[1] Le traitement généralement employé par les médecins de Manille
pour le choléra, et le seul qui ait donné des résultats satisfaisants,
consistait à administrer, au début de la maladie, une potion composée
d'une forte dose de laudanum de Sydenham, mêlée à une liqueur
alcoolique; à frictionner le corps avec une pommade dans laquelle
entrait une forte dose d'extrait gommeux d'opium, à appliquer de
forts synapismes aux extrémités et à l'épigastre, et à continuer les
frictions avec une brosse ou une étoffe de laine jusqu'à ce que la
chaleur fût rétablie.
[2] Le bloc, destiné à attacher les prisonniers, se compose de deux
pièces de bois longues de huit à dix pieds, réunies au moyen d'une
charnière, et dans lesquelles se trouvent des demi-ouvertures pour
les bras, les jambes, le cou et le corps. Les deux pièces de bois se
joignent et se ferment par un cadenas.
[3] Folgueras, qui, seul de sa nation, fut cause des malheurs que je
viens de raconter, a péri de la peine du talion: il a été assassiné
par un officier dans la révolte de Novalès.
Victor Godefroy, reconnaissant de tous les bienfaits qu'il avait
reçus de la famille Pareño, a épousé une des filles de cet officier
général. Il vit heureux en Bretagne.
[4] Pablo ou Paul, c'est mon prénom; on ne m'appelait jamais autrement
à Manille et à Cavite.
[5] Les dominicains, l'ordre de Saint-François, les augustins chaussés,
les augustins déchaussés, et l'ordre de Saint Jean-de-Dieu.
[6] Les mercredi, jeudi et vendredi saints, les voitures et les chevaux
ne peuvent pas circuler dans la ville et les faubourgs. Pendant ces
trois jours, tout le monde va à pied.
[7] L'_Angelus_ sonne à toutes les églises à six heures du soir. Au
premier coup de cloche, les personnes occupées dans leurs demeures
suspendent leurs travaux. Les passants, les promeneurs à pied,
à cheval ou en équipage, s'arrêtent pour prier pendant les cinq ou
six minutes que sonnent les cloches.
[8] Chaque sainte possède un trousseau et un écrin de grande
valeur. Chacune a un certain nombre de dames d'honneur, choisies
parmi les meilleures familles de Manille. Ces dames sont chargées du
trousseau et de la toilette de la sainte les jours de fête.
[9] Douane chinoise. A une époque de l'année, dans la mousson du N. O.,
arrive une flotte de jonques chargées de toutes espèces de denrées de
la Chine. Chaque jonque est affrétée par plusieurs négociants chinois,
qui tous accompagnent leurs marchandises. Le gouvernement espagnol,
pour leur faciliter la vente qu'ils font eux-mêmes pendant les cinq à
six mois qu'ils séjournent à Manille, leur a fait construire un vaste
édifice, espèce de bazar divisé par petits boutiques, qui sont mises
à leur disposition moyennant une légère rétribution.
[10] Le tay-po est une espèce de dé renfermé dans une boîte en
cuivre. Le croupier secoue cette boîte et la place sur un tapis divisé
en quatre cases de différentes couleurs, où les joueurs font leur
enjeu. Aussitôt que le jeu est fait, le croupier enlève une partie
de la boîte, qui laisse le dé à découvert. Sur ce dé sont tracés les
mêmes lignes que sur le tapis: la couleur du dé correspondant à celle
du tapis est celle qui gagne.
[11] 1 Le bétel est une composition de feuilles d'une plante
aromatique et d'un peu de chaux lavée dans plusieurs eaux. Les
Indiens, les Chinois, les métis et un grand nombre de créoles mâchent
continuellement cette composition, qui fait abondamment saliver, et
donne aux lèvres et à l'intérieur de la bouche une teinte d'incarnat.
[12] Je m'abstiens d'écrire le nom de cet officier, à cause de
sa famille.
[13] Dans le mois de mai 1853, une personne inconnue vient m'accoster
aux Champs-Élysées en me disant: «Monsieur de la Gironière,
permettez-moi de vous demander une poignée de main.--Veuillez bien,
lui répondis-je, me rappeler votre nom.--Je suis Charles Benoît.» Je le
reconnus alors sans peine. Vingt-huit à trente ans écoulés depuis les
faits que je raconte avaient effacé nos inimitiés passées. Ce fut avec
un vrai plaisir que nous renouâmes connaissance; et depuis, nous nous
voyons souvent avec la même satisfaction que deux anciens et bons amis.
Le docteur Carlos Benoît, après avoir exercé honorablement pendant
plusieurs années la médecine à Madrid, est enfin venu se fixer à Paris.
[14] Le mot _tagaloc_ vient des habitants des bords du lac de
_Bay_. C'est l'abrégé des deux mots _taga_ (gens), _iloc_ (rivière):
_gens de rivière_.
[15] Les Espagnols gouvernent la population indienne sans
l'administrer. Le bon ordre, la tranquillité qui règnent généralement
dans les provinces sont dus au conseil municipal et aux anciens de
chaque bourg, qui se laissent gouverner, mais qui s'administrent.
[16] Le fouet, si avilissant pour nous, est considéré par les Indiens
sous un tout autre point de vue; c'est, d'après eux, le châtiment le
plus léger qu'on puisse leur infliger. Ils disent que les menaces et
les injures déshonorent; que la prison ruine et abrutit; que quelques
coups de fouet ne font pas grand mal, qu'ils effacent complétement la
faute pour laquelle on les a reçus. Avec une pareille croyance, avec
de tels usages, il fallait bien user du fouet pour punir les méchants.
Un drame dont je vais donner les détails fera juger du caractère des
hommes que j'avais à gouverner.
[17] Pendant six mois le vent règne continuellement au nord-est,
et pendant les six autres mois, au nord-ouest; ces deux époques
sont désignées sous le nom de _moussons de nord-est_ et _moussons
de nord-ouest_.
[18] A la tête était don José Fuentès, mon ami, et qui actuellement
habite Madrid.
[19] C'est à _Jala-Jala_ que j'ai fait connaissance avec M. Édouard
Verreaux, du cap de Bonne-Espérance. Il vint passer chez moi plusieurs
mois, pendant lesquels nous nous sommes liés d'une amitié qui ne s'est
point refroidie. Je l'ai retrouvé avec plaisir à Paris, toujours au
milieu de ses occupations d'histoire naturelle.
[20] Don Simon Fernandez, oïdor à la cour royale.
[21] Les _Tinguianès_ ont pour ennemis acharnés une race de sauvages
cruels et sanguinaires qui habitent tout à fait dans l'intérieur des
montagnes; ils ont aussi à craindre les _Igorrotès_, qui vivent plus
près d'eux, mais qui sont moins sauvages. J'aurai plus tard l'occasion
d'en parler.
[22] Nom que l'on donne au jus de cannes à sucre fermenté.
[23] Esprit malin.
[24] Divinité malfaisante des Tagalocs.
[25] C'est d'après ce cruel usage de décapiter leurs victimes,
que les Espagnols ont donné à ces sauvages le nom de corta cabesas,
coupeurs de têtes.
[26] Bandits.
[27] Esprit malin.
[28] Les _Igorrotès_ cependant, selon les rapports des autres Indiens,
ne sont pas anthropophages; peut-être celui-là avait-il reçu ces mets
de quelques autres sauvages, les _Guinanès_, par exemple.
[29] D'après la tradition indienne, même la tradition espagnole,
l'enfant Jésus de Zébu existait avant la découverte des Philippines;
après la conquête, l'enfant fut trouvé sur la plage; les Espagnols
vainqueurs le déposèrent dans la cathédrale, où il opéra de grands
miracles.
[30] 25,000 francs.
[31] Les Malais.
[32] Auteur d'un ouvrage en huit volumes, intitulé Quinze années de
voyages autour du monde.
[33] J'ai éprouvé deux de ces coups de vent pendant mon séjour à
_Jala-Jala_: celui dont je parle, et un second dont je parlerai
plus tard.
[34] M. Pierre Voldemar, Bordelais.
[35] _Tapuzi_, dans les montagnes de _Limutan; limutan_, mot tagaloc
qui veut dire _oubli_ (voir la carte).
[36] Vieux chef.
[37] Abaca, soie végétale.
[38] Aux yeux d'un Tagal, tout Européen, quel que soit son pays,
est un _Castilla_.
[39] Un jour je demandais au père Miguel pourquoi, lorsqu'il nous
faisait une visite de grande cérémonie, il était armé de son fouet;
il me répondit: «Cela veut dire, Monsieur, que vous méritez qu'on
vienne de si loin pour vous saluer, qu'on ne pourrait faire la route
qu'à cheval.»
[40] Tala, étoile du Berger. Les Indiens ne la comparent pas, comme
nous, à Vénus.
[41] Allusion à ma femme, qui était venue à _Jala-Jala_ par le lac.
[42] Dans les pays chauds, les abeilles ne nichent pas dans les cavités
des vieux arbres; elles font un seul rayon, suspendu à une branche.
[43] Le buffle court plus rapidement que le cheval en descendant
une côte; mais lorsqu'il s'agit de la monter, le cheval l'emporte
de vitesse.
[44] M. Hamilton Lindsay, auteur d'une relation de _Voyages sur les
côtes de la Chine, dans la mer Jaune_.
[45] M. Paris, actuellement capitaine de vaisseau, est à Paris,
où j'ai été heureux de le rencontrer.
[46] De la maison Russell et Sturgis. Véritable et bon ami, dont le
souvenir bien présent à ma mémoire ne s'en effacera jamais.
[47] _Bernard-l'ermite_, espèce de crabe qui se loge dans un coquillage
abandonné par son mollusque, et qui, la nuit, sort de la mer pour
chercher sur la plage sa nourriture.
[48] Ce squelette est maintenant au Musée d'anatomie.
[49] La reconnaissance me fait un devoir de nommer ici quelques
personnes qui m'ont donné bien des marques d'affection et de
bienveillance. Il serait ingrat de ma part de les oublier, et je les
prie d'agréer avec bonté cette marque de mon souvenir.
Les gouverneurs des Philippines auxquels je dois ce souvenir sont:
Les généraux Martinès,
Ricafort,
Torrès,
Eurile,
Camba,
Salazar.
Dans les diverses administrations de la colonie, les _oïdores_ don
Inigo Asaola,
Otin-i Doazo,
Don Matias Mier,
Don Jacobo Varela, administrateur général des boissons,
Don José Fuente, commissaire dans le corps du génie, qui m'a rendu
de grands et nombreux services,
Le colonel don Thomas de Murieta, corrégidor de Tondoc,
Le colonel du génie don Mariano Goïcochea,
Le colonel et commandant Santa Romana,
Le gouverneur de province don José Atienza,
Les frères Ramos, fils de l'oïdor,
Toute la famille Caldéron,
Celle de Señeris,
Don Baltazar Mier,
Don José Ascaraga,
Enfin mon ami don Domingo Roxas, dont le fils don Mariano Roxas,
après avoir reçu à Manille une instruction brillante et solide,
est venu voyager en Europe, où il a acquis des connaissances si
étendues dans les sciences et les arts, que lorsqu'il retournera aux
îles Philippines, il y remplacera dignement son respectable père,
qu'une mort prématurée a enlevé à l'industrie, à l'agriculture,
et aux progrès de son pays.
[50] Mademoiselle Vidie est actuellement à Nantes, où elle vient de
terminer son éducation.
[51] Le voyageur, surpris par ces grands incendies qui embrasent
souvent plusieurs lieues à la fois, est obligé, pour se soustraire au
danger du feu, alors qu'il est encore assez éloigné des flammes qui
menacent de l'entourer, de mettre lui-même le feu aux grandes herbes
qui sont sur la route. Il se retire ensuite à quelques pas, dans la
direction opposée à celle que suivent les flammes poussées par le
vent; lorsqu'elles ont détruit toutes les matières combustibles sur
leur passage, le voyageur rentre dans l'espace mis à nu, et attend,
sans aucun risque, que l'incendie qui le menaçait ait accompli son
oeuvre de destruction.
[52]
Moines et religieux de divers ordres. 500
Commerçants. 70
Rentiers. 200
Employés, cour royale, intendance de
la marine, chefs militaires, officiers
et sous-officiers de tous grades. 3,280
Ensemble. 4,050
[53] L'Indien est toujours considéré comme un mineur, même dans
les transactions commerciales. Ainsi, celui qui aurait contracté une
dette de plus de 25 francs ne pourrait pas être contraint de la payer,
d'après la loi, pas plus qu'un mineur parmi nous.
[54] La petite vérole.
[55] Depuis 1838, le gouvernement a continué ses tentatives pour
soumettre ces diverses populations. Déjà il est parvenu à amener sous
sa domination quelques bourgades _tinguianès_ et _igorrotès_.
[56] Ces seize villages se nomment: _Palan_, _Jalamy_, _Mabuantoc_,
_Dalayap_, _Languiden_, _Baac_, _Padanguitan y Pangal_, _Campusan
y Danglas_, _Lagayan_, _Ganayan_, _Malaylay_, _Bucay_, _Gaddani_,
_Langanguilan y Madalag_, _Manabo_, _Palog y Amay_.
[57] _Tabon_ signifie, en langue tagale, couvrir de terre ou de sable.
[58] Les Indiens, pour préserver les semences de melon, que les fourmis
attaquent de préférence à toute autre, emploient un moyen de leur
invention: ils enlèvent à la graine sa première enveloppe, la mettent
dans un linge qu'ils renferment dans un vase; ils la font chauffer à
un degré qu'ils connaissent. Ensuite ils sèment le soir; le lendemain,
la graine est germée, et par conséquent à l'abri des fourmis.
[59] _Pinursegui_, _Laulan-Sanglay_, _Quinarayon_, _Pinurutung_,
_Quinamalig_, _Pinulut_, _Mangasavag-Puti_, _Binuriri_, _Pinagocpoc_,
_Quinandam-Pula_, _Quinan-Panputi_, _Mangusa_, _Bolibot_, _Dinumero_,
_Quinabiba_, _Binoliti_, _Quiriquiri_, _Binulut-Cabayo_, _Dinulang_,
_Macapilay-Pusa_, _Tinuma_, _Mongolès_.
[60] _Macabunut-Dila_, _Macan_, _Macan-Soulucan_, _Macan-Sulug_,
_Macan-Muriti_, _Macan-Suson_, _Macan-Bucavé_, _Malaquit-Puti_,
et _Malaquit-Pula_.
[61] _Nipa_, espèce de palmier-nain qui pousse très-rapidement et
en abondance dans les savanes baignées par les eaux de la mer, aux
époques des grandes marées. Cet arbuste produit, comme le cocotier,
un spath qui, coupé à l'extrémité, fournit pendant plusieurs jours
une liqueur douce et sucrée. Cette liqueur, après avoir fermenté,
est distillée, et donne un alcool qui est la boisson enivrante dont
les Indiens font usage dans leurs fêtes.
[62] On évalue à 24 millions d'hectares les terres improductives
susceptibles d'être mises facilement et fructueusement en
culture!!... A peine 400,000 hectares sont-ils cultivés.