La mort de MÉLANIE a été comme l’image condensée de sa vie![94]

[94] Mélanie fut souvent communiée par Notre-Seigneur lui-même et

jouissait de la vue continuelle de son ange gardien. Or deux

habitants d’Altamura ont affirmé avoir entendu dans l’appartement de

la «pieuse dame française» à l’Angelus du soir, la nuit qu’elle est

morte, des chants angéliques sur l’air de _Pange lingua_ et le

tintement d’une clochette comme lorsque l’on porte le

Saint-Viatique.

Devant un auditoire qui connaissait ce témoignage, l’orateur s’est

donc borné à l’insinuer, et la solennité d’une oraison funèbre

exigeait cette discrétion. Quelqu’un lui écrivit de vouloir bien

confirmer la déposition de ces deux témoins, ou la démentir

formellement. Voici sa réponse:

«Je vous certifie qu’il est très-vrai que le gentilhomme Pascal

Massari, d’Altamura, personnage respectable, digne de foi, et une

dame, voisins de Mélanie, m’ont affirmé (et sont prêts à prêter

serment) avoir entendu, le premier, le chant de _Pange lingua_

qu’accompagnaient des voix angéliques, avec des tintements de

clochette; l’autre un bruit continu de clochette comme quand on

porte le Saint-Viatique.

«J’ai recueilli ces dépositions en présence de deux prêtres de mes

amis, dont l’un est Français, après avoir posé à ces personnes de

minutieuses et précises questions.»

Mais ce serait se tromper que de voir dans cette mort sur la terre nue

la simple conséquence imprévue d’une syncope. Non! son lit, elle ne s’en

servait pas, la servante de Dieu, innocente pénitente. Nous l’avons déjà

dit, c’est sur la terre nue qu’elle prenait, pendant quelques heures de

la nuit, son repos et son sommeil... N’est-ce pas le cas de s’écrier:

_Moriatur anima mea morte justorum_? Cette «Juste», puissions-nous

mourir comme elle mourut? Puisse la fin de notre vie ressembler à la

sienne!

Adieu, âme si belle! Adieu, créature d’amour, ouvrage complet de

l’amour, du très-pur et très-saint amour de Jésus, le Souverain Bien!

Adieu, Vierge vigilante et prudente! Quand, dans le calme de la nuit, la

voix de l’Époux t’appela, sans retard, tu courus à Lui, avec la Lampe

mystique, la lampe remplie d’huile et ruisselante de splendeur!... Pour

toi sont finis les travaux, les longs et fatigants voyages, les

pèlerinages épuisants, les profondes agonies d’amour, du saint Amour

avec sa faim insatiable et son inextinguible soif de la Justice qui

n’habite pas cette terre! A cette heure, c’est le Très-Haut qui est ton

héritage!... Oui, cette pensée nous est très-douce: les flammes

expiatrices n’ont pas été pour toi, ou du moins ton passage y a été

rapide, et te voilà, pour l’éternité, entrée dans la joie de ton Dieu!

Oui, ils sont réalisés dans le bonheur, ces ardents désirs de l’union

sans fin avec le Seigneur, qui, si souvent, t’arrachaient ce cri: «Quand

viendra l’heure? Oh! quand l’heure viendra-t-elle!...» Sois dans

l’allégresse, dilate ton cœur dans la vision béatifique de ce Jésus,

l’objet de tes soupirs, l’aspiration perpétuelle de ton âme pleine

d’amour, ce Jésus que tu n’as pas craint de suivre sur sa voie

douloureuse! Sa croix, elle a été pour toi délices, sourire et joies,

«fleur qui jamais ne se flétrit», écrivais-tu souvent! Oh! que de fois,

semblable à l’Épouse du Cantique, tu as langui d’amour pour le

Bien-Aimé! C’était un feu qui s’élançait de ta poitrine!... Et quand,

entrée dans le royaume de l’Éternelle Gloire, quand tu as vu la Reine

sans tache, Celle qui avait comme affolé ton cœur d’un amour d’enfant,

si tendre et si plein de confiance, ce cri: «Madonna mia! Madonna mia!»

avec lequel tu acclamas la Grande Reine... tout cela, comment

pourrais-je le dire!...

O MÉLANIE, de ce trône élevé sur lequel Dieu vous a assise au Ciel, vos

regards s’abaissent-ils encore sur cette terre? Nous aimez-vous toujours

avec ce cœur qui nous a tant aimés en ces bas lieux de l’exil? Mais que

dis-je? Est-ce que tout amour d’ici-bas ne se perfectionne pas au

contact de Dieu? Est-il possible que, dans le Ciel, les Bienheureux

n’aiment pas ceux qui les aiment? Oui! En Dieu vous nous aimez... Un

jour, pendant que vous étiez au milieu des pauvres orphelines, on vous

disait: «Mère (on vous donnait ce doux nom), Mère, une fois partie, vous

ne penserez plus à nous.--Ah! répondiez-vous, vous ne connaissez pas mon

cœur!»

A cette heure où dans le Royaume de l’Éternel Amour vous nous aimez de

la parfaite Charité, ah! ne cessez pas de prier pour nous. Priez pour

tous ceux qui vous vénèrent comme une créature céleste. Priez pour ces

vierges, «les Filles du Divin Zèle», pour l’éducation religieuse

desquelles vous avez dépensé une année de votre vie, avec des soins plus

que maternels, avec une direction sage et éclairée, avec un zèle tout

particulier pour les remettre dans la voie du Seigneur. Vous le savez,

ces pieuses filles consacrées au Très-Saint Cœur de Jésus et vouées par

vous-même à Marie, la Mère Immaculée, vous regardaient comme une

déléguée de la Très-Sainte Vierge venue au milieu d’elles, il y a sept

ans, et qui semblait avoir toujours été parmi elles.

Et sur moi aussi, sur moi qui apporte à votre mémoire ce faible tribut

d’hommages, sur moi qui de votre noble cœur ai reçu tant de témoignages

de votre pure et sainte dilection, sur moi aussi daignez répandre le

puissant secours de vos prières à l’adorable Rédempteur Jésus-Christ et

à Marie sa Mère immaculée!...

Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette) · 第 66 / 70 题