UN Roy Numidien poussÈ d'un beau desir
Fit jadis rechercher la source de ce fleuve
Qui le peuple d'Egypte & de Libye abreuve,
Prenant en son pourtrait son unique plaisir
CHAMPLEIN, ja dÈs long temps je voy que ton loisir
S'employe obstinÈment & sans aucune treuve
A rechercher les flots, que de la Terre-neuve
Viennent, apres maints sauts, les rivages saisir.
Que si tu viens ‡ chef de ta belle entreprise,
On ne peut estimer combien de gloire un jour
Acquerras ‡ ton nom que desja chacun prise.
Car d'un fleuve infini tu cherches l'origine.
Afin qu'‡ l'avenir y faisant ton sejour
Tu nous faces par l‡ parvenir ‡ la chine.
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ODE EN LA MEMOIRE
du Capitaine Gourgues Bourdelois.
Voy l'Histoire de la Nouvelle-France Liv. 1, ch. XIX & XX.
GOURGUES, l'honneur Bourdelois,
Je veux reveiller ta gloire,
Et faire eclater ma voix
Dans le temple de Memoire,
En racontant ta valeur
Ta conduite & ta prouÎsse,
Quand, d'un invincible coeur,
Tu mis la main vengeresse
Sur le soldat bazanÈ
Du sang des FranÁois avide,
Qui nous avoit butinÈ
Les beautez de la Floride.
Si-tot que de noz FranÁois
Tu entendis la ruine,
Et que le peuple Iberois
Occupoit la Caroline,
Tu prins resolution
De venger le grand outrage
Fait ‡ nÙtre nation
Par une Hespagnole rage.
A tes despens tu mis sis
De bons hommes une bende
Au combat bien resolus,
Puis que c'est toy qui commande.
Tu ne leur dis ‡ l'abord
Le secret de ton affaire,
Come Capitaine accort,
Qui sÁais bien ce qu'il faut taire.
Mais quant tu te vis portÈ
Dessus la terre nouvelle,
Tu leur dis ta volontÈ
De venger une querelle,
Querelle qui les FranÁois
Et grans & petits regarde,
Et partant qu'‡ cette fois
Ne faut, d'une ame co¸arde
Reculer quand la saison
De bien faire se presente,
Afin d'avoir la raison
De l'injure violente
Faite aux premiers conquesteurs
D'une terre si lointaine
Par des assassinateurs
De race Mahumetaine.
A ces mots encouragÈs
Ils se mettent en bataille,
Et vont en ordre rangÈs
Droit contre cette canaille.
L'un & l'autre petit Fort
Ils attaquent de courage,
Et par un puissant effort
Ilz les mettent au pillage.
Mais il n'estoit pas aisÈ
D'attaquer la Caroline,
Si GOURGUES n'eust avisÈ
Prudemment ‡ sa ruine.
Car l'adversaire estoit fort
D'hommes, d'armes & de place,
Mais nonobstant prÈs du Fort
En fin sa troupe s'amasse.
L'Hespagnol estant sorti
Pour lui faire une saillie
Rencontre un mauvais parti
Qui a sa gent acuillie,
CAZENOVE donne ‡ des
GOURGUES les rencontre en face,
Qui les font (en peu de mots)
Tous demeurer sur la place.
Le reste tout ÈtonnÈ
La Forteresse abandonne,
Mais las! il est mal menÈ
N'ayant secours de personne.
Car le Sauvage irritÈ
Ne lui fait misericorde,
Lequel de sa cruautÈ
Trop frechement se recorde.
Mais ceux qui tombent Ès mains
Des FranÁois, on les attelle
Aux arbres les plus hautains
Pour y faire sentinelle.
[Illustration]
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A LA MEMOIRE D'UN
Sauvage Floridien que se proposoit
mourir pour les FranÁois.
Voy l'Histoire de la Nouvelle France liv. 1. chap. 20.
OU trouverons-nous un courage
Semblable ‡ cil de ce Sauvage,
Qui pour ses amis secourir
Vient lui-mÈme sa vie offrir,
Laquelle il croit devoir Èpandre
Pour nÙtre querele defendre?
Certainement un homme tel
Doit parmi nous estre immortel.
Et devons louer tout de mÈme
Le souci qu'il a de sa femme
Requerant qu'on lui face don
Apres son trÈpas du guerdon
Que meriteroit sa vaillance
Mourant pour l'honneur de la France.
[Illustration.]
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A PIERRE ANGIBAUT
dit CHAMP-DOR… Capitaine de
Marine en la Nouvelle-France.