LA SALETTE ET LOUIS XVII.

D’excellents travaux historiques ont élucidé récemment la question de la

Survivance de Louis XVII. Question déjà vieille et qu’on ne peut plus

ignorer aujourd’hui, sans un peu de honte. Mon _Fils de Louis XVI_,

publié en 1900, n’a pas apporté de document nouveau, mais le témoignage

d’une admiration infinie pour ce grand geste de Dieu, unique dans

l’Histoire: une Race Royale qui passait pour la première du monde, non

pas rejetée précisément, ni exterminée, mais tombée dans l’ignominie

insondable, sans espoir d’en sortir jamais.

«... C’est à faire chavirer l’imagination de se dire qu’il y eut un

homme sans pain, sans toit, sans parenté, sans nom, sans patrie, un

individu quelconque perdu dans le fond des foules, que le dernier des

goujats pouvait insulter et qui était, cependant, le Roi de France!...

Le roi de France reconnu tel, en secret, par tous les gouvernements,

dont les titulaires suaient d’angoisse à la seule pensée qu’il vivait

toujours, qu’on pouvait le rencontrer à chaque pas, et qu’il tenait

peut-être à presque rien que la pauvre France, toute frappée à mort

qu’elle fût, voyant passer cette figure de sa douleur, ne reconnût

soudain le Sang de ses anciens Maîtres et ne se précipitât vers lui avec

un grand cri, dans un élan sublime de résurrection!

«On fit ce qu’on put pour le tuer. Les emprisonnements les plus

barbares, le couteau, le feu, le poison, la calomnie, le ridicule

féroce, la misère noire et le chagrin noir, tout fut employé. On réussit

à la fin, lorsque Dieu l’eut assez gardé et lorsqu’il avait déjà

soixante ans, c’est-à-dire lorsqu’il avait achevé de porter la pénitence

de soixante rois...»[65]

[65] LÉON BLOY. _Le Fils de Louis XVI_. Ce n’est pas ici le lieu de

montrer, ne fût-ce qu’en raccourci, l’histoire effrayante et

fantasmatique de Louis XVII. Lire _Le Dernier Roi légitime de

France_, par HENRI PROVINS, et l’inestimable ouvrage plus récent

d’OTTO FRIEDRICHS: _Correspondance intime et inédite de Louis XVII_.

La disgrâce de ce «Roi fantôme» fut si parfaite que les mots «ignominie»

ou «opprobre» ne suffisent plus. On lui refusa ce qui ne se refuse pas

aux pires scélérats, son identité personnelle,--pour mieux dire, une

identité quelconque. On voulut absolument qu’il ne fût personne, dans la

stricte acception du mot, et que ses enfants ne fussent les enfants de

personne. Ainsi s’accomplit, en une manière que Dieu seul pouvait

inventer, la séculaire formule capétienne: _Le Roi ne meurt pas_,

puisque la descendance légitime de Louis XVI était condamnée à ne

pouvoir ni vivre ni mourir.

Le Dauphin, fils de Louis XVI,--authentiquement Louis XVII--prétendu

mort au Temple, en 1795, exhala son âme douloureuse à Delft, en

Hollande, le 10 août 1845, un peu plus de treize mois avant l’Apparition

de la Salette, «promptitude fort singulière de ce miracle, si peu de

temps après que le Candélabre aux Lys d’Or, dont il est parle dans le

Pentateuque, avait été renversé.

«Lorsque éclata la nouvelle de l’Apparition, un seul chrétien se

demanda-t-il si quelque chose d’infiniment précieux ne venait pas d’être

brisé, pour que la Splendeur elle-même, la Gloire impassible et

inaccessible parût en deuil?--=Depuis le temps que je souffre pour vous

autres!= Quel mot troublant et inconcevable!

«La catastrophe est si énorme que ce qui ne peut absolument pas souffrir

souffre néanmoins et pleure. La Béatitude sanglote et supplie. La

Toute-Puissance déclare qu’elle n’en peut plus et demande grâce... Que

s’est-il donc passé, sinon que Quelqu’un est mort qui ne devait pas

mourir?...»[66]

[66] _Le Fils de Louis XVI_.

Si encore il était vraiment mort comme tout le monde meurt, mais je le

répète, c’était bien pis, le Roi de France ne devant pas mourir. Et

voilà plus de soixante ans que cela continue! J’ai là, devant moi, le

portrait d’un pauvre petit enfant de 4 ou 5 ans, qu’où nomme le Prince

Henri-Charles-Louis de Bourbon, Dauphin de France. Il paraît que c’est

lui qui continuera la série des Rois fantômes...

Plusieurs lettres de Mélanie, dont quelques-unes à la Princesse Amélie

de Bourbon, prouvent que la prophétesse n’avait aucun doute sur la

Survivance représentée par le prétendu Naundorff et ses enfants. En

1881, elle nomme l’héritier direct «_Roi légitime, Roi FLEUR DE LYS_» et

recommande l’espérance. On sait d’autre part que, bien des années

auparavant, Maximin avait fait le voyage de Frohsdorf et qu’une entrevue

avec le Comte de Chambord avait eu pour effet la renonciation effective

de celui-ci au trône de France. Tout porte à croire, en effet, que

Maximin aurait dit à ce prétendant ce que Martin de Gallardon, en 1816,

avait dit à l’infâme Louis XVIII: «Vous êtes un usurpateur.» Le Comte de

Chambord, au contraire de son fratricide grand-oncle, n’osa pas succéder

aux deux Caïns de la Restauration, mais, tout de même, il garda les 300

millions du patrimoine royal, et les héritiers volés, depuis trois

générations, continuèrent d’être pauvres et couverts de la plus

abondante ignominie, comme l’avaient été leur père et surtout leur

grand-père, le Dauphin du Temple.

Analogie ou affinité, correspondance ou relation mystérieuse entre le

Miracle de la Salette et le Miracle de la destinée du Fils de Louis XVI.

Un roi pauvre, un roi mourant de faim et de misère; le fils couvert

d’ordures et obstinément renié de soixante rois, vient offrir à la

France de la sauver, et on l’assassine, après l’avoir longtemps

flagellé. _Nolumus hunc regnare super nos._

Aussitôt après, la vraie Reine de France, la Souveraine à qui fut

authentiquement, valablement et irrévocablement donné ce Royaume, vient,

à son tour, supplier en pleurant son peuple et tous les autres peuples

dont il est l’Aîné, de considérer le Gouffre effroyable qui les

_invoque_... Ne pouvant la tuer, on lui répond par la Désobéissance, la

Négation de ses paroles et la judaïque lapidation de ses témoins.

_Nolumus HANC regnare super nos._

J’ai pensé, bien des fois que la patience de Dieu est la meilleure

preuve du Christianisme.

Aujourd’hui tout est-il perdu? N’y a-t-il plus rien à espérer? N’est-il

plus d’autres remèdes que les châtiments? L’auteur de ce livre en est

persuadé. La France ne veut plus de Roi, ni de Reine ni de Dieu, ni

d’Eucharistie, ni de Pénitence, ni de Pardon, ni de Paix, ni de Guerre,

ni de Gloire, ni de Beauté, ni de quoi que ce soit qui donne la vie ou

la mort. Elle veut, en sa qualité de maîtresse, et d’exemplaire des

nations, ce qui n’a jamais été voulu par aucune décadence: la parfaite

stupidité dans le mouvement artificiel et automatique. Cela se nomme le

Sport, qui doit être un des noms anglais de la Damnation.

=En l’année 1864=, dit le Secret, =Lucifer et un grand nombre de Démons

seront détachés de l’Enfer...=

On sait que Léon XIII, frappé de cette prédiction, a voulu que tous les

prêtres catholiques récitassent chaque jour, après leur messe,

agenouillés au pied de l’autel, cette prière assez semblable à un

exorcisme:

SANCTE MICHAEL, ARCHANGELE, DEFENDE NOS IN PRÆLIO: CONTRA NEQUITIAM ET

INSIDIAS DIABOLI ESTO PRÆSIDIUM. IMPERET ILLI DEUS, SUPPLICES

DEPRECAMUR; TUQUE, PRINCEPS MILITIÆ CŒLESTIS, SATANAM ALIOSQUE SPIRITUS

MALIGNOS QUI AD PERDITIONEM ANIMARUM PERVAGANTUR IN MUNDO, DIVINA

VIRTUTE IN INFERNUM DETRUDE. AMEN.

Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette) · 第 49 / 70 题