LES THÉÂTRES

La délicieuse comédie de M. Georges Feydeau, _le Bourgeon_, vient d'être

reprise au théâtre de l'Athénée. Cette pièce, qui est l'une des plus

adroitement composées et des plus finement écrites de cet auteur, a

retrouvé tout le succès qui l'accueillit à ses débuts. Ses audaces, ses

ironies, son émotion n'en sont pas émoussées. M. André Brûlé, dans le

rôle qu'il créa, s'est fait applaudir comme naguère et, près de lui,

Mmes Marie-Laure, Madeleine Carlier, Cécile Caron, Jane Renouardt, MM.

Dubosc, Guyon fils et Gallet, contribuent de tout leur talent à l'éclat

de cette reprise dont les représentations paraissent assurées pour

longtemps.

M. Georges Feydeau va, d'autre part, selon toute vraisemblance, tenir

l'affiche du théâtre des Variétés durant de nombreux soirs. On vient d'y

reprendre son vaudeville célèbre: _la Dame de chez Maxim_, dont le

succès date de 1899. Cette pièce aux situations enchaînées avec la plus

bouffonne logique, avec ses personnages si vigoureusement caricaturés,

passe à bon droit pour le chef-d'oeuvre du genre. Après avoir fait

plusieurs fois le tour du monde elle nous revient sans rides. Le

boulevard a cru rajeunir à la retrouver; il lui a fait un accueil

enthousiaste. La môme Crevette, que créa Cassive, a rencontré en Mlle

Ève Lavallière une nouvelle interprète tout à fait remarquable. Les

autres rôles sont également tenus par des artistes de tout premier

ordre, tels que Mme Marie Magnier. MM. Félix Galipaux, Colombey,

Flateau, etc..

Cet été s'annonce comme favorable aux «reprises» théâtrales. _Le

Poulailler_, comédie en trois actes de M. Tristan Bernard, affronta les

feux de la rampe pour la première fois, le 3 décembre 1908 au théâtre

Michel, et la critique ne lui ménagea pas ses éloges. _L'Illustration

Théâtrale_ la publia le 16 janvier suivant et ce numéro est, depuis

longtemps épuisé. Mais le succès de l'oeuvre ne l'est pas. L'expérience

vient d'en être faite avec bonheur à la Comédie des Champs-Elysées.

Cette pièce, de bonne humeur spirituelle, facétieuse et philosophique

tout à la fois, n'a pas moins plu aujourd'hui qu'au jour de sa création.

Il est donc permis de prophétiser à nouveau une longue carrière au

_Poulailler_.

Au théâtre de l'Ambigu-Comique, reprise, avec un succès qui ne saurait

surprendre, de la noble pièce tirée par M. Edmond Haraucourt du roman

alsacien de M. René Bazin: _les Oberlé_. Et, de nouveau, et à quelle

heure opportune--tandis qu'au Reichstag se discutent les lois

d'exception contre l'Alsace-Lorraine--le public s'est ému au spectacle,

si fortement évoqué, de cette lutte qui continue en terre d'Alsace, entre

deux rares, deux civilisations, l'une conquérante, avide, impatiente,

l'autre conquise mais point domptée et rebelle, avec intransigeance, à

l'absorption totale.

Au théâtre Antoine, M. Lugné-Poe a porté la légende dramatique de M.

Édouard Dujardin: _Marthe et Marie_. du répertoire de l'Oeuvre. Cette

pièce relève du genre symboliste dont son auteur fut l'un des premiers

adeptes. Mais le symbole, qui, jadis, demeurait hermétique, s'y est fait

plus compréhensible. Néanmoins, les personnages n'atteignent pas encore

à cette vérité humaine de gestes et d'accents qui émeut pleinement un

auditoire. Marthe et Marie sont deux soeurs; l'une est simple et

raisonnable, l'autre chimérique et romanesque. Elles font tour à tour la

joie et le désespoir d'un homme. L'action se déroule au temps des

Médicis dans un cadre pittoresque. Cette aventure morale--car elle

démontre que le bonheur est dans la vie ordonnée et non dans le rêve

impossible--a pour interprètes les bons artistes de l'Oeuvre.

_La Jeunesse dorée!_ Voici une opérette qui n'arrive pas de l'étranger.

Elle est spirituelle, alerte, frondeuse. A ces qualités, on la

reconnaîtra bien française... et parisienne aussi. Elle évoque les

dandies de 1830 et les rats d'opéra du temps où le docteur Véron

présidait aux destinées de l'Académie de musique rue Le Peletier. C'est

une histoire d'amour et de coulisses sans sous-entendus grossiers. Le

texte de MM. Verne et Faure est correct. La musique de M. Marcel Lattes,

gracieuse, comique ou tendre, est agréable. Ce spectacle, fort bien mis

en scène et soutenu par une interprétation de choix, est le succès

actuel du théâtre de l'Apollo.

Le Gymnase abrite en ce moment la compagnie d'artistes du Théâtre

National polonais de Léopol qui, sous la direction de M. Louis Heller,

vient donner à Paris une série de neuf représentations de pièces

polonaises. Le premier de ces spectacles, _le Cercle enchanté_, de M.

Lucien Rydel, est un conte dramatique pathétique et vivant, d'un intense

coloris et d'une réelle puissance d'expression, dont le public parisien

a paru goûter le charme exotique.

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

L'Illustration, No. 3667, 7 Juin 1913 · 第 40 / 41 题