Il faut bien que ce livre vous soit dédié, mon cher ami, puisqu’il
n’existerait pas sans vous. J’en avais abandonné le projet, il y a
vingt-sept ans, et j’avais fini par n’y plus penser, le croyant
impraticable.
Notre Dame de Compassion sanglotait toujours sur Sa Montagne et je ne
L’entendais plus... Elle commanda que je fusse réveillé par vous.
Nous nous sommes rencontrés de façon si miraculeuse! Depuis trente ans,
vous attendiez quelqu’un qui vous parlât de la Salette. J’attendais
qu’il me fût donné d’en parler convenablement.
Il arriva enfin qu’un jour--il n’y a pas bien longtemps--ayant lu, dans
un de mes livres, quelques pages où je m’étais efforcé de glorifier
Notre Dame de la Salette, il vous parut que je pouvais bien être
l’écrivain que vous aviez espéré. Nous nous connûmes alors et votre
impression, loin de changer, devint plus précise.
Encouragé par vous, voyant en vous un ambassadeur de Marie, qu’avais-je
mieux à faire que d’obéir? Il ne me fallait pas moins pour affronter les
difficultés et les amertumes inhérentes à un tel sujet.
La Salette est encore, après soixante ans, la Fontaine de Contradiction
dont il est parlé dans le Saint Livre, et ceux qui l’aiment sont appelés
à souffrir.
=Faites-le passer à tout Mon peuple=, avait dit aux Bergers la Mère de
Dieu, leur ayant annoncé la =Grande Nouvelle=.
Alors je vous dis: Faites passer mon livre aux pauvres. Vous m’entendez
bien. Je parle de ce troupeau douloureux à qui personne ne pense et qui
ne fait pitié à personne: les généreux qui ne connaissent pas la Vérité,
les belles âmes vagabondes qui auraient besoin d’un _asile de jour_...
«_Misereor super turbam_», disait Jésus. Ayez pitié de cette troupe qui
meurt de soif au bord des fleuves du Paradis.
Nativité de Marie, 8 septembre 1907.