DONS PROPHÉTIQUES DE MAXIMIN.

Quel homme a été plus vilipendé que Maximin? Ceux même qui lui devaient

tout et qui l’ont laissé périr de misère dans leur voisinage, les

prétendus Missionnaires, abusèrent horriblement de leur prestige

sacerdotal pour déshonorer ce pauvre qui les avait enfantés, qui les

avait vêtus et nourris, qui leur avait donné ses montagnes et son ciel

et le Paradis dans le cœur, s’ils avaient voulu![36] On sait que les

vrais chrétiens sont les plus désarmés des hommes, puisque la Charité et

l’Humilité les empêchent de se défendre. Mélanie «aventurière», Maximin

«ivrogne», épithètes indécollables! On a vu des pèlerins épouvantés de

l’avenir éternel de cet Alexis dans le réduit de la maison de sa Mère.

[36] L’ancien maire de Corps, M. Barbe, a, dans ses mains, un billet

de 200 fr. (je crois) que Maximin avait emprunté aux Missionnaires

pour ne pas mourir de faim. Il l’a retiré après la mort de Maximin,

l’a payé afin d’avoir cette preuve de leur dureté et de leur

avarice. M. Barbe, à qui j’ai écrit vainement pour avoir une

photographie de ce document, vit-il encore?

Or voici le témoignage de Mélanie: «Bon et loyal Maximin!... Je crois

qu’il a beaucoup souffert et toujours en silence; en vérité, je suis

couverte de confusion quand je vois combien je suis éloignée de sa vie

toute cachée en Dieu; et, si je parviens à arriver au ciel, je ne

toucherai pas même les chevilles de ses pieds. Souvent je le prie de

m’obtenir cette générosité d’âme qui me serait si nécessaire... je vous

remercie beaucoup de la précieuse photographie du bon Maximin, je l’ai

reconnu à ses yeux candides et innocents. Je pense toujours à lui et à

tout ce qu’il a souffert avec une extraordinaire patience, avec ce grand

esprit de foi qui lui faisait voir Dieu en tout ou les instruments de

Dieu dans les personnes qui le faisaient souffrir...» _Virginitate clarâ

floruit_, fut-il dit à ses funérailles. «Pas de _De Profundis_ sur sa

tombe, il n’en a pas besoin; chantons le _Gloria Patri_ et le _Te Deum_,

il lui en surviendra un surcroît de gloire au ciel où il habite.» C’est

Mélanie qui parle encore.

Maximin, lui aussi, avait vu, longtemps à l’avance, le péril prussien:

«L’Italie _une_, écrivait-il en 1866, est l’ennemie de la France comme

le poison est l’ennemi de l’homme. Tous les Français qui ont du sang

dans les veines devraient voler au secours de Rome et abattre

l’unification italienne comme on abat une vipère. Les Prussiens, qui

n’ont d’affinité avec les Italiens que par leur haine contre la religion

de Notre Seigneur Jésus-Christ, s’uniront, un jour, à eux pour nous

punir de ce que nous n’avons pas été fidèles à notre droit d’aînesse de

défendre et de protéger en tout et partout la Religion et la Papauté...

J’ai grand’peur que notre ferveur pour l’Italie et nos complaisances

pour la Prusse ne se tournent bientôt contre nous, et ce jour n’est pas

loin.»

Le 29 juillet 1851, Maximin avait dit à un personnage absolument digne

de foi, M. Dausse, ingénieur à Grenoble, qui a laissé des _Souvenirs_

curieux: «Quand Paris brûlera, il y aura _quatre rois_ autour», ce qui

s’est réalisé à la lettre. (Les rois de Prusse, de Bavière, de

Wurtemberg et de Saxe.)

Le même ingénieur raconte aussi que, avant la guerre de Crimée,--en

1854--M. Michal, curé de Corenc, affirmait, en présence de Maximin, que

l’Empereur, dans une réunion diplomatique aux Tuileries, avait quitté

son trône pour tendre la main à l’Ambassadeur de Russie, que, de là,

naturellement, l’opinion s’était accréditée qu’il n’y aurait pas guerre

avec cette puissance. «Alors, poursuit le narrateur, Maximin vient se

mettre devant lui, les bras croisés et répond carrément:--_Eh! bien,

moi, je vous dis qu’il y aura guerre avec la Russie!_...»

Autre fait plus étonnant. Maximin se trouvant sur la Montagne, le 18 ou

19 septembre 1870, on parla de la prédiction de Mélanie: _Paris sera

brûlé._ L’un des assistants donna aussitôt l’explication naturelle: «Ce

sera par les Prussiens.»--_Non, non_, répliqua Maximin, _ce n’est pas

par les Prussiens que Paris sera brûlé, c’est PAR SA CANAILLE._

Le 4 décembre 1868, Maximin était reçu à l’Archevêché de Paris, Mgr

Darboy, si admirablement domestiqué par l’Empereur, comme on sait, ayant

désiré le voir. L’entrevue, racontée par Maximin, fut assez longue. Sa

Grandeur qui, sans doute, avait espéré contraindre le berger à lui

dévoiler son secret, parla de manière à scandaliser profondément son

auditeur qui avait été _zouave pontifical_, accusant la Sainte Vierge

d’exagérer les égards qu’on doit à la Papauté et de n’avoir fait que des

prophéties de hasard.--«Moi aussi, je ferais bien des prophéties de

cette force-là!» osa dire cet archevêque. Enfin, s’exaspérant jusqu’au

blasphème:--«Après tout, qu’est-ce qu’un discours comme celui de votre

prétendue Belle Dame? Il n’est pas plus français qu’il n’a le sens

commun... Il est stupide, son discours! Et le Secret ne peut être que

stupide... Non, je ne puis, moi, archevêque de Paris, autoriser une

dévotion pareille!»

Maximin, humilié pour ce prince de l’Église qui s’oubliait tellement

devant lui, voulut que Notre Dame de la Salette eût le dernier

mot.--«Monseigneur, répondit-il avec force, il est aussi vrai que la

Sainte Vierge m’est apparue à la Salette et qu’elle m’a parlé, qu’il est

vrai qu’en 1871, vous serez fusillé par la canaille.» Trois ans plus

tard, à la Roquette, on assure que le prélat, prisonnier, répondit à des

personnes qui voulaient faire des tentatives pour le sauver:--«C’est

inutile, Maximin m’a dit que je serais _fusillé_.»

Le célèbre avocat de la Salette, Amédée Nicolas, raconte ce fait dont il

fut témoin sur la Montagne, en août 1871: «Un savant professeur de

théologie et son ami, curé dans une grande ville, étaient venus à la

Salette, avec une douzaine d’objections préparées et étudiées d’avance,

pour les proposer à Maximin, lorsqu’il quitterait son échoppe, pour

venir, sur la demande des pèlerins (qui le préféraient aux

missionnaires), faire le récit du Miracle. Lorsque Maximin eut achevé,

le professeur proposa la première objection. Maximin se borna à dire:

«Passez à la seconde.» De même pour les seconde, troisième et quatrième.

A la cinquième, il répondit en quelques mots. Cette réponse fit aussitôt

crouler les cinq objections et cet écroulement entraîna celui des sept

autres. Voyant cela, ce professeur et ce curé nous dirent à nous-mêmes,

car nous étions à côté d’eux: «Ce jeune homme est toujours dans sa

mission; il est assisté par la Sainte Vierge, aujourd’hui comme aux

premiers jours; c’est évident pour nous. Aucun théologien, fût-il le

plus savant du monde, n’aurait pu faire un pareil tour de force. Tout

cela est certainement surhumain. Il nous a mieux prouvé le Miracle qu’il

n’eût été possible de le faire par les plus fortes démonstrations.»[37]

[37] _Défense et explication du Secret de Mélanie_. Nîmes, 1881.

La vie de Maximin a été des plus accidentées. Après avoir passé quelques

années dans un séminaire, il fut soldat, puis étudiant en médecine. Mais

il échoua partout et se vit réduit à servir des ouvriers pour vivre,

gagner sa vie.

Se trouvant à Paris dans le plus grand dénûment, il engagea un de ses

vêtements au Mont-de-Piété. Un jour, à bout de ressources, et n’ayant

plus rien à manger, il entre à Saint-Sulpice et va s’agenouiller devant

l’autel de la Sainte Vierge. «J’ai bien faim, dit-il, ma bonne Mère,

vous allez donc me laisser mourir de faim? Et pourtant, tout ce que vous

m’avez commandé, je l’ai fait. J’ai fait passer à tout votre peuple les

graves et solennels avertissements que vous êtes venue apporter. Encore

quelque peu et je vais tomber d’inanition. Si vous ne voulez pas me

tirer de la misère où je suis, alors je vais m’adresser à votre époux

saint Joseph qui, lui, aura bien pitié de moi!»

Affaibli par un jeûne prolongé, il ne tarde pas à s’assoupir. Un homme

qu’il ne connaissait pas le réveille, l’invite à le suivre chez un

restaurateur et lui fait servir un copieux repas. Quand il est rassasié,

l’inconnu paye le maître d’hôtel et dit à Maximin d’aller au

Mont-de-Piété retirer l’habit qu’il y a engagé. Il ajoute qu’il trouvera

dans la poche de cet habit un billet qui le mettra à l’abri de la

misère. Aussitôt il disparaît. Maximin n’a jamais su qui était cet

homme. Comment cet inconnu savait-il qu’il avait engagé son habit au

Mont-de-Piété? Comment savait-il qu’il y avait dans la poche de cet

habit un billet assurant l’avenir de Maximin? Ce dernier, ne pouvant

expliquer naturellement une chose aussi extraordinaire, a toujours cru

que cet étranger était saint Joseph.

Docilement, Maximin se rend au Mont-de-Piété et trouve, en effet, dans

la poche de son habit, un _testament_ qu’une personne charitable avait

fait en sa faveur. Par ce testament on lui offrait de le recevoir dans

une famille et on lui laissait quinze mille francs pour subvenir à ses

besoins. Comment ce testament se trouvait-il dans la poche de l’habit de

Maximin! Il ne le sut jamais. Mais quelle était la valeur de cet écrit?

Maximin le montra à un notaire qui le trouva en bonne forme et fit les

diligences nécessaires. On lui versa donc quinze mille francs avec

lesquels il entreprit un commerce de bestiaux où il se ruina[38]. Sa

mission exigeait qu’il vécût et mourût dans l’indigence. Combien

d’autres histoires du même genre!

[38] _Mélanie, Bergère de la Salette, et le cardinal Perraud_. Paris,

Chamuel, 1898.

J’entends d’ici le chœur immense des voix sacristines: «La _sainteté_ de

Mélanie et de Maximin, et leur état de _prophètes_! Mais, monsieur, cela

renverse toutes nos idées! On ne nous fera pas croire que tant de bons

chrétiens, tant de vénérables pasteurs, depuis tant d’années, n’en aient

rien su et qu’une légende contraire ait pu s’établir! Cette supposition

est déraisonnable.» Cela me remet en mémoire la belle réponse du

commis-voyageur à qui on parlait du Palais des Papes à Avignon: «Quelle

bonne blague! S’il y avait eu des papes à Avignon, _ça se saurait_!» Eh!

sans doute. Ça se sait même un peu, mais c’est une règle sans exception

que, pour savoir, il faut s’instruire avec la candeur d’un enfant et

l’humble bonne volonté de ces autres _pasteurs_ à qui les anges de Noël

promirent autrefois «la paix sur la terre». «_Invenietis _infantes_,

pannis _involutos_ et _positos_ in præsepio._»[39]

[39] Je demande pardon pour la liberté que j’ai l’air de prendre avec

le texte de saint Luc, mais il m’est impossible de ne pas me

souvenir de Noël, quand je pense aux deux sublimes enfants pauvres

sur leur Montagne.

L’ignorance, coupable ou non, du plus grand fait de l’histoire moderne

et de sa conséquence immédiate, à savoir l’éminente sainteté des deux

Témoins, n’empêchera pas ceux-ci de continuer leur mission du fond de

leurs tombes que l’Église, un jour, nommera peut-être miraculeuses.

_Defuncti adhuc loquuntur._ Cette ignorance, monstrueuse dans tous les

cas, n’empêchera pas non plus l’espérance de quelques âmes, ni les

centaines de millions de bras tordus par le désespoir, à l’heure

marquée.

On se rappelle que le Secret de Mélanie a été publié en 1879, avec

l’_imprimatur_ de Mgr Zola, évêque de Lecce. Cette formule latine,

significative, pour la sainte fille, de tant d’amertumes, de

tribulations et de combats, resta dans sa mémoire, étrangement et

profondément.

«Puisqu’on ne veut pas du Message, remède à nos maux, la divine Justice

vengera l’ingratitude des hommes et _donnera l’IMPRIMATUR_ aux fléaux

annoncés par la Reine des Anges!!!» Ainsi s’exprimait la Bergère de la

Salette, le 23 mai 1904.

Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette) · 第 34 / 70 题