PERSÉCUTION DE MGR FAVA. DÉSOBÉISSANCE, INFIDÉLITÉS CRIMINELLES DES
MISSIONNAIRES.
La non-existence, après soixante ans, de l’Ordre des Apôtres des
Derniers Temps est l’effet infiniment déplorable d’une désobéissance
inouïe, non seulement à la Sainte Vierge qui avait exigé son
institution, mais à Léon XIII qui ordonna formellement à Mgr Fava,
évêque de Grenoble: «_de prendre la Règle donnée par la Très-Sainte
Vierge à Mélanie pour la faire observer aux Religieux et Religieuses qui
sont sur la Montagne de la Salette_». Et Mélanie, reçue en audience
privée, le lendemain, eut la consolation d’entendre le Saint-Père lui
dire plusieurs fois: «Vous irez sur la Montagne avec la Règle que vous a
donnée la Très-Sainte Vierge. Vous la ferez observer aux Religieux et
aux Religieuses». Cela se passait le 3 décembre 1878.
«Que s’est-il passé pour que rien ne se soit fait?» écrivait-elle,
dix-sept ans plus tard.--«Quelqu’un que je connais, s’il était à son lit
de mort, à cette heure suprême où l’on dit adieu à tous les partis, à
tous les intérêts terrestres et où les yeux n’aperçoivent qu’un Juge
scrutateur des cœurs, pourrait nous le dire avant d’en avoir la vision
dans l’autre monde. Et il pourrait aussi nous dire pourquoi les ordres
du Saint-Père n’ont pas été suivis.»[29]
[29] Ce _quelqu’un_, à proprement parler, n’eut pas de _lit de mort_.
Un matin, il fut trouvé mort sur son plancher,--comme, plus tard,
Mélanie--mais, au contraire de la sainte fille, dévêtu, les bras
tordus, les poings crispés, le visage, les _yeux_, exprimant
l’effroi d’une horrible vision.
La constante hostilité de Mgr Fava, autrement active que celle de Mgr
Ginoulhiac, bien qu’il ne fût talonné par aucun empereur, ressemble à un
cas de possession diabolique. Cet inconcevable pontife, toujours
accompagné de son instrument d’iniquité, le Père Berthier, des prétendus
Missionnaires de la Salette, relançait sa victime jusqu’à Rome--où il
étonna de son arrogance Léon XIII qui ne sut pas le briser,--et jusqu’au
fond de l’Italie où elle avait espéré trouver un refuge, ne reculant pas
même devant cette monstruosité d’essayer de la corrompre avec des
_billets de banque_.--«J’ai ici quelques billets de cent francs _pour
vos menus plaisirs_», osa-t-il lui dire. Jusqu’à son effrayante mort, il
ne cessa d’agir contre elle et d’entraver sa mission par tous les moyens
imaginables.
Elle avait écrit, le 3 janvier 1880: «... Ce n’est pas malin que Mgr
Fava ne veuille pas entrer dans mes vues qui sont toutes opposées aux
siennes. Mes vues étaient de faire de la Montagne de la Salette un
nouveau calvaire d’expiation, de réparation, d’immolation, de prière et
de pénitence pour le salut de ma chère France et du monde entier. Je
désirais que le lieu où Marie Immaculée a versé tant de larmes fût un
lieu saint, un modèle, et que l’on y observât _rigoureusement_ la sainte
Loi de Dieu, _la Loi du Dimanche_, et que ni les Pères ni les
Religieuses ne fissent aucun négoce, _laissant aux séculiers le soin de
vendre des objets de piété_.»[30]
[30] _Notre Dame de la Salette et ses deux Élus_. 160 lettres de
Mélanie. Paris, Weibel, 9, rue Clovis.
Autre plainte, le 8 septembre 1895: «... Que c’est donc triste de voir
ce saint lieu habité par des _incroyants_! Dès le commencement, je me
consolais en pensant que cette Montagne, où Marie avait versé des
larmes, serait, un jour, habitée par des âmes modèles de l’exacte
observance de la loi de Dieu, des âmes humbles, charitables, dévouées et
zélées; que ce saint lieu deviendrait et serait le foyer de la
_pénitence_, de l’expiation et de la continuelle prière pour les besoins
de l’Église et la conversion des pécheurs!... J’ai été trompée; je ne
leur en veux pas; ils n’ont rien compris de la miséricordieuse
Apparition; ils n’ont pas la vocation religieuse et apostolique; ils
sont des membres disloqués. Que Dieu les éclaire!»
La présence des Missionnaires prétendus, installés et prospérant, un
demi-siècle, sur sa Montagne, la crucifiait: «... Ce sont les anciens
missionnaires», écrivait-elle, le 19 décembre 1903, «qui ont détruit le
pèlerinage; ce sont eux, hélas! qui ont osé _découronner_ Notre Dame de
la Salette;[31] ce sont eux qui, complices de Mgr Fava, ont refusé,
contre l’ordre du Pape, d’accepter la Règle de la Mère de Dieu; ce sont
eux qui ont calomnié le si bon et si humble Maximin et qui lui ont
refusé un morceau de pain!...» En 1902, ils avaient demandé à Mélanie,
dans leur sacristie: «Que va-t-il arriver?»--«La Madone, répondit-elle,
va vous _balayer_.» Déjà Maximin, un peu avant sa mort, arrivée le 1er
mars 1875, avait dit en parlant d’eux: «Ils descendront de la Montagne
et n’y remonteront pas.» Décidément les deux Bergers étaient mieux
informés de l’avenir que ces soi-disant religieux, le P. Berthier, par
exemple, disant: «Après tout, nous sommes propriétaires des lieux de
l’Apparition. Nous les avons achetés par acte notarié en bonne et due
forme: _personne ne peut nous déloger._» Adorable balayage! «Ce qui se
serait fait dans la miséricorde--avait dit encore Mélanie--se fera sur
des ruines.»
[31] Expulsés de la Sainte Montagne, les anciens Missionnaires
emportèrent la caisse, les vases sacrés couverts de pierreries et
jusqu’au DIADÈME DE LA SAINTE VIERGE!!! Il fallut recourir au Pape
pour leur faire rendre ces richesses du Pèlerinage.
La douleur de cette profanation lui fut un martyre. Son admirable
correspondance en est remplie et on peut bien dire qu’elle en est morte
après en avoir constamment vécu. Elle ne pouvait pas se mettre à genoux,
parler à Dieu ni parler aux hommes, sans que cette épine perçât son
cœur. «Ceux qui étouffent la vérité... Le matériel offusque leur
intelligence... Je suis indignée contre l’esprit de mensonge des Pères
de la Salette... Ils ont horreur de ce Secret qui lève un coin du
voile... Malheureux religieux qui ne sont pas fidèles! gémissait-elle;
oh! combien il y en a qui arriveront au terrible Jugement de Dieu, avec
les mains et le cœur vides, mais les yeux pleins, pleins du désir des
biens de la terre et vides de bonnes œuvres! Prions, prions... Notre
pauvre France est bien malheureuse et bien malade; mais ce ne sont pas
les personnes qui ne croient à rien qui offensent le plus la Majesté
Divine; les personnes qui appartiennent au démon font les œuvres du
démon. Ce sont les âmes chrétiennes, les Chandeliers de l’Église, le Sel
de la terre, qui ne font plus leur office... _La divine Marie n’a pas
parlé pour ne rien dire_, ni pour que _ses sages avertissements soient
ensevelis_... Les excuses que certaines personnes donnent pour ne pas
croire au Secret, ne sont que des _accusations_ contre elles-mêmes. Pour
ne pas changer de vie, il est plus facile de dire que l’on ne croit pas
au Secret, ou bien qu’il est exagéré, que le mal n’est pas si grand; que
la Très-Sainte Vierge n’a pas pu se plaindre du sel de la terre, etc.,
etc. Ces raisonnements-là, on devrait me laisser faire à moi, ignorante
comme je suis! Mais ils me semblent honteux dans la bouche des personnes
tant soit peu doctes, sinon pieuses. Que nous dit l’Écriture Sainte,
l’Ancien et le Nouveau Testament? Comment parle-t-elle du prêtre?... Qui
a demandé le crucifiement de notre doux Sauveur?... Les hérésies, par
qui ont-elles commencé?... En 93, quelles furent les premières personnes
qui adhérèrent à la disparition de la monarchie? etc., etc. Quelles sont
les personnes qui allaient contre l’infaillibilité du Pape?... Et
aujourd’hui, qui sont ceux qui se récrient contre le Secret de la Vierge
Marie?... Le Sel de la terre!...»[32]
[32] _Notre Dame de la Salette et ses deux Élus_.