L’homme du destin sera toujours l’homme du jeu. La politique est le
hasard heureux; et le grand homme qui gagne la partie fait croire aux
vaincus qu’il a prévu tous les coups. Il parle du hasard asservi, quand
il gagne; et quand il perd, de la fatalité. Mais ces idées-là sont pour
le peuple. Se parlant à lui-même, Napoléon invoque son étoile: et quand
elle est bonne, il la fait luire aux yeux des soldats. Il est joueur
comme Annibal. A tout moment, l’on sent qu’il ne croit pas plus à sa
fortune qu’à rien autre. Mais non pas moins. Il croit au coup de dés; et
surtout qu’on peut toujours les piper, avec l’aide de la fortune, qui
est le hasard complice. La fortune d’un conquérant est toujours soumise
à quelques coups de dés extraordinaires. Lui-même, c’est son génie de
les tenter. Le grand César n’a pas craint d’en faire l’aveu, parce qu’il
avait tous les courages.