La pointe nord de Madagascar vient d'être ravagée par un violent cyclone
qui a causé, à Diego Suarez, notamment, de graves dégâts, presque ruiné
cette active cité et jeté à la côte un des paquebots des Messageries
Maritimes, le _Salazie_.
Un de nos confrères, fixé à Diégo-Suarez, M. Henri Cognié, nous adresse
une description émouvante du phénomène, que suit un tableau lamentable
des ruines qu'il a, en quelques heures, accumulées.
Ce fut le dimanche 24 novembre que se déchaîna le cyclone. Pendant la
moitié de la nuit il fit rage. Les frêles baraques de bois et de tôle
qui constituent là-bas la plupart des habitations furent, en un clin
d'oeil, découvertes, renversées, broyées, comme paille. Les maisons même
plus solidement construites, les bâtiments administratifs, ne furent pas
épargnés non plus. Les habitants, blottis dans les abris les plus
invraisemblables, passèrent d'effroyables heures, attendant d'un moment
à l'autre la catastrophe suprême.
Quand, enfin, vers minuit, le vent diminuant de violence, les plus
vaillants se hasardèrent, sous la pluie torrentielle, à sortir de leurs
gîtes, quels désastres ne constatèrent-ils pas: pour la plupart, leur
pauvre bien anéanti, la maisonnette péniblement édifiée, les meubles,
tout perdu; c'était la ruine totale. Le jour levant éclaira les plus
tragiques scènes.
[Illustration: L'hôtel de l'administration.]
L'administration, en cette circonstance, usa de tous les moyens en son
pouvoir pour mettre fin à cette situation critique.
Naturellement, le phénomène n'avait pas limité son action dévastatrice à
la terre.
Le paquebot _Salazie_ avait quitté Diégo-Suarez la veille de la
catastrophe, se rendant à Tamatave. Il rencontra le cyclone à 100 milles
en mer, dans le sud. Après avoir lutté pendant plusieurs heures, il fut
jeté, dans la soirée du 24, vers 8 heures, sur l'îlot de corail Nosy
Ankomba.
On eut à déplorer la mort d'un des lieutenants, mais les passagers
purent être débarqués. Pendant trois jours, ils demeurèrent sous des
tentes improvisées, dans une situation pénible, avec des vivres, mais
fort peu d'eau. Le cyclone ayant détruit toutes les lignes
télégraphiques, ce fut un indigène qui, à pied, apporta à Diégo-Suarez
la nouvelle du naufrage. Immédiatement fut envoyé au secours de ces
malheureux le cargo _Eugène-Orossoz_, de la Compagnie Havraise
Péninsulaire, emmenant à son bord 20 marins de l'État sous le
commandement de l'enseigne de vaisseau Le Voyer, de l'aviso transport
_Vaucluse_. Il ramena les naufragés à Diégo-Suarez, beaucoup très
éprouvés, tous dans le dénûment le plus complet. Quant au _Salazie_, il
est perdu.
[Illustration: Après le passage du cyclone à Diégo-Suarez: la place de
l'octroi.--_Photographies Moreau et Descarpentries._]
[Illustration: LA RENAISSANCE DE LA GOURMANDISE FRANÇAISE.--Le "Club des
Cent" dégustant une vieille fine Champagne au fond d'une grande cave
parisienne.--_Dessin de L. SABATTIER._.]