OBJECTIONS, CALOMNIES, L’ASSOMPTIONISTE DROCHON.

Ma tâche n’est-elle pas finie? Je crois avoir dit tout ce qu’il fallait

et je ne pourrais plus maintenant que me répéter. On m’a présenté une

liste des objections contre le Secret qui ne cessent d’avoir cours à la

Salette. Je les connais trop et je les ai réfutées implicitement ou

explicitement dans les pages qui précèdent. On sait, d’ailleurs, que les

objections présentées par la haine, l’orgueil ou l’intérêt, sont

invincibles. Elles renaissent à mesure qu’on les égorge. Cependant le

trait distinctif de celles-ci est une faiblesse extrême, une faiblesse

enfantine, telle qu’on a honte de les entendre.

Exemple: «Si le Pape voulait la publication du Secret, il l’aurait faite

lui-même.» Cette objection, dans la bouche de prêtres qui passent pour

instruits, étonne et afflige. On sent qu’il serait bien inutile de leur

dire que le Pape a pu et a dû vouloir _respecter_ la mission, évidente

pour lui, de Mélanie et qu’il a donné des preuves de ce respect. Cette

idée n’entrerait pas dans de tels cerveaux. Comment espérer aussi de

faire comprendre à ces esclaves de la _lettre_, à ces ilotes du vocable,

que le Pape étant infaillible, son SILENCE _est une approbation_? Or le

secret n’a jamais été condamné. Ajoutons que ce serait peut-être une

question de savoir s’il est selon les grandes Règles que le Pape fasse

en personne la publication d’un tel document?

Puis, que répondre à de vieilles calomnies que l’accoutumance a

transformées en vérités indiscutables, et dont nul chrétien ne s’avise

de rechercher la provenance? Ici, il n’y a plus seulement la honte de

l’esprit, mais l’horreur de l’âme et c’est abominable de penser à des

mensonges tant de fois réfutés et si vainement confondus!

Un Père Assomptionniste, nommé Drochon, les a réunis en bouquet dans une

_Histoire illustrée des Pèlerinages français_, formidable in-4º de 1274

pages (qu’il faudrait 2548 hommes pour lire, aurait dit Barbey

d’Aurevilly), publié avec l’autorisation et l’admiration du Père Picard,

son supérieur général[60]. On sait que les Assomptionnistes ont été les

plus constants ennemis de Mélanie et de son Secret, et qu’ils se sont

acharnés à cette guerre avec toute la force et l’autorité que leur

donnait le succès inouï et lamentable de leurs déprimantes

publications[61].

[60] Paris, Plon, 1890.

[61] On sait aussi, depuis plus d’un demi-siècle, que c’est un signe

de _modestie_, chez les catholiques modernes, d’écrire d’une manière

épouvantable, et que cela est soigneusement enseigné dans leurs

Instituts, à tel point que tout ce qui fut écrit postérieurement aux

_Oraisons funèbres_, ou à la _Henriade_, est jugé négligeable,

détraquant ou libidineux. Le sublime Père Picard m’affirma un jour,

à la honte de son ordre, qu’Ernest Hello était un FOU. Son

successeur, le Père Bailly, et ses Éliacins de la _Croix_ ou du

_Pèlerin_, ont vraiment abusé de la doctrine.

Dans la masse énorme de ce Père Drochon, _treize_ pages seulement sont

données au Pèlerinage de la Salette et il est presque impossible d’y

trouver une ligne qui ne soit inexacte ou mensongère. Qu’on en juge:

«... Maximin et Mélanie auraient reçu, nous l’avons dit, chacun leur

(_sic_) secret: «Infirmes, _défaillants, si vous le voulez, en tout le

reste_, dit M. l’abbé Nortet, ils ne seront trouvés forts qu’en un seul

point, ce qu’ils ont affirmé être leur mission.» «Ces enfants peuvent

_s’éloigner_, s’écriait à son tour Mgr Ginoulhiac, le 19 septembre 1855

(il avait _exilé_ Mélanie l’année précédente), _devenir infidèles à une

grande grâce reçue_ (!), l’Apparition de Marie n’en sera pas ébranlée.»

Ces citations font prévoir les vicissitudes qui ont marqué la vie des

deux enfants... «Mélanie, après avoir contemplé la Reine du Ciel, _ne

ferma point ses yeux au monde_ (!!!), comme nous l’avons vu faire à

Anglèze de Sagazan, à Liloye et à tant d’autres, comme le fit peu après

Bernadette. Elle entra, _sans doute_, au couvent de la Providence à

Corenc; mais _se croyant_ appelée à quelque chose d’important, _rêvant_

de missions et de conquêtes apostoliques, sœur Marie de la Croix

_inspira des doutes sérieux sur sa vocation_ à la vie des religieuses,

qui n’est efficace _que si elle est humble_ (!!!). Après _trois_ ans (un

an) de noviciat, Mgr Ginoulhiac consulté s’opposa à sa profession[62].

Elle revint à Corps où un prélat romain d’origine anglaise la _décida_ à

le suivre en Angleterre, dans le but de s’y adonner à la pénitence pour

la conversion du pays. De 1854 à 1860, elle séjourna au couvent des

Carmélites de Darlington. Elle y prit l’habit, fit, paraît-il (!), des

_vœux_, en 1856, _mais_ elle revint en France, quatre ans plus tard, _se

fixa_ à Marseille où, _d’après_ (!) M. Amédée Nicolas, elle fut relevée

de ses vœux. Elle y séjourna jusqu’en 1867. (Rien de Corfou, etc.) Mgr

Louis Zola, _alors_ évêque de Lecce en Italie, _l’emmena_ dans son

diocèse et la fixa à Castellamare. (Admirable! _Alors_ Mgr Zola n’était

pas encore évêque; c’est de Mgr Petagna qu’il s’agit et il _n’emmena_

pas Mélanie; puis Castellamare n’est pas du diocèse de Lecce, c’est même

un autre évêché et il est bien loin de Lecce. C’est comme si on situait

Amiens dans le diocèse de Périgueux. On n’est pas fort en géographie

chez les Assomptionnistes. L’historien a puisé ses renseignements à

bonne source, chez les Missionnaires de la Salette, et son livre est

gros). A la mort de l’évêque, en 1888 (ni Mgr Petagna ni Mgr Zola ne

sont morts en 1888), elle revint à Marseille où elle est encore (1890).

Au milieu de cette vie agitée et _inconstante_, Mélanie est restée

vertueuse (Ah! tout de même! tout juste vertueuse!) et, comme Maximin,

persévérante _sur un seul point_, sa foi ardente (Après ce qui précède,

le mot _ardente_ est tout à fait stupide, mais c’est comme ça qu’on

écrit à l’Assomption) en l’Apparition et dans le Secret qu’elle avait

entendu.» (Et pas un mot de ce secret! comme si la publication de

Mélanie et l’_imprimatur_ de Mgr Zola étaient apocryphes, puisque,

d’autre part, Drochon dit que ce secret est le «clou» de

l’Apparition--style Bailly, style _Croix_ et _Pèlerin_.)

[62] Mgr Ginoulhiac dit à Mélanie: «Je viens de voir Maximin qui a

refusé de me dire son secret, à moi, son évêque!!! _Il s’en

repentira!!!_ Mais vous, vous êtes plus raisonnable, vous avez plus

de connaissance que lui; je pense que vous n’allez pas refuser

d’obéir à votre évêque...!!!» Et sur le refus de la pauvre enfant de

désobéir à la Sainte Vierge, il lui fit la même menace: «_Vous vous

en repentirez!_» Il ne tint que trop parole. Quand vint pour elle le

moment de faire profession, de prononcer ses vœux chez les

Religieuses de la Providence de Corenc, il s’y opposa, malgré les

Religieuses qui disaient combien elle était pieuse, et chercha, par

tous les moyens et vexations possibles, à la faire partir.

Finalement il l’embarqua pour l’Angleterre, avec défense de le dire

même à ses parents. Bien mieux, il donna des ordres pour la forcer à

faire des vœux de clôture. Comme elle refusait de les faire, à cause

de la mission qu’elle aurait à remplir après 1858, et qu’aucune

pression, aucune insistance ne pouvait vaincre sa résistance, les

religieuses lui dirent: «Où irez-vous? Mgr G*** nous a écrit que si

vous revenez dans son diocèse, il vous excommuniera partout où vous

résiderez.»

Cette page m’a rappelé le mot de Chateaubriand: «Il est des temps où

l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand

nombre des nécessiteux.»

Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette) · 第 45 / 70 题