qu'il

professe pour lui, et qui va jusqu'à lui prêter mille livres sterling,

deviennent des invraisemblances choquantes: ce n'est pas après la

comédie des _Joyeuses Bourgeoises de Windsor_, que Shallow peut être

attrapé par Falstaff. Nym, qu'on retrouve dans _Henri V_, n'est point

compté dans la seconde partie de _Henri IV_, au nombre des gens de

Falstaff. Il serait assez difficile, dans les deux suppositions, de se

rendre compte du personnage de Quickly, si l'on ne supposait que c'est

une autre Quickly un nom que Shakspeare a trouvé bon de rendre commun à

toutes les entremetteuses. Celle de _Henri IV_ est mariée; son nom n'est

donc point un nom de fille; la Quickly des _Joyeuses Bourgeoises_ ne

l'est pas.

Au reste, il serait superflu de chercher à établir d'une manière bien

solide l'ordre historique de ces trois pièces; Shakspeare lui-même n'y a

pas songé. On peut croire cependant que, dans l'incertitude qu'il a

laissée à cet égard, il a voulu du moins qu'il ne fût pas tout à fait

impossible de faire de ses _Joyeuses Bourgeoises de Windsor_ la suite

des _Henri IV_. Pressé à ce qu'il paraît par les ordres d'Élisabeth, il

n'avait d'abord donné de cette comédie qu'une espèce d'ébauche qui fut

cependant représentée pendant assez longtemps, telle qu'on la trouve

dans les premières éditions de ses oeuvres, et qu'il n'a remise que

plusieurs années après sous la forme où nous la voyons maintenant. Dans

cette première pièce, Falstaff, au moment où il est dans la forêt,

effrayé des bruits qui se font entendre de tous côtés, se demande si ce

n'est pas _ce libertin de prince de Galles qui vole les daims de son

père_. Cette supposition a été supprimée dans la comédie mise sous la

seconde forme, lorsque le poëte voulut tâcher apparemment d'indiquer un

ordre de faits un peu plus vraisemblable. Dans cette même pièce comme

nous l'avons à présent, Page reproche à Fenton _d'avoir été_ de la

société du prince de Galles et de Poins. Du moins n'en est-il plus, et

l'on peut supposer que le nom de _Wild-Prince_ demeure encore pour

désigner ce qu'a été le prince de Galles et ce que n'est plus Henri V.

Quoi qu'il en soit, si la comédie des _Joyeuses Bourgeoises_ offre un

genre de comique moins relevé que la première partie de _Henri IV_, elle

n'en est pas moins une des productions les plus divertissantes de cette

gaieté d'esprit dont Shakspeare a fait preuve dans plusieurs de ses

comédies.

Plusieurs nouvelles peuvent se disputer l'honneur d'avoir fourni à

Shakspeare le fond de l'aventure sur laquelle repose l'intrigue des

_Joyeuses Bourgeoises de Windsor_. C'est probablement aux mêmes sources

que Molière aura emprunté celle de son _École des Femmes_; ce qui

appartient à Shakspeare, c'est d'avoir fait servir la même intrigue à

punir à la fois le mari jaloux et l'amoureux insolent. Il a ainsi donné

à sa pièce, sauf la liberté de quelques expressions, une couleur

beaucoup plus morale que celle des récits où il a pu puiser, et où le

mari finit toujours par être dupe, et l'amant heureux.

Cette comédie paraît avoir été composée en 1604.

LES

JOYEUSES BOURGEOISES

DE WINDSOR

Les joyeuses Bourgeoises de Windsor · 第 1 / 38 题