XXVI

L’homme du destin sera toujours l’homme du jeu. La politique est le

hasard heureux; et le grand homme qui gagne la partie fait croire aux

vaincus qu’il a prévu tous les coups. Il parle du hasard asservi, quand

il gagne; et quand il perd, de la fatalité. Mais ces idées-là sont pour

le peuple. Se parlant à lui-même, Napoléon invoque son étoile: et quand

elle est bonne, il la fait luire aux yeux des soldats. Il est joueur

comme Annibal. A tout moment, l’on sent qu’il ne croit pas plus à sa

fortune qu’à rien autre. Mais non pas moins. Il croit au coup de dés; et

surtout qu’on peut toujours les piper, avec l’aide de la fortune, qui

est le hasard complice. La fortune d’un conquérant est toujours soumise

à quelques coups de dés extraordinaires. Lui-même, c’est son génie de

les tenter. Le grand César n’a pas craint d’en faire l’aveu, parce qu’il

avait tous les courages.

De Napoléon · 第 29 / 45 题