SACERDOCE PROFITABLE. VANITÉ DES ŒUVRES EN PLEINE DÉSOBÉISSANCE.
CHÂTIMENTS. TÉNÈBRES.
Le secret de l’hostilité sacerdotale contre le Secret de Mélanie, c’est
qu’il faudrait, l’acceptant, renoncer au _sacerdoce profitable_, dire
adieu au casuel, aux tarifs, aux _classes_, à l’exécrable son de
l’argent dans les églises. En supposant même un clergé d’une pureté de
mœurs admirable, où est le prêtre qui oserait déclarer un degré
quelconque d’horreur pour ce trafic des «vendeurs de colombes» et des
«changeurs», dans la Maison du Père ainsi transformée en une «caverne de
brigands»? Car telle est la précision du Texte évangélique. Où est le
curé de paroisse qui oserait donner aux Amis de Dieu, aux va-nu-pieds
qui lui sont si chers, la première place, en reléguant les riches, avec
leurs prie-Dieu capitonnés, au bas de l’église, le plus loin possible de
l’autel? _Sancta sanctis, non canibus._ Cet audacieux serait aussitôt
dénoncé par tous ses confrères et sévèrement blâmé par l’autorité
diocésaine[43].
[43] Les prie-Dieu capitonnés. Prévarication dénoncée par saint
Jacques, II, 2, 3, 4.
Il s’agit bien de chérir la pauvreté et l’humiliation! La _lettre_ de
l’Évangile n’engage personne. Elle pouvait convenir aux premiers Apôtres
ou à quelques moines poussiéreux du onzième siècle; elle ne vaut rien
pour des sulpiciens que l’_esprit_ a vivifiés et qui sont forcés d’aller
dans le monde. Puis il est toujours facile de tourner en _conseil_ de
perfection le _précepte_ vraiment excessif de tout haïr, de tout
quitter, de tout vendre, pour devenir les disciples et les compagnons de
Jésus-Christ.
La Sainte Vierge ayant parlé fortement du clergé: dans le Discours,
d’abord, d’une manière très-enveloppée; dans le Secret ensuite,
explicitement[44], il a bien fallu que le «cloaque» protestât--à la
manière des cloaques, en exhalant l’asphyxie. Le monde chrétien ne
respire plus. En 1846 tout était déjà perdu. Un remède unique,
surnaturel, fut apporté d’en haut par la Mère de Dieu qui pleurait. Le
«Père de famille, planteur de la Vigne et constructeur de la Tour»,
pouvait-il bien croire que cela ferait quelque chose? La Sagesse
éternelle pouvait-elle se dire: _Verebuntur Matrem meam?_ La fumée du
cloaque étouffa cette Révélation, si parfaitement que les bons prêtres
eux-mêmes, trompés depuis deux générations de prêtres, avouent leur
ignorance du remède. Dès lors, comment dire suffisamment la vanité des
œuvres accomplies en pleine désobéissance?
[44] =Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la
prière et la pénitence=... 5e paragraphe du Secret.
=Ceux qui conduisent les charrettes=, est-il dit dans le Discours.
Ce rapprochement saisira les personnes habituées au mystère des
concordances. «Ceux qui conduisent les charrettes» ne sont-ils pas
évidemment les prêtres qui =ne savent pas parler sans mettre le nom
de mon Fils au milieu?= _Pater mi, pater mi, currus Israël, auriga
ejus._ IV Reg. II, 12, XIII, 14.
«On ira à la Salette», écrivait un excellent prêtre, «on ira à Lourdes,
à Paray-le-Monial, à Rome, à Jérusalem, etc., en chantant: «Sauvez Rome
et la France!» On ne fait que cela depuis trente et quelques années. On
inventera des pèlerinages d’hommes et même de prêtres. On organisera des
congrès de la Sainte Vierge, des congrès eucharistiques, des ligues de
l’_Ave Maria_, des neuvaines, etc. Et le ciel restera d’airain. Tout
sera d’une parfaite insignifiance pour apaiser Dieu irrité, parce que,
en somme, _on vit à sa guise_ et que, pour ne pas entendre les reproches
de sa Mère, on piétine son Message.»
Laissons parler Mélanie: «... Il me semble que depuis longtemps, je
donne un petit coup de cloche pour avertir les humains que _nous allons
au-devant des tristes et lugubres évènements du règne de l’Antechrist_.
La foi n’est-elle pas éteinte?--Non, nous dira quelqu’un.--Si la foi
n’est pas éteinte, qu’elle montre ses œuvres, car la foi marche de pair
avec les œuvres.--Mais, répondra-t-on, on fait des pèlerinages; il se
fait un grand nombre de bonnes œuvres.--Soit, le peuple français est
naturellement porté aux choses _extérieures_; mais si ces pèlerinages
ont été faits en expiation, pour fléchir la juste colère de Dieu, lui
demander pardon, etc., s’est-on vêtu de sacs et couvert de cendres, par
une sincère pénitence?--Non!--A-t-on au moins laissé de côté ces modes
diaboliques et indécentes? etc.--Rien de tout cela! Après avoir visité
les Lieux Saints, les Sanctuaires, on fréquente les théâtres, comme
auparavant... On pourrait compter les élus, les âmes foncièrement
chrétiennes; les autres ne peuvent se compter. _L’apostasie est à peu
près générale._ L’Antechrist n’aura pas grand’peine à établir son règne
en Europe; ceux qui, à cette heure, gouvernent la France, le lui
préparent sans rencontrer d’obstacles. Pauvre France!... En attendant,
elle rit, elle s’amuse, parce qu’elle ne croit pas à une vie meilleure;
parce qu’elle n’a pas la foi, mais simplement _la vanité de la foi_, en
feignant la religion, en se faisant inscrire DIRECTRICE ou ZÉLATRICE ou
PRÉSIDENTE de telle ou telle confraternité.» Cette lettre est du 28
novembre 1887.
Un an auparavant, alors que beaucoup de journalistes s’agitaient, elle
avait écrit déjà: «... Il est inutile de nous donner du mal pour
chercher à deviner _quel sera le prince qui montera sur le trône de
France_. Si l’on ne connaissait pas le Secret, l’on serait pardonnable:
=Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l’Italie.=
On s’est révolté contre Dieu et contre sa douce loi: nous serons
gouvernés par une verge de fer, et des lois dures et odieuses nous
seront imposées. Ceux qui nous gouvernent ne sont que des instruments
dans les mains du Très-Haut. A mesure que les méchants avancent sur le
terrain catholique, nous avons la lâcheté de reculer... Nous nous plions
à toutes les exigences des ennemis de Dieu et des âmes. On proteste, me
direz-vous? Oui, on proteste! ce n’est pas cher! Les premiers chrétiens
protestaient avec leur sang, avec leur vie. Allons, nous ne sommes que
des _ombres de chrétiens_, nous craignons plus les châtiments des hommes
que les peines de l’Enfer. Croyez-vous que le bon Dieu donne un roi à la
France avant de l’avoir justement et sévèrement châtiée? Et après,
serons-nous du nombre des vivants! _Toutes les intrigues de certains
prétendants au trône de France ne sont que des amusements
d’enfants._»[45]
[45] Il est inutile de faire observer l’_actualité_ de cette page,
écrite il y a plus de vingt ans.
«... Un fait me cause la plus triste impression. C’est l’habitude
_diabolique_ de procurer des secours aux victimes d’un tremblement de
terre, ou de toute autre catastrophe, en donnant des bals, des
représentations de théâtre. _Je ne puis admettre que l’on ose recourir à
un mal pour opérer un bien._[46] Oh! aveuglement de l’homme sans Dieu!
Et ceux qui agissent ainsi sont des chrétiens! Je n’en saurais douter,
nous sommes près de la grande guerre, c’est-à-dire de l’_avènement de
l’homme de perdition, de l’Antechrist_. Je le sais, personne ne consent
à reconnaître une vérité qui épouvante, mais qui n’en est pas moins la
vérité. _Notre génération marche vers l’Antechrist DONT ELLE DOIT FAIRE
LA RENCONTRE_; et les indifférents de refuser de croire et les impies de
railler. Cela est ainsi. Malheur! malheur! malheur!»
[46] LÉON BLOY. _Mon Journal_. «Lettre sur l’incendie du Bazar de
Charité.»
«... Je suis glacée de frayeur en voyant la rage de l’enfer et des
hommes, y compris les femmes infernales (_sic_); le feu et le sang y
auront grand jeu. Que de massacres! Que de tortures affreuses! Oh! les
femmes sont terribles! Pauvres prêtres qui tomberont entre leurs
mains!...»
«=L’Église aura une crise affreuse=... Expulsion des curés de leur
presbytère, des évêques de leurs palais, poursuit la voyante; fermeture
et confiscation des églises; massacres du clergé pires que sous la
Terreur. Beaucoup seront tués par vengeance personnelle; ceux qui auront
faibli ne seront pas épargnés; le projet des maçons est de faire pécher
les consacrés avant de les tuer! je vis que ces morts violentes étaient,
en très-grand nombre, _tout autre chose que le martyre_; que c’était la
réalisation, dans toute son horreur, du mot «Malheur!» de l’Écriture...
Vous ne voulez pas du Message de la Miséricorde, vous repoussez la main
tendue; il n’y a plus rien à faire: =Dieu abandonnera les hommes à
eux-mêmes... Ce sera le temps des ténèbres=.»[47]
[47] Une tradition porte que la France, après de longues iniquités, à
une époque qui ressemble à la nôtre, se réveillera, un matin, sans
voir se lever le soleil. Plusieurs jours durant, elle demeurerait
dans les ténèbres au milieu desquelles des spectres, sortis de
l’enfer, viendraient tourmenter les vivants.
Il existe une prédiction analogue de la Vénérable Anna-Maria Taïgi,
morte en 1837.