MORT DE M. DE KIDERLEN-WAECHTER

[Illustration: M. de Kiderlen-Waechter.]

La mort soudaine, au lendemain des fêtes de Noël, de M. de

Kiderlen-Waechter, le secrétaire d'Etat à l'office impérial des Affaires

étrangères d'Allemagne, a provoqué en Europe des impressions diverses,

mais non point cette émotion générale qui s'attache à la disparition des

hommes de tout premier plan, difficilement remplaçables. M. de

Kiderlen-Waechter dut aux circonstances d'occuper le poste de ministre

des Affaires étrangères dans une période d'âpre controverse

franco-allemande, et son rôle, au regard de la France, fut, un moment,

des plus ingrats. Nous ne saurions évidemment lui en vouloir de s'être

efforcé de servir son pays, le mieux possible, et à sa manière, qui

était teutonne. Il avait pourtant pris une part active et sincère à

l'accord franco-allemand de 1909. Par la suite, obsédé par le souvenir

des attitudes et des procédés de Bismarck, son maître, il tenta les

chances périlleuses d'Agadir pour réaliser, lui aussi, une oeuvre. Son

but, qui était de faire payer au plus haut prix, par de précieuses

compensations coloniales, le désistement de l'Allemagne au Maroc, fut

poursuivi dans les conditions retentissantes et périlleuses que l'on

sait et qui sont à peine d'hier. Mais, bien que, finalement, cette

politique de M. de Kiderlen-Waechter nous ait coûté une partie de notre

Congo, nous lui devons néanmoins une gratitude pour avoir provoqué dans

notre pays un admirable réveil national. M. Maximilien Harden

n'écrivait-il pas, il y a un an, dans le _Zukunft_: «Les Français, loin

d'en vouloir à de Kiderlen-Waechter, devraient lui élever un monument.

La France, qui allait à l'antimilitarisme et à l'anarchie, s'est, après

le coup d'Agadir, ressaisie dans un élan magnifique; elle sort vivifiée

de cette épreuve.»

L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913 · 第 10 / 34 题