Il a eu du cœur pour ceux de son clan. Il n’en a pas eu pour la France.
Il n’y a absolument rien du chrétien, en lui. C’est pourquoi le
sentiment n’est une valeur, à ses yeux, que dans les autres. Il se sert
de l’immense amour qu’il excite dans les Gaulois, toujours fous de
justice et chevaliers de la gloire. Il a la tête froide; il les mène par
la raison; mais elle n’est passionnée qu’en eux. Pour étouffer leurs
cris, il les gorge de victoires. Mais plus d’une fois, il les effraie.
Dans les affaires politiques, il est plus terrible que Néron: parce
qu’il est immuablement raisonnable. L’État est le monstre de pierre.
Napoléon est l’État: ses crimes sont glacés. Raison d’État, crime
d’État,--droit de l’État, pour Napoléon. Soumis au destin, il se prend
pour le destin; il y soumet inexorablement les autres. Les crimes du
destin sont à peine des accidents. Certain matin pluvieux, dans l’ombre
d’une nuit très noire et très mauvaise, le duc d’Enghien est mort
d’accident, dans le fossé de Vincennes.