L’église, régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée d’une nef de trois

travées et d’un choeur de trois travées à chevet plat (voir le plan). Au nord et

au sud, deux larges chapelles sont accolées aux deux premières travées du choeur

et constituent de véritables croisillons. La tour, située dans l’axe du

vaisseau, est implantée entre choeur et nef. La façade occidentale est précédée

sur toute sa longueur d’un grand porche rectangulaire non voûté formant une

sorte de narthex.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries présentent un appareil irrégulier de moëllons de schiste alors

que les contreforts, le pourtour des ouvertures, les colonnes, les pilastres et

les arcs sont en granit. Le schiste est la pierre locale puisque Saint-Quentin

est situé dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit

provient sans doute du massif granitique d’Avranches, qui s’étend au nord de

Saint-Quentin.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol est recouvert d’un

carrelage posé en 1929. La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à

poinçons et entraits apparents réalisée en 1927. La toiture a été entièrement

refaite en ardoises d’Angers en 1921 et 1922. Une partie de la couverture nord

de la nef a été changée en avril 1952 suite aux dommages de la seconde guerre

mondiale.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale est percée d’un portail aux vastes proportions. Son arcade

en plein-cintre est formée de deux voussures surmontées d’une archivolte

constituée d’un cordon chanfreiné. Les voussures présentent chacune les

moulurations suivantes: un tore d’angle épais suivi de deux tores plus minces

cernés de petits cavets. Ces voussures reposent sur quatre colonnes engagées par

l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond formant les tailloirs

des chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: du nord au sud,

des boules à l’angle et aux extrémités sous le tailloir, une tête, un personnage

à quatre pattes dont la tête à l’angle de la corbeille est entourée des bras

puis des jambes, une autre tête soutenue par une main sur le côté et l’autre

sous le menton. Ces sculptures grossières sont en fort relief et le menton des

visages est très proéminent. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant

un chanfrein. Les chanfreins sont sculptés sur la gauche de petites griffes

triangulaires. On ne distingue plus rien sur la droite. Ces bases reposent sur

un épais muret de pierre se prolongeant le long du mur de la façade. Un énorme

bloc monolithe de granit forme le tympan du portail.

= La nef

La nef comporte deux travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre

contreforts plats peu saillants reposant sur un soubassement de pierre. Les

contreforts supportent une corniche en partie refaite dont les modillons sont

surtout sculptés de têtes humaines. Les autres modillons, récents, sont moulurés

en quart-de-rond ou ils ont la forme d’un T.

= La tour

La tour, massive, est située entre la nef et le choeur. Seule sa base est

romane. Elle est reliée au premier étage par un glacis au nord et au sud. Les

deux étages datent du 13e siècle. L’ensemble est surmonté d’un toit en bâtière.

Au sud, une porte est aujourd’hui murée. Son arcade en plein-cintre (voir le

schéma) est formée d’une voussure entourée d’une archivolte formée par un cordon

chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel

puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux épaises colonnettes par

l’intermédiaire d’un bandeau mouluré en quart-de-rond qui forme le tailloir des

chapiteaux et se prolonge sur le nu du mur. Les corbeilles sont sculptées d’un

arbre et d’une tête humaine. Les bases sont carrées. A gauche, la base est

surmontée d’un chanfrein orné de petites griffes triangulaires et d’un tore. A

droite, elle est surmontée d’un double tore. Le tympan est formé d’un gros bloc

monolithe de granit, qui repose sur les piédroits intérieurs par l’intermédiaire

du bandeau mouluré en quart-de-rond.

#Description intérieure

= La nef

Les murs latéraux de la nef sont ouverts de chaque côté par trois baies en

plein-cintre fortement ébrasées. Ces baies aux proportions modestes ont remplacé

en 1951 de très grandes baies ouvertes au 18e siècle à l’emplacement des petites

baies romanes primitives [3]. Le mur occidental est percé d’une grande baie

géminée datant du 15e ou 16e siècle.

= La tour

Située entre choeur et nef, la tour repose sur quatre épais piliers qui

reçoivent à l’est et à l’ouest deux arcs en plein-cintre à double rouleau.

L’arc séparant la nef de la base de la tour repose sur deux épais pilastres

engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en

quart-de-rond.

L’arc séparant le choeur de la base de la tour repose sur deux colonnes engagées

jumelées par l’intermédiaire d’une imposte semblable qui forme le tailloir des

chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de crochets d’angle en faible relief

plus visibles au nord qu’au sud. Les bases carrées sont surmontées d’un double

tore. Elles sont très abîmées au nord.

La travée entre choeur et nef est surmontée d’une voûte d’arêtes sur plan

barlong. Les retombées des arêtes sont reçues au nord par les angles formés par

les dosserets des pilastres, et au sud par des colonnes surmontées d’une imposte

moulurée en quart-de-rond.

Les murs nord et sud sont percés de deux longues et étroites baies en

plein-cintre à fort ébasement. Dans le mur sud, la niche d’une statue surmontée

d’un arc surbaissé a été aménagée dans la porte murée.

#La restauration des parties romanes au 20e siècle

La toiture fut refaite en 1921 et 1922 [4]. Une voûte en berceau de bois à

poinçons et entraits apparents fut reconstruite en 1926 et 1927 [5]. Le dallage

de la nef fut posé en 1929 [6].

En 1951, après les dommages de guerre, on entreprit la réfection du mur latéral

nord de la nef, très endommagé. La corniche et une partie de ses modillons

furent refaits. Les baies des murs latéraux furent transformées à la même

époque. Les très grandes baies ouvertes au 18e siècle furent remplacées par des

baies en plein-cintre aux proportions modestes. On refit aussi une partie de la

couverture de la nef côté nord. [7]

Les murs intérieurs de l’église furent recouverts d’un enduit à la chaux en 1953

[8]. Les murs extérieurs furent entièrement rejointoyés en 1955 [9].

#Datation

La nef et la base de la tour peuvent être datées de la première moitié du 12e

siècle. Les portails constituent les principaux indices de datation. Le portail

occidental et la porte sud présentent de nombreux points communs avec ceux de

l’église de Saint-Loup, édifice de la première moitié du 12e siècle. De plus, la

disposition intérieure de la travée surmontant la tour confirme cette datation.

Au 13e siècle furent construits le porche rectangulaire précédant la façade

occidentale, les deux étages de la tour, le choeur de trois travées et sa

chapelle latérale sud. La chapelle latérale nord fut édifiée au 15e ou 16e

siècle [10].

#Les portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup

Les deux portes sud des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup offrent de

nombreuses similitudes: une arcade formée d’une voussure moulurée d’un tore

d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet large et peu profond; une voussure

entourée d’une archivolte formée d’un cordon chanfreiné; des tailloirs moulurés

en quart-de-rond; des corbeilles de chapiteaux sculptées de têtes d’angle (une à

Saint-Quentin et deux à Saint-Loup); une colonne avec une base au chanfrein orné

de petites griffes triangulaires.

Le portail occidental de l’église de Saint-Quentin présente lui aussi des traits

communs avec les portes de l’église de Saint-Loup: une archivolte formée d’un

cordon chanfreiné, des tailloirs moulurés en quart-de-rond, des corbeilles de

chapiteaux sculptées de têtes proéminentes, des bases au chanfrein orné de

petites griffes. Mais, à Saint-Quentin, l’arcade est plus grande, les

moulurations des voussures sont différentes et les sculptures des corbeilles

sont plus élaborées. Il est très possible que le sculpteur des corbeilles se

soit inspiré des gros modillons situés au-dessus de la porte sud de l’église de

Saint-Loup.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Quentin

* Le plan de l’église de Saint-Quentin

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin,

tome XXIV, 1931, p. 469-470.

[2] Voir: Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes,

1888, tome II, p. 696.

[3] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin,

tome XXIV, 1931, p. 469.

[4] D’après les archives municipales: le dossier de l’église.

[5] D’après les archives paroissiales.

[6] D’après les archives paroissiales.

[7] Suite à la décision du conseil municipal du 17 décembre 1950, après un devis

de reconstruction de Monsieur Edeline, architecte.

[8] Suite à la décision du conseil municipal du 11 mai 1953.

[9] Suite à la décision du conseil municipal du 25 septembre 1955.

[10] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le

département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 288-289.

13. SARTILLY

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église romane détruite au 19e siècle //

Le portail / Matériau / Description / Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Sartilly est situé sur l’axe routier Avranches-Granville, à 11 kilomètres

d’Avranches et 15 kilomètres de Granville (voir la carte). Le bourg était

traversé par le chemin montois qui reliait le Mont Saint-Michel à Saint-Lô.

= Histoire

Le saint patron de l’église est Saint Pair. La paroisse appartenait au doyenné

de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.

Au la fin du 11e siècle, l’église et ses dépendances furent données à l’abbaye

du Mont Saint-Michel par Ranulphe Avenel, qui se fit peu après moine à l’abbaye

du Mont. Foulques Paynel, son neveu, seigneur suzerain de Sartilly, confirma

cette donation en 1158. [1]

L’église de Sartilly avait pour seigneur patron l’abbé du Mont Saint-Michel. Le

Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia

S. Paterni de Sartilleyo – Patronus abbas Montis S. Michaelis...” [2]

#L’église romane détruite au 19e siècle

Le portail sud de l’église actuelle est le seul élément subsistant de l’église

romane détruite en 1858 en raison de son mauvais état et de son “insuffisance

pour les besoins spirituels de la paroisse” [3]. L’édifice roman fut remplacé en

1858 par une église beaucoup plus grande (longueur de 40 mètres, largeur de

16,50 mètres, hauteur de voûte de 15,70 mètres). Le clocher et sa flèche de

pierre, commencés en 1898, furent achevés en 1900.

L’église romane est décrite en détail dans le Registre des délibérations du

conseil municipal de Sartilly: “L’église qu’il s’agit de remplacer est un vieil

édifice... composé:

1°- D’une nef obscure de 19 mètres 60 centimètres de longueur sur 7 mètres de

largeur dont les murs bas pénétrés d’humidité et lézardés en plusieurs endroits

perdent très sensiblement leur aplomb, particulièrement vers le bas de l’église.

2°- D’une tour qui sépare la nef du choeur. Cette tour est supportée par quatre

forts piliers qui ne sont distants deux à deux dans les sens transversal et

longitudinal que de 3 mètres 60 centimètres de sorte que la vue de la nef au

choeur est extrêmement bornée.

3°- D’un choeur de 9 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur y compris

l’espace affecté à une sacristie située derrière le maître-autel.

4°- D’une petite chapelle basse située à droite du choeur formant un carré

régulier de 4 mètres 60 centimètres de côté...” [4]

#Le portail

= Matériau

Le matériau utilisé est le granit, qui est la pierre locale. Sartilly est situé

au coeur du massif granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à

cet endroit une barre d’une largeur de cinq kilomètres environ.

= Description

L’arcade du portail (voir le schéma) est formée de trois voussures: une voussure

au cintre surbaissé et deux voussures en plein-cintre surmontées d’une

archivolte.

La première voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis

d’un large cavet orné de gros besants légèrement renflés. Elle est surmontée de

quelques blocs de granit de taille régulière.

La deuxième voussure est moulurée d’un épais tore d’angle alors que la troisième

est moulurée de deux tores encadrant un listel.

L’archivolte est un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort relief

sculptées en creux d’une rangée de bâtons brisés. Elle repose de part et d’autre

de l’arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien dessinés.

Les trois voussures reposent sur six colonnettes engagées par l’intermédiaire

d’une imposte moulurée d’un cavet. La partie supérieure de l’imposte, carrée,

est ornée d’une petite moulure en creux. L’imposte se prolonge légèrement pour

surmonter les deux pilastres encadrant l’ensemble.

Les colonnettes (voir le schéma) présentent toutes le même profil. La corbeille

sculptée des chapiteaux est surmontée d’un tailloir carré. Leur base carrée est

surmontée de deux tores entourant une scotie.

Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: feuilles de chêne, feuilles

d’acanthe très simplifiées, volutes encadrant une feuille d’acanthe à l’angle,

volutes d’angle. Ces sculptures, taillées en fort relief dans le granit, sont le

fruit d’un travail soigné. Elles sont beaucoup plus élégantes que les sculptures

des chapiteaux romans vus partout ailleurs dans la région.

= Datation

Ce portail date sans doute de la seconde moitié du 12e siècle. Il présente une

archivolte semblable à celles du portail occidental d’Yquelon et de la porte sud

de Bréville. Or les églises d’Yquelon et de Bréville sont des édifices romans de

la seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de la voussure au cintre

surbaissé - un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu profond -

dénotent l’influence exercée par l’église de Saint-Loup, édifice du début du 12e

siècle qui a été le départ d’une petite école régionale.

Ce portail présente une facture bien supérieure à celle des autres portails

romans de la région, dont il rassemble tous les éléments. Les moulurations des

voussures et de l’archivolte et les sculptures des corbeilles des chapiteaux

sont le fruit d’un travail soigné dans un matériau difficile à travailler du

fait de son extrême dureté. Le portail de Sartilly est à juste titre considéré

comme le plus beau portail roman de la région.

#Documents

* La bibliographie de Sartilly

* Le schéma de l’arcade et d'une colonnette du portail

#Notes

[1] D’après: Hulmel (Louis). Sartilly, in: Revue de l’Avranchin, tome XXI,

1924-1926, p. 507-508.

[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,

tome II, p. 643.

[3] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p.

111.

[4] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p.

112.

14. SYNTHESE

[Les éléments romans // Le plan des églises // Les appareils // L’architecture

extérieure / Les contreforts / Les baies / Les portails / Les tours //

L’architecture intérieure / Les plafonds et les voûtes / Les arcs // La

sculpture / Les chapiteaux / Les modillons // Le décor peint]

#Les éléments romans

Sont romans:

*à Saint-Martin-le-Vieux, le choeur et la nef (11e siècle);

*à Bréville, le choeur, la base de la tour et une partie de la nef (seconde

moitié du 12e siècle);

*à Yquelon, le choeur et la nef (seconde moitié du 12e siècle);

*à Saint-Pair-sur-Mer, une partie du choeur et la tour (première moitié du 12e

siècle);

*à Angey, le choeur et la base de la tour (seconde moitié du 12e siècle);

*à Saint-Jean-le-Thomas, la nef (11e et début du 12e siècle), avec un choeur

pré-roman datant du 10e siècle;

*à Dragey, la nef (11e ou premières années du 12e siècle);

*à Genêts, la croisée du transept et une partie des croisillons, ainsi que la

tour aux deux tiers de sa hauteur (milieu du 12e siècle);

*à Saint-Léonard-de-Vains, l’ensemble (début du 12e siècle), très remanié après

1793;

*à Saint-Loup, l’ensemble (première moitié du 12e siècle);

*à Saint-Quentin, la base de la tour et la nef (première moitié du 12e siècle).

Et enfin le beau portail de Sartilly (seconde moitié du 12e siècle).

#Le plan des églises

Les églises romanes sont formées pour la plupart d’un vaisseau rectangulaire

comprenant la nef et le choeur. Seul Genêts possède un large transept à bras

saillants.

Le choeur se termine par un chevet plat, à l’exception de celui de Saint-Loup

prolongé par une abside semi-circulaire.

La tour est souvent située dans l’axe du vaisseau, entre choeur et nef

(Saint-Pair, Bréville, Angey, Saint-Léonard, Saint-Quentin). A Saint-Loup, elle

s’élève au-dessus de la première travée du choeur. Elle est également accolée au

vaisseau: accolée à la première travée du choeur côté nord à Yquelon, accolée à

la partie orientale de la nef côté sud à Saint-Jean-le-Thomas. La tour s’élève

au-dessus de la croisée du transept à Genêts.

#Les appareils

Les maçonneries de la nef et du choeur présentent un appareil irrégulier fait de

moëllons de schiste si le sol est schisteux, ou de moëllons de granit si

l’église est construite sur un massif granitique. Seuls les murs du choeur de

Saint-Loup présentent un appareil régulier de granit.

Certains appareils irréguliers comprennent des éléments d’opus spicatum: le mur

latéral sud de la nef de Saint-Martin-le-Vieux, les murs latéraux de la nef de

Dragey, la base de la tour de Saint-Léonard-de-Vains. Cet appareil en arêtes de

poisson est un indice d’ancienneté. Ces édifices datent tous du 11e ou du tout

début du 12e siècle.

Les tours romanes sont formées d’un appareil régulier de granit à Saint-Pair,

Genêts et Saint-Loup. A Saint-Léonard, l’appareil régulier de la base (dans sa

partie supérieure) et du deuxième étage alterne avec un appareil irrégulier au

premier étage.

Les tympans du portail muré de Saint-Jean-le-Thomas et du portail occidental de

Saint-Loup sont formés de pierres de granit losangées disposées en appareil

réticulé. On retrouve ce même genre d’appareil réticulé au premier étage de la

tour de Saint-Loup, à l’écoinçon des arcatures jumelles.

#L’architecture extérieure

= Les contreforts

Les façades occidentales sont le plus souvent épaulées de deux contreforts plats

à leurs extrémités. Seule, la façade de Saint-Jean-le-Thomas est consolidée par

un contrefort plat central.

Les murs latéraux de la nef et du choeur sont épaulés de contreforts plats. Ils

montent de fond jusqu’au départ de la toiture, comme à Saint-Loup et

Saint-Quentin. Ou alors, comme à Bréville et Yquelon, ils prennent appui sur un

soubassement de pierre et supportent une corniche soutenue par des modillons.

= Les baies

Seule la façade occidentale d’Yquelon est percée d’un petit oculus orné sur son

pourtour de billettes. Les autres ouvertures romanes sont des baies en

plein-cintre longues et étroites.

Les piédroits et les arcs de ces baies sont en granit. Le cintre est souvent

creusé dans un linteau monolithe de granit (Yquelon, Bréville, Saint-Loup,

etc.). Il est quelquefois formé d’une rangée de claveaux de granit

(Saint-Jean-le-Thomas, Saint-Léonard-de-Vains). Le pourtour des baies est sans

ornement, sauf les baies du chevet de Saint-Léonard ornées d’une moulure

torique.

= Les portails

Les façades occidentales sont percées d’un portail central, sauf à

Saint-Martin-le-Vieux et Saint-Jean-le-Thomas. Les églises disposent souvent

d’un portail sud. Celui-ci est ouvert dans la nef à Dragey et

Saint-Jean-le-Thomas, ouvert dans la base de la tour à Bréville et

Saint-Quentin, et ouvert dans le choeur à Yquelon et Saint-Loup.

Les portes des églises les plus anciennes (11e ou tout début du 12e siècle) sont

surmontées d’un arc surbaissé reposant sur des piédroits sans ornement, comme

les portes de Saint-Martin-le-Vieux, Dragey ou Saint-Léonard. Les portes de

cette époque présentent aussi une arcade en plein-cintre. A Genêts, l’arcade de

la porte située dans le bras sud du transept est formée de deux épaisses

voussures non moulurées. Elle daterait du 11e siècle. L’arcade de la porte sud

de Saint-Jean-le-Thomas est formée d’une voussure ornée d’une simple moulure

torique. Elle daterait du début du 12e siècle.

Pour les églises de la première ou seconde moitié du 12e siècle, les arcades en

plein-cintre des portes sont formées d’une ou deux voussures moulurées

surmontées d’une archivolte.

A Saint-Loup et Saint-Quentin, édifices de la première moitié du 12e siècle, les

voussures sont moulurées d’un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu

profond, et l’archivolte est un cordon chanfreiné.

A Bréville et Yquelon, églises de la seconde moitié du 12e siècle, les voussures

sont moulurées d’un tore d’angle surmonté d’un chanfrein sculpté de

dents-de-scie peu visibles. L’archivolte est formée d’un épais cordon orné de

dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Elle

repose sur des têtes sculptées de part et d’autre de l’arcade. On retrouve ce

même genre d’archivolte à Sartilly.

Les voussures reposent sur d’épaisses colonnettes engagées. Le tailloir des

chapiteaux est carré, sauf à Saint-Loup et Saint-Quentin où il est mouluré en

quart-de-rond. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées en bas relief. Les

bases des colonnes sont carrées. Elles sont ornées d’un ou deux tores. A

Saint-Loup et Saint-Quentin, le chanfrein surmonté d’un tore est sculpté de

petites griffes triangulaires ou de bourrelets semi-circulaires entourant une

griffe centrale. A Saint-Léonard ou Sartilly, deux tores entourent une scotie.

Les linteaux sont formés d’épais blocs de granit rectangulaires (Saint-Loup,

Bréville) ou en bâtière (Saint-Jean-le-Thomas). Les tympans du portail

occidental et de la porte sud de Saint-Quentin sont formés d’un gros bloc

monolithe de granit.

Le plus beau portail roman est celui de Sartilly. Les moulurations des voussures

et de l’archivolte et les sculptures des chapiteaux sont très soignées. La

facture de ce portail est bien supérieure à celle des autres portails romans de

la région.

= Les tours

Seules les tours de Saint-Pair, Saint-Léonard-de-Vains et Saint-Loup sont

entièrement romanes. Ces tours ont deux étages. Celle de Saint-Léonard,

construite au début du 12e siècle, est percée à l’étage supérieur de longues

arcatures jumelles en plein-cintre.

Celles de Saint-Pair et de Saint-Loup, édifices de la première moitié du 12e

siècle, présentent des traits communs. Le premier étage est orné au nord et au

sud de deux arcatures aveugles jumelles. Le second étage est percé d’une baie

sur chaque face: une baie simple à Saint-Loup et une baie géminée à Saint-Pair.

La tour est surmontée d’une corniche soutenue par des modillons.

Pour les autres églises, la base seule est romane, et les étages supérieurs sont

plus récents. A Saint-Quentin, par exemple, les deux étages de la tour ont été

construits au 13e siècle. A Genêts, la partie inférieure de l’étage est romane.

La partie supérieure a été ajoutée dans les premières années du 17e siècle. Les

baies géminées romanes ont été prolongées par des baies trilobées gothiques.

#L’architecture intérieure

= Les plafonds et les voûtes

Les nefs sont toujours plafonnées. Elles sont surmontées d’une voûte en berceau

de bois refaite au 19e ou au 20e siècle. Seules les nefs de Bréville et

Saint-Jean-le-Thomas possèdent une voûte en berceau de plâtre.

Certains choeurs sont plafonnés. Une voûte en berceau de bois surmonte le choeur

de Saint-Jean-le-Thomas. Un plafond légèrement incurvé en plâtre surmonte celui

d’Angey. Les choeurs de Bréville et de Saint-Pair ont reçu une voûte en croisée

d’ogives au 15e ou au 16e siècle.

L'art roman dans le Sud-Manche · 第 7 / 10 段