Il est sans pitié pour tout ce qui trouble la valeur, pour tout ce qui
altère l’étalon d’or, tel qu’il le fixe en tous les ordres.
Il chasse l’homme qui ne veut pas servir l’État; et s’il n’y est pas
apte, il le proscrit: à quoi est-il bon? La lâcheté aux armées, le
manque à servir dans les cadres de l’Empire, deux crimes que Napoléon ne
pardonne pas.
Il a donc horreur de la femme qui fait l’homme. Il tourne le dos à
madame de Staël; il ne met point l’aigrette à ce turban de prétentions
infinies. Et comme ce grenadier turc, pour piper un compliment, demande
au Premier Consul quelle est la femme qu’il préfère, il répond: «Celle
qui fait le plus d’enfants.» Mot brutal, qui n’est pas à la française,
mais à l’antique, et moins de Scipion que d’Annibal.
Faire l’homme, en effet, c’est le plus sûr moyen, pour la femme, de ne
plus faire d’enfants. Les femmes à plumes n’ont pas encore trouvé la
recette de muer leurs ridicules époux en nourrices.
A sa Joséphine, quand il l’aime encore en amant trop épris, il ne donne
pas de la bien-aimée, ni de mon cœur, ou mon amour. Il l’appelle: ma
bonne amie, ma bonne. Elle lui aurait fait présent d’un fils, il ne
l’eût jamais répudiée. Il dit, plus tard, à ses maîtresses d’une heure,
quand il leur ouvre la porte, prenant congé après une effusion brève:
«Tu es une bonne fille!» Éloge suprême dans sa bouche: une bonne femme,
une bonne mère. Jamais homme ne fut moins amant de l’amour.
Il y met peut-être moins de vulgarité bourgeoise, que l’accent du peseur
juré, ou de l’essayeur d’or: une bonne femme, une bonne fille, une bonne
monnoie; elle vaut ce qu’elle vaut; elle ne ment pas sur sa frappe ni
sur son titre.