From VAUBAN’s _Projet d’une dîme royale_.
Par toutes les recherches que j’ai pu faire, depuis plusieurs
années que je m’y applique, j’ai fort bien remarqué que dans ces
derniers temps, près de la dixième partie du peuple est réduite à la
mendicité, et mendie effectivement; que des neuf autres parties, il
y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l’aumône à celle-là,
parce qu’eux-mêmes sont réduits, à très-peu de chose près, à cette
malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, les
trois sont fort malaisées, et embarrassées de dettes et de procès;
et que, dans la dixième, où je mets tous les gens d’épée, de robe,
ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse
distinguée, et les gens en charge militaire et civile, les bons
marchands, les bourgeois rentés et les plus accommodés, on ne peut pas
compter sur cent mille familles; et je ne croirais pas mentir quand je
dirais qu’il n’y en a pas dix mille, petites ou grandes, qu’on puisse
dire être fort à leur aise; et qui en ôterait les gens d’affaires,
leurs alliés et adhérents couverts et découverts, et ceux que le roi
soutient par ses bienfaits, quelques marchands, etc., je m’assure que
le reste serait en petit nombre[265].
[265] Vauban estimated the population of France in 1707 at 18½ millions.
Je me sens encore obligé d’honneur et de conscience de représenter à
Sa Majesté qu’il m’a paru que de tout temps on n’avait pas eu assez
d’égard en France pour le menu peuple, et qu’on en avait fait trop
peu de cas; aussi c’est la partie la plus ruinée et la plus misérable
du royaume; c’est elle, cependant, qui est la plus considérable par
son nombre et par les services réels et effectifs qu’elle lui rend;
car c’est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours le plus
souffert, et qui souffre encore le plus; et c’est sur elle aussi que
tombe toute la diminution des hommes qui arrive dans le royaume.