L'aménagement intérieur du palais de l'Elysée n'a guère changé au cours
de ces dernières années. Le même mobilier Empire occupe et décore les
mêmes salles. Quelques transformations ont bien été apportées par le
président Sadi Carnot et par le président Félix Faure; mais, depuis
lors, tout ou presque tout est resté intact et pareil. La destination
des principaux salons et cabinets n'a guère varié non plus.
Nous allons parcourir rapidement tout le rez-de-chaussée du palais, en
suivant un itinéraire naturel qui est celui du visiteur entrant par le
vestibule d'honneur. Ce vestibule ouvre sur la cour d'honneur. Du porche
du faubourg Saint-Honoré, auquel il fait face, les passants peuvent
l'apercevoir, ainsi que le perron qui y conduit, ainsi que les vérandas
et les verrières qui, aux jours de cérémonie, reçoivent un vêtement, de
tentures et de draperies.
[Illustration: Façade sur le jardin]
[Illustration: LE PALAIS DE L'ELYSÉE.--Grande salle à manger. (Au fond,
statue d'Hébé par Marqueste.)]
[Illustration: Cabinet du Président de la République.]
[Illustration: Cabinet du Secrétaire général civil. Tapisserie des
Gobelins: _Hiver_, d'après Pierre Mignard.]
[Illustration: Cabinet du Conseil des Ministres.]
[Illustration: Salon de l'Hémicycle. Ecran en tapisserie de Beauvais.]
[Illustration: LE PALAIS DE L'ELYSÉE.--Grande salle des Fêtes, tendue de
tapisseries des Gobelins.]
[Illustration: Salon Murât. Peinture de Carle Vernet représentant «la
Résidence du prince Murat, grand-duc de Berg».]
[Illustration: Grand Salon de réception, (sièges et écrans en tapisserie
de Beauvais; tapis de la Savonnerie.)]
[Illustration: LE PALAIS DE L'ELYSÉE.--Salon de l'Hémicycle: _le
Jugement de Pâris_, d'après Raphaël (tapisserie des Gobelins).]
Le vestibule d'honneur franchi, nous nous trouvons dans le Salon des
Tapisseries, ainsi nommé à cause des beaux Gobelins qui en ornent les
murs. Nous pénétrons ensuite dans le Salon Blanc ou Salon des Aides de
camp. Cette seconde dénomination lui aurait été donnée au temps du
Prince-Président, dont les aides de camp avaient coutume de se tenir là.
C'est un salon clair, peu orné, tout garni de boiseries blanches.
Passons maintenant dans le Grand Salon de réception, ou Salon des
Ambassadeurs, qui est représenté à la page précédente. C'est ici que les
ministres des puissances étrangères s'entretiennent d'ordinaire avec le
président de la République, soit qu'ils viennent lui présenter leurs
lettres de créance ou de rappel, soit qu'ils assistent à une cérémonie
officielle. Le Salon de l'Hémicycle, qu'on voit sur cette même page en
couleurs, lui est contigu. Plus loin, se trouve la Salle du Conseil des
ministres, dont la cheminée supporte des bronzes noirs et dorés d'un
grand effet et qui, débarrassée de sa sévère table au tapis vert, est
réservée, les jours de réception, comme tous les salons précédents, aux
invités du président de la République. Attenant à la Salle du Conseil
des ministres, voici un salon plus étroit, le Salon de Cléopâtre, qui
tire son nom du sujet de sa tapisserie, et où les personnes ayant obtenu
audience attendent le moment d'être reçues par le chef de l'État.
Si nous traversons de nouveau, mais en sens inverse, tous ces
appartements, nous nous trouvons dans le Salon Murat, aux vastes
dimensions, dont la perspective est prolongée par d'immenses glaces et
qui fut construit pendant le séjour du prince Murat au palais. Tout près
est la Grande Salle à manger (voir la première page en couleurs) qui
reçoit jusqu'à cent convives. Elle est de construction assez récente; on
la transforme en buffet les soirs de réception. Les appartements privés
de M. le président de la République comprennent une autre salle à
manger, de dimensions plus réduites.
Le Jardin d'Hiver est parallèle à la Grande Salle à manger, et la Salle
des Fêtes leur est perpendiculaire. Cette Salle des Fêtes fut construite
par ordre de M. Sadi Carnot. Auparavant on dressait, les soirs de bal à
l'Elysée, une immense tente provisoire sur l'emplacement de la salle
actuelle. Elle est, cette Salle, surchargée d'ornements et de dorures;
le plafond est un chaos de reliefs et de creux rutilants.
Au-dessus de ces vastes appartements du rez-de-chaussée, qui sont dits
«officiels», se trouvent les appartements privés du président de la
République qui comprennent aussi plusieurs salons de réception. Dans
notre photographie du parc, où le Palais s'aperçoit au fond, entre les
arbres, ces appartements privés sont ceux du premier étage.
Revenons dans le vestibule d'honneur--où commence le grand escalier à la
rampe composée de longues palmes de cuivre--et pénétrons, à gauche, dans
le Cabinet de service des officiers. Aux murs, plusieurs toiles, dont
une _Charge de cuirassiers_, d'Aimé Morot, et _Un homme à la mer_, de
Léon Couturier. A côté est le cabinet du secrétaire général militaire,
le général Beaudemoulin, puis le cabinet du président de la République,
que nous montrons plus haut, avec ses boiseries blanches, sa
bibliothèque mi-circulaire, en acajou, remplie de livres aux reliures
sévères, cuir et or. Deux fenêtres ouvrant sur le parc l'éclairent.
Enfin voici le cabinet du secrétaire général civil, M. Pichon, dont un
des murs, formant rotonde, est orné de la tapisserie de Pierre Mignard,
que nous avons photographiée.
Nous sommes, là, sur la rue de l'Elysée. L'aile du bâtiment se prolonge
entre cette voie et le parc. C'est à l'extrémité de cette aile que se
trouvent le Salon d'Argent et un autre Salon qu'on appelait
familièrement naguère le «capharnaüm», parce qu'on l'utilisait peu. Ces
deux salons ont été tout récemment restaurés et M. Raymond Poincaré se
plaît à y travailler et à y recevoir quelquefois. Ils ouvrent aussi sur
le rectangle du parc qu'enferme cette partie du palais et qui forme un
petit jardin à la française agréablement fleur.
Le général Beaudemoulin est secrétaire général militaire de la
présidence de la République et chef de la maison militaire du président.
Le secrétaire général civil est M. Pichon. Le chef du secrétariat
particulier, M. Gras. La maison militaire se compose de MM. le capitaine
de vaisseau Grandclément, le colonel Boulanger, le lieutenant-colonel
Aldebert, le lieutenant-colonel Pénelon et le commandant Aubert. Le
commandant du palais est le lieutenant-colonel de gendarmerie Jouffroy.
On peut diviser le personnel ordinaire de l'Elysée en trois catégories.
M. Perrin, chef des services intérieurs, a d'abord sous ses ordres un
personnel chargé de l'entretien du mobilier, du chauffage, de
l'éclairage, du nettoyage, etc., et qui dépend de l'administration des
Beaux-Arts. L'entretien du monument proprement dit est confié aux
services de l'architecture. M. Guillaume Tronchet, architecte en chef
des palais nationaux, a un bureau à l'Elysée.
La seconde catégorie du personnel concerne la surveillance. Elle est
composée de surveillants militaires des palais nationaux, qui dépendent
aussi de l'administration des Beaux-Arts; ce sont de vieux soldats,
coiffés du bicorne et portant l'épée, les mêmes que ceux qui veillent à
la porte de nos musées. Viennent ensuite les portiers, aux uniformes
noirs avec de minces galons d'or. La garde militaire comprend un
détachement de gardes républicains chargés de la protection intérieure
et d'un détachement d'infanterie, chargé également de la protection
intérieure et, en outre, de rendre les honneurs au président à sa sortie
du palais et à son retour.
Il y a enfin le personnel d'antichambre et d'écurie, lequel est
entièrement rétribué sur la cassette personnelle du président. Le
service d'antichambre est sous la direction du maître d'hôtel; il est
composé de valets de pied, de cuisiniers, d'huissiers, de garçons de
bureau, etc. Le personnel d'écurie est sous la haute surveillance d'un
officier de cavalerie de la maison militaire, en ce moment le
lieutenant-colonel Aldebert. Le premier cocher, M. Decaux, est en même
temps piqueur. Il y a dans les écuries, remises et garages de l'Elysée,
six chevaux, deux voitures et deux automobiles.
Une de nos photographies représente le parc. Cette vue est prise de la
partie des jardins qui avoisine les Champs-Elysées. Les parterres sont
dessinés à la française. De beaux arbres ombragent les allées. M. le
président de la République accomplit autour des pelouses sa promenade
quotidienne. Il marche d'un pas pressé, jetant de temps à autre un
regard au ciel, aux feuillages ou aux fleurs, mais le plus souvent
étudiant un des dossiers dont il est toujours muni. L'indiscrétion d'un
vieux jardinier--qu'on lui pardonne!--qui est le seul témoin de ces
promenades studieuses nous a fait connaître cette habitude de M. Raymond
Poincaré: «Ah! disait le vieillard ami des fleurs, quel homme que M. le
président! Que peut-il bien avoir dans la tête? Je ne le regarde pas,
bien sûr, mais je le vois tout de même... Eh bien, quand il descend,
après son déjeuner, il a la poche droite de son veston toute bourrée de
paperasses. Et le voilà qui commence à marcher vite, vite, autour des
pelouses, et, tout en marchant, il plonge sa main dans sa poche droite,
en tire un papier, le lit, parfois écrit quelque chose dessus, toujours
sans s'arrêter, puis enfonce le papier dans la poche gauche pour en
reprendre aussitôt un autre dans la poche droite. Et quand, sa promenade
terminée, il regagne son cabinet, la poche droite est vide et la poche
gauche est pleine... Mais qu'est-ce que M. le président peut bien avoir
dans la tête pour travailler comme ça, tout le temps?...»
Et le vieux jardinier croisait les bras pour témoigner de sa surprise et
de son émerveillement.