Lundi dernier a commencé la troisième semaine des manoeuvres navales,
qui a ramené les escadres sur les côtes européennes de la Méditerranée,
Corse et Provence, et qui se terminera par la revue que doit passer,
dimanche, le président de la République. Le thème de cette troisième
série de manoeuvres consiste, pour le parti A (vice-amiral de Marolles),
à rechercher et à attaquer le parti B (vice-amiral Marin-Darbel) qui,
venant de la mer Tyrrhénienne, se dirige vers les côtes provençales,
entre Nice et Bandol pour couper les communications entre la France et
l'Algérie. Ce sont des opérations de grande envergure, difficiles à
résumer en une image. Mais le correspondant de _L'Illustration_,
embarqué sur le torpilleur d'escadre Spahi, a fixé, dans un dessin
pittoresque, un épisode fortuit, une rencontre imprévue. Par un curieux
hasard, dans cette Méditerranée sillonnée de tant de cargos aux flancs
rebondis, et de courriers postaux filant à grande vitesse, le _Spahi_
eut la bonne fortune de croiser une felouque. C'est un bâtiment dont la
forme et le gréement ne seront plus, dans quelques années, qu'un vague
souvenir; un proche parent des galères du Roi Soleil, avec leurs voiles
latines, et des chébecs qui parurent, avec nos marins, devant Alger, en
1830. Et ce fut une étrange impression, pour ceux qui montaient le
torpilleur véloce, que de voir arriver sous le vent cette gracieuse
voilure toute blanche, légère comme une aile, inclinée sous la brise.