MADAME DE MAINTENON[73]

[73] Ed. Chéruel, XII. c. vii; ed. Boislisle, XXVIII. 242-281.

Saint-Simon’s account of Mme de Maintenon (XII. cc. vi-viii)

is strongly coloured by prejudice, but this hardly at all

affects that part of it which relates to her daily life and

habits. To arrive at a fair estimate we should study her in

her correspondence, of which there is an excellent selection

by A. Geffroy, _Mme de Maintenon d’après sa correspondance_, 2

vols. 1887. See especially II. 43-52 for her _entretien_ with

Mme Glapion in 1705, in which she gives a detailed account of

her daily round. Further light on her character may be obtained

from the memoirs of Mme de Caylus, her niece _à la mode de

Bretagne_ (_Souvenirs et correspondance_, ed. E. Raunié,

1889), and of Mlle d’Aumale, a _demoiselle_ of Saint-Cyr

(D’Haussonville and Hanotaux, _Souvenirs sur Mme de Maintenon_,

I. 1901).

Françoise d’Aubigné was born November 27, 1635, in the prison

of Niort, where her father Constant d’Aubigné, the unworthy

son of the stout Huguenot leader and distinguished writer

Agrippa d’Aubigné, was incarcerated. She was baptised as a

Catholic, but she was brought up in the Protestant faith by

her aunt the Marquise de Villette, the favourite daughter of

Agrippa d’Aubigné. In 1645, her father having been released

on the death of Richelieu three years previously, she went

with her parents to the Island of Martinique, and nearly died

on the voyage. On her father’s death she returned to France

with her mother (1647) and was again intrusted to the care

of Mme de Villette. But by order of Anne of Austria she was

handed over to her godmother, Mme de Neuillant, who tried in

vain to convert her to Catholicism. She was then sent to an

Ursuline Convent at Paris, where, harshness and persecution

having failed, she finally yielded to gentler methods. She now

rejoined her mother and shared her poverty till her death in

1650. In 1652 Mme de Neuillant arranged for her a marriage with

the poet Scarron, who was forty-two and a helpless cripple.

He died in 1660, leaving debts which more than swallowed up

his small estate, and all that his widow had to live on was a

pension of 2000 _livres_ bestowed on her by the Queen-Mother.

As Scarron’s wife she had played hostess to many people of

wit and fashion, and with these she kept up her relations.

Especially she frequented the salons of Mme d’Albret and Mme

de Richelieu, where she made friends with Mme de Montespan, a

relative of Mme d’Albret. This led to her accepting the post

of governess to the children whom that haughty favourite had

borne to Louis XIV. In 1674, with her own savings and with

200,000 _livres_ given her by the King for her services, she

bought the estate of Maintenon, which was made a Marquisate in

the following year. Her influence over Louis began in January,

1680, when she was appointed second Bedchamber-woman to the

Dauphine. In 1683 the Queen Marie Thérèse died of a sudden

illness, and in the following year--probably in January, but

the exact date is not known--Mme de Maintenon was married in

secret to Louis XIV.

Ce grand pas fait de l’expulsion sans retour de Mme de Montespan, Mme

de Maintenon prit un nouvel éclat. Ayant manqué pour la seconde fois

la déclaration de son mariage, elle comprit qu’il n’y avoit plus à y

revenir, et eut assez de force sur elle-même pour couler doucement

par-dessus, et ne se pas creuser une disgrâce pour n’avoir pas été

déclarée reine. Le Roi, qui se sentit affranchi, lui sut un gré de

cette conduite qui redoubla pour elle son affection, sa considération,

sa confiance. Elle eût peut-être succombé sous le poids de l’éclat de

ce qu’elle avoit voulu paroître, elle s’établit de plus en plus par la

confirmation de sa transparente énigme.

Mais il ne faut pas s’imaginer que, pour en user et s’y soutenir,

elle n’eût besoin d’aucune adresse. Son règne, au contraire, ne fut

qu’un continuel manège, et celui du Roi une perpétuelle duperie.

Elle ne voyoit personne chez elle en visite, et n’en rendoit jamais

aucune. Cela n’avoit que fort peu d’exceptions. Elle alloit voir

la reine d’Angleterre et la recevoit chez elle, quelquefois chez

Mme de Montchevreuil[74], sa plus intime amie, qui alloit très

ordinairement chez elle. Depuis sa mort elle alla voir quelquefois M.

de Montchevreuil, mais rarement, qui entroit chez elle toutes les

fois qu’il vouloit, mais des instants. Le duc de Richelieu[75] eut

toute sa vie le même privilège. Elle alloit quelquefois encore chez

Mme de Caylus[76], sa bonne nièce, qui étoit souvent chez elle. Si,

en deux ans une fois, elle alloit chez la duchesse du Lude[77], ou

quelque femme aussi marquée, entre trois ou quatre au plus, c’étoit

une distinction et une nouvelle, quoique il ne s’agît que d’une simple

visite. Mme d’Heudicourt[78], son ancienne amie, alloit aussi chez

elle à peu près quand elle vouloit, et sur les fins le maréchal de

Villeroy[79], quelquefois Harcourt[80], jamais d’autres. On a vu,

lors du brillant voyage de Mme des Ursins[81], qu’elle alloit aussi

très souvent chez elle en particulier à Marly; et Mme de Maintenon

la fut voir une fois. Jamais elle n’alloit chez aucune princesse du

sang, même chez Madame. Aucune d’elles aussi n’alloit chez elle, à

moins que ce ne fût par audiences, ce qui étoit extrêmement rare et

qui faisoit nouvelle. Mais si elle avoit à parler aux filles du Roi,

ce qui n’arrivoit pas souvent, et presque jamais que pour leur laver

la tête, elle les envoyoit chercher. Elles y arrivoient tremblantes,

et en sortoient en pleurs. Pour le duc du Maine, les portes tombèrent

toujours devant lui en quelque lieu qu’il fût; et depuis le mariage

du duc de Noailles[82], il la voyoit aussi quand il vouloit, son père

avec ménagement, sa mère fort à lèche-doigt[83]; le Roi et elle la

craignoient et ne l’aimoient point.

[74] Wife of Henri de Mornay, Marquis de Montchevreuil, the

governor of the Duc du Maine. Mme de Caylus describes her as “une

femme froide et sèche dans le commerce, d’une figure triste,

d’un esprit au-dessous du médiocre, et d’un zèle capable de

dégoûter les plus dévots de la piété.” Saint-Simon’s portrait is

equally unflattering: “Une grande créature maigre, jaune, qui

rioit niais, et montroit de longues vilaines dents, dévote à

l’outrance” (IV. 35), and Madame on hearing of her death writes:

“ça fait une méchante femme de moins en ce monde” (_Corr._ I.

214).

[75] Armand-Jean Du Plessis, great-nephew of the Cardinal.

[76] Mme de Caylus (Marthe-Marguerite de Valois) was the daughter

of the Marquis de Villette, Mme de Maintenon’s first cousin,

and was thus her _nièce à la mode de Bretagne_. In her father’s

absence in America Mme de Maintenon carried her off and made her

a Catholic, and in 1686, when she was in her thirteenth year,

married her to the Comte de Caylus, a confirmed drunkard. She was

one of the most attractive women of her day, and her memoirs are

a lively source of information for Mme de Maintenon and the Court

generally. Her stepmother, the Marquise de Villette, married, as

his second wife, Henry St John, Viscount Bolingbroke.

[77] Wife of Henri de Daillon, Comte and afterwards Duc du Lude,

Grand-Master of the Artillery. In 1696 she was made principal

lady-in-waiting (_dame d’honneur_) to the future Duchess of

Burgundy. She was a Béthune by birth, the great-granddaughter of

Sully.

[78] Bonne de Pons, Marquise d’Heudicourt. Mme de Caylus

speaks of her as “bizarre, naturelle, sans jugement, pleine

d’imagination, toujours nouvelle et divertissante.” Saint-Simon

in reporting her death in 1709 calls her a “démon domestique”

and a “mauvaise fée,” but he adds: “On ne pouvoit avoir plus

d’esprit ni plus agréable, ni savoir plus de choses, ni être

plus plaisante, plus amusante, plus divertissante, sans vouloir

l’être” (IV. 345).

[79] See below for his portrait.

[80] Henri, Marquis and afterwards Duc d’Harcourt (1654-1718),

of the branch of Beuvron-Harcourt. As a lieutenant-general he

had a large share in the victory of Neerwinden. He was appointed

Ambassador to Spain in 1697, and it was in a great measure due to

him that the Duc d’Anjou was nominated heir to Charles II. After

the new king’s accession his influence increased, and as a reward

for his services he was created a Duke and a Marshal of France.

For portraits of him see III. 210-212, 391-3.

[81] Anne-Marie de La Trémoïlle (_circ._ 1646-1722) married as

her second husband Flavio Orsini, Duca di Bracciano (1675), and

on his death in 1698 took the title of Princesse des Ursins

(Orsini). Appointed _Camarera mayor_ to the Queen of Spain in

1701 in order to support the French influence, she dominated

the King, till December, 1714, when she was summarily dismissed

by his second wife, Elizabeth Farnese. “La princesse des Ursins

gouverne le roi d’Espagne comme moi mon chien Titi,” says Madame.

See Saint-Simon, III. 78-81, and XI. 116, where he records a

_tête-à-tête_ with her which lasted eight hours. “Ces huit heures

de conversation avec une personne qui y fournissoit tant de

choses me parurent huit moments.” Part of her correspondence with

Mme de Maintenon is preserved in a copy in the British Museum. It

has been printed under the title of _Lettres inédites de Mme de

Maintenon et Mme des Ursins_, 4 vols. 1826, but the editing is

careless and inaccurate. Sainte-Beuve has two good articles on

her (_Caus. du Lundi_, V. 401 ff.).

[82] The Duc de Noailles, as Comte d’Ayen, married Mlle

d’Aubigné, Mme de Maintenon’s niece.

[83] Rarely.

Le cardinal de Noailles[84], jusqu’à l’affaire de la constitution, la

voyoit réglément en particulier le jour qu’il avoit son audience du

Roi, une fois la semaine; et après, le cardinal de Bissy[85] à peu

près tant qu’il voulut, et le cardinal de Rohan[86] avec mesure.

Son frère[87], tant qu’il vécut, la désola. Il entroit chez elle à

toute heure, lui tenoit des propos de l’autre monde, et lui faisoit

souvent des sorties. De crédit avec elle, pas le moins du monde. Sa

belle-sœur ne parut jamais à la cour ni dans le monde; Mme de Maintenon

la traitoit bien par pitié, sans que cela allât au plus petit crédit;

mais elle dînoit quelquefois avec elle, et ne la laissoit venir à

Versailles que le moins qu’elle pouvoit, peut-être deux ou trois fois

l’an au plus, et coucher une nuit. Godet[88], évêque de Chartres, et

Aubigny[89], archevêque de Rouen, elle ne les voyoit qu’à Saint-Cyr.

[84] Archbishop of Paris from 1695 to 1729 and uncle of the

Duc de Noailles. He favoured the Jansenists, and when in

answer to the King’s demand for a Constitution against the

_Réflexions morales_ of Père Quesnel the Pope (Clement XI)

issued the Bull _Unigenitus_, he opposed its reception. His

nomination as Archbishop had been warmly supported by Mme de

Maintenon, but his attitude to the Constitution made a breach

between them in ecclesiastical matters. Saint-Simon’s estimate of

him (XII. 138-140) is a fair one.

[85] Henri de Thiard, Cardinal de Bissy, Bishop de Toul and

afterwards of Meaux, succeeded to the influence in ecclesiastical

matters which the Cardinal de Noailles and Godet Des Marais,

Bishop of Chartres, had had with Mme de Maintenon.

[86] He and Cardinal de Bissy were the leaders of the Jesuit

party. His high birth, great wealth, and charm of looks and

manner gave him great influence. Saint-Simon has a most

interesting portrait of him (_Mém._ X. 28-32).

[87] Charles, Comte d’Aubigné, was a hopeless spendthrift, and

in spite of the numerous appointments which Mme de Maintenon

obtained for him was always out at elbows. On his death (1703)

she wrote: “J’ai pleuré M. d’Aubigné; il étoit mon frère, et il

m’aimoit fort; il étoit bon dans le fond, mais il avoit vécu

dans de si grandes désordres que je puis dire qu’il ne m’a donné

de joie que dans la manière dont il est mort.” See Saint-Simon,

_Mém._ I. 478-480. “C’étoit un panier percé, fou à enfermer, mais

plaisant, avec de l’esprit et des saillies;... avec cela bon

homme et honnête homme, poli.” He habitually referred to the king

as his brother-in-law.

[88] Godet Des Marais was a Sulpician, a disciple of _Père_

Olier. See Saint-Simon, _Mém._ VII. 123-126.

[89] Claude-Maur d’Aubigny or d’Aubigné was of an old family of

Anjou the connexion of which with that of Mme de Maintenon was

very doubtful, but they were now glad to claim cousinship with

the powerful favourite, whose nobility did not go back beyond her

grandfather.

Ses audiences étoient pour le moins aussi difficiles à obtenir

que celles du Roi; et le peu qu’elle en accordoit, presque toutes

à Saint-Cyr, où on alloit la trouver au jour et heure donnée. On

l’attendoit à Versailles à sortir de chez elle ou à y rentrer, quand

on avoit un mot à lui dire, gens de peu et même pauvres gens, et

personnes considérables. On n’avoit là qu’un instant, et c’étoit à qui

le saisiroit. Les maréchaux de Villeroy, Harcourt, souvent Tessé[90],

quelquefois dans les derniers temps M. de Vaudemont[91], lui ont parlé

de la sorte, et si c’étoit en rentrant chez elle, ils ne la suivoient

pas au delà de son antichambre, où elle coupoit très court et les

laissoit. Bien d’autres lui ont parlé de la sorte. Moi jamais en pas un

lieu, que ce que j’ai rapporté. Un très petit nombre de dames, à qui

le Roi étoit accoutumé et qui étoient de ses particuliers, la voyoient

quelquefois aux heures où le Roi n’étoit pas, et rarement quelques-unes

dînoient avec elle.

[90] The Maréchal-comte de Tessé was a skilful general, but he

lacked decision, and he was more successful as a diplomatist. It

was he who under orders from Louvois sacked Heidelberg and blew

up the _château_. Saint-Simon’s portrait of him (III. 388-9) is

less than fair. His _Mémoires et Lettres_ were published in 2

vols. in 1806.

[91] See above, p. 10, n. 31.

Ses matinées, qu’elle commençoit de fort bonne heure, étoient remplies

par des audiences obscures de charité ou de gouvernement spirituel;

quelquefois par quelques ministres, très rarement par quelques généraux

d’armée; encore ces derniers, quand ils avoient un rapport particulier

à elle, comme les maréchaux de Villars, de Villeroy, d’Harcourt et

quelquefois Tessé. Assez souvent, dès huit heures du matin et plus tôt,

elle alloit chez quelque ministre. Rarement elle dînoit chez eux, avec

leurs femmes et une compagnie fort trayée. C’étoient là les grandes

faveurs, et une nouvelle, mais qui ne menoient à rien qu’à de l’envie

et à quelque considération. M. de Beauvillier[92] fut des premiers et

des plus longtemps favorisés de ces dîners[93], et fréquents, comme on

l’a remarqué ailleurs, jusqu’à ce que Godet, évêque de Chartres, en

renversa les escabelles, et arrêta tout court les progrès de Fénelon,

qui s’étoit fait leur docteur. Les ministres chargés de la guerre,

surtout des finances, furent toujours ceux à qui Mme de Maintenon avoit

le plus affaire, et qu’elle cultiva. Rarement, et plus que rarement,

alla-t-elle chez les autres, mais pour affaires, et souvent d’État, et

dès le matin, sans jamais dîner chez ces derniers.

[92] See below for his portrait.

[93] Saint-Simon, I. 274, says that Mme de Maintenon dined

regularly once, and sometimes twice a week, either at the Hôtel

de Beauvillier or the Hôtel de Chevreuse at Versailles with the

two Dukes and their wives. But the affair of Quietism put an end

to their intimate meetings, for both Dukes were close allies of

Fénelon.

L’ordinaire, dès qu’elle étoit levée, c’étoit de s’en aller à

Saint-Cyr[94], et d’y dîner dans son appartement seule, ou avec quelque

favorite de la maison, d’y donner des audiences le moins qu’elle

pouvoit, d’y régenter au dedans, d’y gouverner l’Église au dehors,

d’y lire et d’y répondre des lettres, d’y gouverner des monastères

de Filles de toutes parts, d’y recevoir des avis et des lettres

d’espionnages, et de revenir à peu près justement au temps que le Roi

passoit chez elle. Devenue plus vieille et plus infirme, en arrivant

entre sept et huit heures du matin à Saint-Cyr, elle s’y mettoit au lit

pour se reposer, ou faire quelque remède.

[94] For Mme de Maintenon and Saint-Cyr see Sainte-Beuve, _Caus.

du Lundi_, VIII. 473, an article inspired by T. Lavallée, _Mme de

Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr_.

A Fontainebleau, elle avoit une maison à la ville, où elle alloit

souvent pour y faire les mêmes choses qu’à Saint-Cyr. A Marly, elle

s’étoit fait accommoder un petit appartement qui avoit une fenêtre dans

la chapelle. Elle en faisoit souvent le même usage que de Saint-Cyr;

mais cela s’appeloit le Repos, et ce Repos étoit inaccessible, sans

exception que de Mme la duchesse de Bourgogne.

A Marly, à Trianon, à Fontainebleau, le Roi alloit chez elle les matins

des jours qu’il n’y avoit point de conseil, et qu’elle n’étoit pas à

Saint-Cyr; à Fontainebleau, depuis sa messe jusqu’au dîner, quand le

dîner n’étoit pas quelquefois au sortir de la messe pour aller courre

le cerf; et il y étoit une heure et demie, et quelquefois davantage.

A Trianon et à Marly, la visite duroit beaucoup moins, parce que,

en sortant de chez elle, il s’alloit promener dans ses jardins. Ces

visites étoient presque toujours tête à tête, sans préjudice de celles

de toutes les après-dînées, qui étoient rarement tête à tête que fort

peu de temps, parce que les ministres y venoient chacun à son tour

travailler avec le Roi. Le vendredi, qu’il arrivoit souvent qu’il n’y

en avoit point, c’étoient les dames familières avec qui il jouoit, ou

une musique; ce qui se doubla et tripla de jours tout à la fin de sa

vie.

Vers les neuf heures du soir, deux femmes de chambre venoient

déshabiller Mme de Maintenon. Aussitôt après, son maître d’hôtel et un

valet de chambre apportoient son couvert, un potage et quelque chose

de léger. Dès qu’elle avoit achevé de souper, ses femmes la mettoient

dans son lit, et tout cela en présence du Roi et du ministre, qui

n’en discontinuoit pas son travail, et qui n’en parloit pas plus bas,

ou, s’il n’y en avoit point, des dames familières. Tout cela gagnoit

dix heures, que le Roi alloit souper, et en même temps on tiroit les

rideaux de Mme de Maintenon.

Dans les voyages, c’étoit la même chose. Elle partoit de bonne heure

avec quelque favorite, comme Mme de Montchevreuil toujours tant

qu’elle vécut, Mme d’Heudicourt, Mme de Dangeau[95], Mme de Caylus.

Un carrosse du Roi la menoit, toujours affecté pour elle, même pour

aller de Versailles, etc., à Saint-Cyr; et des Épinais, écuyer de la

petite écurie, la mettoit dans le carrosse, et l’accompagnoit à cheval;

c’étoit sa tâche de tous les jours. Dans les voyages, le carrosse de

Mme de Maintenon menoit ses femmes de chambre, et suivoit celui du Roi

où elle étoit. Elle s’arrangeoit de façon que le Roi, en arrivant, la

trouvoit toute établie lorsqu’il passoit chez elle. Partie autorité,

partie invention de seconde dame d’atour de la Dauphine de Bavière[96],

son carrosse et sa chaise, avec ses porteurs ayant sa livrée, entroient

partout comme ceux des gens titrés.

[95] The Marquise de Dangeau, _née_ Löwenstein, was of the family

of the Electors of Bavaria. She was an excellent woman, of great

charm and beauty, and was a close friend of Mme de Maintenon,

with whom she frequently corresponded. “Elle est la favorite de

la pantocrate... on dit qu’elle a sur celle-ci un pouvoir aussi

absolu que celui de la dame sur le Roi.” (_Corr. de Madame_, I.

237.)

[96] Marie-Anne-Christine, sister of Maximilian II, Elector of

Bavaria, married the Dauphin in 1686 and died in 1690.

Reine en particulier à l’extérieur pour le ton, le siège, et la

place en présence du Roi, de Monseigneur, de Monsieur, de la cour

d’Angleterre et de qui que ce fût, elle étoit très simple particulière

au dehors, et toujours aux dernières places. J’en ai vu les fins

aux dîners du Roi à Marly, mangeant avec lui et les dames, et à

Fontainebleau en grand habit chez la reine d’Angleterre, comme je l’ai

remarqué ailleurs, cédant absolument sa place, et se reculant partout

pour les femmes titrées, même pour des femmes de qualité distinguée, ne

se laissant jamais forcer par les titrées, mais par celles de qualité

ordinaire avec un air de peine et de civilité, et par tous ces endroits

polie, affable, parlante, comme une personne qui ne prétend rien et

qui ne montre rien, mais qui imposoit fort, à ne considérer que ce qui

étoit autour d’elle.

Toujours très bien mise, noblement, proprement, de bon goût, mais très

modestement et plus vieillement alors que son âge. Depuis qu’elle ne

parut plus en public, on ne voyoit que coiffes et écharpe noire quand

par hasard on l’apercevoit.

Elle n’alloit jamais chez le Roi qu’il ne fût malade, ou que les matins

des jours qu’il avoit pris médecine, et à peu près de même chez Mme la

duchesse de Bourgogne, jamais ailleurs pour aucun devoir.

Chez elle, avec le Roi, ils étoient chacun dans leur fauteuil, une

table devant chacun d’eux, aux deux coins de la cheminée, elle du

côté du lit, le Roi le dos à la muraille du côté de la porte de

l’antichambre, et deux tabourets devant sa table, un pour le ministre

qui venoit travailler, l’autre pour son sac. Les jours de travail, ils

n’étoient seuls ensemble que fort peu de temps avant que le ministre

entrât, et moins encore fort souvent après qu’il étoit sorti. Le Roi

venoit au lit de Mme de Maintenon, où il se tenoit debout fort peu, lui

donnoit le bonsoir, et s’en alloit se mettre à table. Telle étoit la

mécanique de chez Mme de Maintenon[97]. On a vu sur Mme la duchesse de

Bourgogne ce qui l’y regardoit, tant qu’elle a vécu.

[97] See later, p. 65, for a passage from vol. VI. in which

Saint-Simon describes the “mécanique de chez Mme de Maintenon” at

greater length.

Pendant le travail, Mme de Maintenon lisoit ou travailloit en

tapisserie. Elle entendoit tout ce qui se passoit entre le Roi et le

ministre, qui parloient tout haut. Rarement elle y mêloit son mot,

plus rarement ce mot étoit de quelque conséquence. Souvent le Roi lui

demandoit son avis; alors elle répondoit avec de grandes mesures[98].

Jamais, ou comme jamais, elle ne paroissoit affectionner rien, et moins

encore s’intéresser pour personne; mais elle étoit d’accord avec le

ministre, qui n’osoit en particulier ne pas convenir de ce qu’elle

vouloit, ni encore moins broncher en sa présence. Dès qu’il s’agissoit

donc de quelque grâce ou de quelque emploi, la chose étoit arrêtée

entre eux avant le travail où la décision s’en devoit faire, et c’est

ce qui la retardoit quelquefois, sans que le Roi ni personne en sût la

cause.

[98] The extent of Mme de Maintenon’s influence on the government

has been much discussed. See A. de Boislisle’s note on this

passage (XXVII. 254, n. 5), and Lavisse, _Hist. de France_, VIII.

Pt I. 282-5, 431-6. The opinion of both these authorities is that

Saint-Simon’s account of her share in affairs is not exaggerated.

She was certainly much concerned with Spanish politics, she

corresponded regularly with Villars during all his campaigns from

1703, and she took a large part in all religious questions.

Elle mandoit au ministre qu’elle vouloit lui parler auparavant. Il

n’osoit mettre la chose sur le tapis qu’il n’eût reçu ses ordres, et

que la mécanique roulante des jours et des temps leur eût donné le

loisir de s’entendre. Cela fait, le ministre proposoit et montroit une

liste. Si de hasard le Roi s’arrêtoit à celui que Mme de Maintenon

vouloit, le ministre s’en tenoit là, et faisoit en sorte de n’aller pas

plus loin. Si le Roi s’arrêtoit à quelque autre, le ministre proposoit

de voir ceux qui étoient aussi à portée, laissoit après dire le Roi,

et en profitoit pour exclure. Rarement proposoit-il expressément celui

à qui il en vouloit venir, mais toujours plusieurs, qu’il tâchoit

de balancer également pour embarrasser le Roi sur le choix. Alors

le Roi lui demandoit son avis, il parcourait encore les raisons de

quelques-uns, et appuyoit enfin sur celui qu’il vouloit. Le Roi presque

toujours balançoit, et demandoit à Mme de Maintenon ce qu’il lui en

sembloit. Elle sourioit, faisoit l’incapable, disoit quelquefois un

mot de quelque autre, puis revenoit, si elle ne s’y étoit pas tenue

d’abord, sur celui que le ministre avoit appuyé, et déterminoit;

tellement que les trois quarts des grâces et des choix, et les trois

quarts encore du quatrième quart de ce qui passoit par le travail des

ministres chez elle, c’étoit elle qui en disposoit. Quelquefois aussi,

quand elle n’affectionnoit personne, c’étoit le ministre même, avec

son agrément et son concours, sans que le Roi en eût aucun soupçon. Il

croyoit disposer de tout et seul, tandis qu’il ne disposoit, en effet,

que de la plus petite partie, et toujours encore par quelque hasard,

excepté des occasions rares de quelqu’un qu’il s’étoit mis dans la

fantaisie, ou si quelqu’un qu’il vouloit favoriser lui avoit parlé pour

quelqu’un.

En affaires, si Mme de Maintenon les vouloit faire réussir, manquer, ou

tourner d’une autre façon, ce qui étoit beaucoup moins ordinaire que ce

qui regardoit les emplois et les grâces, c’étoit la même intelligence

entre elle et le ministre, et le même manège à peu près. Par ce détail,

on voit que cette femme habile faisoit presque tout ce qu’elle vouloit,

mais non pas tout, ni quand et comme elle vouloit.

Il y avoit une autre ruse si le Roi s’opiniâtroit: c’étoit alors

d’éviter la décision en brouillant et allongeant la matière, en en

substituant une autre comme venant à propos de celle-là, et qui la

détournât, ou en proposant quelque éclaircissement à prendre. On

laissoit ainsi émousser les premières idées, et on revenoit une autre

fois à la charge avec la même adresse, qui très souvent réussissoit.

C’étoit encore presque la même chose pour charger ou diminuer les

fautes, faire valoir les lettres et les services, ou y glisser

légèrement, et préparer ainsi la perte ou la fortune.

C’est là ce qui rendoit ce travail chez Mme de Maintenon si important

pour les particuliers, et c’est ce qui rendoit les ministres si

nécessaires à Mme de Maintenon à avoir dans sa dépendance. C’est aussi

ce qui les aida puissamment à s’élever à tout, et à augmenter sans

cesse leur crédit et leur pouvoir, et pour eux et pour les leurs, parce

que Mme de Maintenon leur faisoit litière de toutes ces choses pour se

les attacher entièrement.

Quand ils étoient près de venir travailler, ou qu’ils sortoient de chez

elle, elle prenoit son temps de sonder le Roi sur eux, de les excuser

ou de les vanter, de les plaindre de leur grand travail, d’en exalter

le mérite, et s’il s’agissoit de quelque chose pour eux, d’en préparer

les voies, quelquefois d’en rompre la glace, sous prétexte de leur

modestie et du service du Roi, qui demandoit qu’ils fussent excités à

le soulager et à faire de bien en mieux. Ainsi c’étoit entre eux un

cercle de besoins et de services réciproques, dont le Roi ne se doutoit

pas le moins du monde. Aussi les ménagements entre eux étoient-ils

infinis et continuels.

Mais, si Mme de Maintenon ne pouvoit rien, ou presque rien, sans eux,

de ce qui passoit par eux, eux aussi ne pouvoient se maintenir sans

elle, beaucoup moins malgré elle. Dès qu’elle se voyoit à bout de les

pouvoir ramener à son point quand ils s’en étoient écartés, ou qu’ils

étoient tombés en disgrâce auprès d’elle, leur perte étoit jurée;

elle ne les manquoit pas. Il lui falloit du temps, des couleurs,

des souplesses, quelquefois beaucoup, comme lorsqu’elle perdit

Chamillart[99]. Louvois y avoit succombé avant lui. Pontchartrain[100]

ne s’en sauva qu’à l’aide de son esprit, qui plaisoit au Roi, et des

épines des finances pendant la guerre, et du sens et de l’adresse de sa

femme demeurée longtemps bien avec Mme de Maintenon, depuis même qu’il

y fut mal, enfin par la porte dorée de la chancellerie, qui s’ouvrit

bien à propos pour lui. Le duc de Beauvillier y pensa faire naufrage

par deux fois à longue distance l’une de l’autre, et n’en auroit pas

échappé sans deux espèces de miracles, comme on l’a vu ici en son temps.

[99] Michel de Chamillart succeeded Pontchartrain as

Controller-general in 1699, and on the death of Barbezieux

in 1701 was appointed Secretary of State for War. He was

conciliatory, industrious, and honest, but his lack of

intelligence and his obstinacy made him a thoroughly incompetent

minister. He was dismissed in 1709. See II. 420-421, VI. 439.

[100] Louis Phélypeaux, grandson of a Secretary of State under

Louis XIII, was appointed Controller-general in 1689 and

Chancellor ten years later. See II. 226.

Si les ministres, et les plus accrédités, en étoient là avec Mme de

Maintenon, on peut juger de ce qu’elle pouvoit à l’égard de toutes les

autres sortes de personnes bien moins à portée de se défendre, et même

de s’apercevoir. Bien des gens eurent donc le cou rompu sans en avoir

pu imaginer la cause, et se donnèrent bien des sortes de mouvements

pour la découvrir, et pour y remédier, et très inutilement.

Le court et rare travail des généraux d’armée se passoit ordinairement

les soirs en sa présence et du secrétaire d’État de la guerre. Par

celui de Pontchartrain, rempli du rapport des espionnages et des

histoires de toute espèce de Paris et de la cour, elle étoit à portée

de faire beaucoup de bien et de mal. Torcy[101] ne travailloit point

chez elle, et ne la voyoit comme jamais. Aussi ne l’aimoit-elle

point, et moins encore sa femme, dont le nom d’Arnauld gâtoit tout

leur mérite. Torcy avoit les postes; c’étoit par lui que le secret en

passoit au Roi tête à tête, et le Roi souvent en portoit des morceaux

à lire à Mme de Maintenon; mais cela n’avoit point de suite; elle n’en

savoit que par lambeaux, selon ce que le Roi s’avisoit de lui en dire

ou de lui en porter.

[101] Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Torcy, son of Charles

Colbert, Marquis de Croissy (brother of the great Colbert),

succeeded his father as Secretary of State for Foreign Affairs

in 1696. He married a daughter of Simon Arnauld, Marquis de

Pomponne, who was Foreign Minister from 1671 to 1679. His

_Mémoires_ are an important source of information for the period

1697-1713.

Toutes les affaires étrangères passoient au conseil d’État, ou si

c’étoit quelque chose de pressé, Torcy le portoit sur-le-champ au Roi,

ainsi à des heures rompues, et point de travail réglé et particulier

avec lui. Mme de Maintenon eût fort desiré ce genre de travail réglé

chez elle, pour avoir la même influence sur les affaires d’État, et sur

ceux qui s’en mêloient, comme elle l’avoit sur les autres parties. Mais

Torcy sut bien sagement se préserver de ce dangereux piége. Il s’en

défendit toujours, en disant modestement qu’il n’avoit point d’affaires

pour entretenir ce travail. Ce n’étoit pas que le Roi ne lui dît tout

là-dessus; mais elle sentoit toute la différence d’assister à un

travail réglé où elle agissoit avec loisir, adresse et mesures prises,

ou d’être obligée de prendre son parti entre le Roi et elle sur ce

qu’il lui apprenoit de cette matière, et de n’avoir d’autre ressource

qu’en elle-même, et d’aller de front avec lui, si elle vouloit une

chose plutôt qu’une autre, nuire aux gens à découvert, ou les servir de

même.

Le Roi y étoit même fort en garde. Il lui est arrivé plusieurs fois

que, lorsqu’on ne s’y prenoit pas avec assez de tour et de délicatesse,

et qu’il apercevoit que le ministre ou le général d’armée favorisoit

un parent ou un protégé de Mme de Maintenon, il tenoit ferme contre,

pour cela même; puis disoit, partie fâché, partie se moquant d’eux:

“Un tel a bien fait sa cour; car il n’a pas tenu à lui de bien servir

un tel, parce qu’il est parent ou protégé de Mme de Maintenon.” Et ces

coups de caveçon la rendoient très timide et très mesurée, quand il

étoit question de se montrer au Roi à découvert sur quelque chose ou

sur quelqu’un. Aussi répondoit-elle toujours à quiconque s’adressoit à

elle, même pour les moindres choses, qu’elle ne se mêloit de rien; et

si bien rarement elle s’ouvroit davantage et que la chose regardât le

département d’un ministre sur lequel elle comptât, elle renvoyoit à lui

et promettoit de lui en parler; mais encore une fois, rien n’étoit plus

rare. On ne laissoit pas cependant d’aller à elle, pour, par ce devoir,

ne l’avoir pas contraire, et par l’espérance aussi que, nonobstant

cette réponse banale, elle feroit peut-être ce qu’on desiroit, comme

cela arrivoit quelquefois.

Il y avoit peut-être cinq ou six personnes au plus de tous états,

desquels la plupart étoient de ces amis de son ancien temps, à qui elle

répondoit plus franchement, quoique toujours foiblement et mesurément,

et pour qui en effet elle agissoit au mieux qu’il lui étoit possible;

ce néanmoins réussissant très ordinairement pour eux, elle n’y

réussissoit pas toujours.

Ce fut par le desir extrême de se mêler des affaires étrangères, comme

elle se mêloit de toutes les autres, et l’impossibilité d’en attirer

le travail chez elle, qu’elle prit le parti, qu’on a détaillé en

son temps, de tous les manèges par lesquels elle rendit la princesse

des Ursins maîtresse de tout en Espagne, et l’y maintint jusqu’à la

paix d’Utrecht, aux dépens de Torcy et des ambassadeurs de France en

Espagne, c’est-à-dire, comme on l’a vu, aux dépens de l’Espagne et de

la France, parce que Mme des Ursins eut l’adresse de lui faire tout

passer par les mains, et de lui persuader qu’elle ne gouvernoit la cour

et l’État en Espagne que sous ses ordres et par ses volontés. Revenons

un moment à ces coups de caveçon du Roi dont on vient de parler.

Le Tellier, dans des temps bien antérieurs, et longtemps avant d’être

chancelier de France, connoissoit bien le Roi là-dessus. Un de ses

meilleurs amis, car il en avoit parce qu’il savoit en avoir, l’avoit

prié de quelque chose qu’il desiroit fort et qui devoit être proposé

dans le travail particulier de ce ministre avec le Roi. Le Tellier

l’assura qu’il y feroit tout son possible. Son ami ne goûta point

sa réponse, et lui dit franchement que dans la place et le crédit

où il étoit, ce n’étoit pas de celles-là qu’il lui falloit donner.

“Vous ne connoissez pas le terrain, lui répliqua le Tellier. De vingt

affaires que nous portons ainsi au Roi, nous sommes sûrs qu’il en

passera dix-neuf à notre gré; nous le sommes également que la vingtième

sera décidée au contraire. Laquelle des vingt sera décidée contre

notre avis et notre desir, c’est ce que nous ignorons toujours, et

très souvent c’est celle où nous nous intéressons le plus. Le Roi se

réserve cette bisque[102] pour nous faire sentir qu’il est le maître

et qu’il gouverne; et si par hasard il se présente quelque chose sur

quoi il s’opiniâtre, et qui soit assez importante pour que nous nous

opiniâtrions aussi, ou pour la chose même, ou pour l’envie que nous

avons qu’elle réussisse comme nous le desirons, c’est très souvent

alors, dans le rare que cela arrive, une sortie sûre; mais, à la

vérité, la sortie essuyée et l’affaire manquée, le Roi, content d’avoir

montré que nous ne pouvons rien et peiné de nous avoir fâchés, devient

après souple et flexible, en sorte que c’est alors le temps où nous

faisons tout ce que nous voulons.”

[102] Advantage, a metaphor from tennis.

C’est, en effet, comme le Roi se conduisit avec ses ministres toute sa

vie, toujours parfaitement gouverné par eux, même par les plus jeunes

et les plus médiocres, même par les moins accrédités et considérés et

toujours en garde pour ne l’être point, et toujours persuadé qu’il

réussissoit pleinement à ne le point être.

Il avoit la même conduite avec Mme de Maintenon, à qui de fois à

autre il faisoit des sorties terribles, et dont il s’applaudissoit.

Quelquefois elle se mettoit à pleurer devant lui, et elle étoit

plusieurs jours sur de véritables épines. Quand elle eut mis Fagon[103]

auprès du Roi, au lieu de d’Aquin, qu’elle fit chasser, parce qu’il

étoit de la main de Mme de Montespan, et pour avoir un homme tout à

elle et de beaucoup d’esprit, qu’elle s’étoit attaché dans les voyages

aux eaux où il avoit suivi le duc du Maine, et un homme dont elle pût

tirer un continuel parti dans cette place intime de premier médecin,

qu’elle voyoit tous les matins, elle faisoit la malade quand il lui

arrivoit de ces scènes, et c’étoit d’ordinaire par où elle les faisoit

finir avec le plus d’avantage.

[103] Guy Fagon succeeded Daquin, a converted Jew, in 1693,

through the influence of Mme de Maintenon. His great talent

was combined with fearless honesty and much charm of manner.

Saint-Simon did not like him, but he recognised his merits and

attainments. See I. 105-6. Like William III, who once consulted

him, he was an “asthmatic skeleton,” and like William’s opponent,

Luxembourg, he was hunch-backed.

Ce n’est pas que cet artifice, ni même la réalité la plus effective,

eût aucun pouvoir d’ailleurs de contraindre le Roi en quoi que ce pût

être. C’étoit un homme uniquement personnel, et qui ne comptoit tous

les autres, quels qu’ils fussent, que par rapport à soi. Sa dureté

là-dessus étoit extrême. Dans les temps les plus vifs de sa vie pour

ses maîtresses, leurs incommodités les plus opposées aux voyages

et au grand habit de cour, car les dames les plus privilégiées ne

paroissoient jamais autrement dans les carrosses ni en aucun lieu de

cour, avant que Marly eût adouci cette étiquette, rien, dis-je, ne les

en pouvoit dispenser. Grosses, malades, moins de six semaines après

leurs couches, dans d’autres temps fâcheux, il falloit être en grand

habit, parées et serrées dans leurs corps, aller en Flandres, et plus

loin encore, danser, veiller, être des fêtes, manger, être gaies et

de bonne compagnie, changer de lieu, ne paroître craindre, ni être

incommodées du chaud, du froid, de l’air, de la poussière, et tout cela

précisément aux jours et aux heures marquées, sans déranger rien d’une

minute.

Ses filles, il les a traitées toutes pareillement. On a vu en son

temps qu’il n’eut pas plus de ménagement pour Mme la duchesse de

Berry, ni même pour Mme la duchesse de Bourgogne, quoi que Fagon, Mme

de Maintenon, etc., pussent dire et faire, quoique il aimât Mme la

duchesse de Bourgogne aussi tendrement qu’il en étoit capable, qui

toutes les deux s’en blessèrent, et ce qu’il en dit avec soulagement,

quoique il n’y eût point encore d’enfants.

Il voyageoit toujours son carrosse plein de femmes: ses maîtresses,

après ses bâtardes, ses belles-filles, quelquefois Madame, et des dames

quand il y avoit place. Ce n’étoit que pour les rendez-vous de chasse,

les voyages de Fontainebleau, de Chantilly, de Compiègne, et les vrais

voyages, que cela étoit ainsi. Pour aller tirer, se promener, ou pour

aller coucher à Marly ou à Meudon, il alloit seul dans une calèche.

Il se défioit des conversations que ses grands officiers auroient pu

tenir devant lui dans son carrosse; et on prétendoit que le vieux

Charost, qui prenoit volontiers ces temps-là pour dire bien des choses,

lui avoit fait prendre ce parti, il y avoit plus de quarante ans. Il

convenoit aussi aux ministres, qui sans cela auroient eu de quoi être

inquiets tous les jours, et à la clôture exacte qu’en leur faveur

lui-même s’étoit prescrite, et à laquelle il fut si exactement fidèle.

Pour les femmes, ou maîtresses d’abord, ou filles ensuite, et le peu

de dames qui pouvoient y trouver place, outre que cela ne se pouvoit

empêcher, les occasions en étoient restreintes à une grande rareté, et

le babil fort peu à craindre.

Dans ce carrosse, lors des voyages, il y avoit toujours beaucoup de

toutes sortes de choses à manger: viandes, pâtisseries, fruits. On

n’avoit pas sitôt fait un quart de lieue que le Roi demandoit si on ne

vouloit pas manger. Lui jamais ne goûtoit à rien entre ses repas, non

pas même à aucun fruit, mais il s’amusoit à voir manger, et manger à

crever. Il falloit avoir faim, être gaies, et manger avec appétit et de

bonne grâce, autrement il ne le trouvoit pas bon, et le montroit même

aigrement: on faisoit la mignonne, on vouloit faire la délicate, être

du bel air; et cela n’empêchoit pas que les mêmes dames ou princesses

qui soupoient avec d’autres à sa table le même jour, ne fussent

obligées, sous les mêmes peines, d’y faire aussi bonne contenance que

si elles n’avoient mangé de la journée. Avec cela, d’aucuns besoins

il n’en falloit point parler, outre que pour des femmes ils auraient

été très embarrassants avec les détachements de la maison du Roi, et

les gardes du corps devant et derrière le carrosse, et les officiers

et les écuyers aux portières, qui faisoient une poussière qui dévorait

tout ce qui étoit dans le carrosse. Le Roi, qui aimoit l’air, en

vouloit toutes les glaces baissées, et auroit trouvé fort mauvais que

quelque dame eût tiré le rideau contre le soleil, le vent ou le froid.

Il ne falloit seulement pas s’en apercevoir, ni d’aucune autre sorte

d’incommodité, et alloit toujours extrêmement vite, avec des relais le

plus ordinairement. Se trouver mal étoit un démérite à n’y plus revenir.

Mme de Maintenon, qui craignoit fort l’air et bien d’autres

incommodités, ne put gagner là-dessus aucun privilège. Tout ce qu’elle

obtint, sous prétexte de modestie et d’autres raisons, fut de voyager à

part, de la manière que je l’ai rapporté; mais en quelque état qu’elle

fût, il falloit marcher, et suivre à point nommé, et se trouver arrivée

et rangée avant que le Roi entrât chez elle. Elle fit bien des voyages

à Marly, dans un état à ne pas faire marcher une servante; elle en

fit un à Fontainebleau qu’on ne savoit pas véritablement si elle ne

mourrait pas en chemin. En quelque état qu’elle fût, le Roi alloit chez

elle à son heure ordinaire, et y faisoit ce qu’il avoit projeté; tout

au plus elle étoit dans son lit. Plusieurs fois, y suant la fièvre à

grosses gouttes, le Roi, qui, comme on l’a dit, aimoit l’air, et qui

craignoit le chaud dans les chambres, s’étonnoit en arrivant de trouver

tout fermé, et faisoit ouvrir les fenêtres, et n’en rabattoit rien,

quoique il la vît dans cet état, et jusqu’à dix heures qu’il s’en

alloit souper, et sans considération pour la fraîcheur de la nuit. S’il

devoit y avoir musique, la fièvre, le mal de tête n’empêchoit rien, et

cent bougies dans les yeux. Ainsi le Roi alloit toujours son train,

sans lui demander jamais si elle n’en étoit point incommodée.

Les gens de Mme de Maintenon, car tout en est curieux, étoient en très

petit nombre, peu répandus, modestes, respectueux, humbles, silencieux,

et ne s’en firent jamais accroire. C’étoit l’air de la maison, et ils

n’y seroient pas demeurés sans cela. Ils y faisoient avec le temps une

fortune modérée, suivant leur état, et qui ne pouvoit donner d’envie ni

occasion de parler; tous demeuroient dans une obscurité plus ou moins

aisée. Ses femmes passoient leur vie enfermées chez elle. Non-seulement

elle ne vouloit point qu’elles sortissent, mais elle les empêchoit de

recevoir personne, et la fortune qu’elle leur faisoit étoit courte et

rare. Le Roi les connoissoit toutes et tous; il étoit familier avec

eux, et y causoit souvent, lorsqu’il passoit quelquefois chez elle

avant qu’elle y fût rentrée.

Il n’y avoit d’un peu distingué que cette ancienne servante du temps

qu’après la mort de Scarron elle étoit à la charité de Saint-Eustache,

logée dans cette montée où cette servante faisoit sa chambre et son

petit pot-au-feu dans la même chambre. Nanon de ce temps-là, et que

Mme de Maintenon a toujours appelée ainsi, qui d’abord avoit été son

unique domestique, et qui l’avoit constamment suivie et servie dans

tous ses divers états, étoit devenue Mlle Balbien, dévote comme elle,

et vieille. Elle étoit d’autant plus importante qu’elle avoit toute la

confiance domestique de Mme de Maintenon, et l’œil sur ces demoiselles

qu’on a vu ailleurs qui se succédoient de Saint-Cyr auprès d’elle, sur

ses nièces, et sur Mme la duchesse de Bourgogne même, qui ne l’ignoroit

pas, et qui habilement, sans la gâter, en avoit fait sa bonne amie.

Elle se coiffoit et s’habilloit comme sa maîtresse; elle affectoit d’en

tout imiter. A commencer par les enfants légitimes et les bâtards, à

continuer par les princes du sang et par les ministres, il n’y avoit

celui ni celle qui ne la ménageât, et qui ne fût en contrainte, et,

le dirai-je, en respect devant elle. S’en servoit qui pouvoit pour de

l’argent, quoique au fond elle se mêlât de fort peu de chose. Elle

étoit très raisonnablement sotte; et n’étoit méchante que rarement, et

encore par bêtise, quoique ce fût une personne toute composée, toute

sur le merveilleux, et qui ne se montroit presque jamais. On en a

pourtant vu un échantillon à propos de la place qu’eut la duchesse du

Lude, que, quatre heures devant, le Roi avoit paru si éloigné de lui

donner. Sa protection pour aller à Marly ne lui fut pas infructueuse.

Elle avoit l’air doux, humble, empesé, important, et toutefois

respectueux.

On l’a dit, Mme de Maintenon étoit particulière en public; hors de

ses yeux, reine, quelquefois même sous ses yeux, comme à l’attaque de

Compiègne dont il [a] été parlé ici en son temps, et aux promenades

de Marly, quand par complaisance elle en faisoit quelqu’une où le

Roi vouloit lui montrer quelque chose de nouvellement achevé. Je me

trouve, je l’avoue, entre la crainte de quelques redites et celle de

ne pas expliquer assez en détail des curiosités que nous regrettons

dans toutes les Histoires, et dans presque tous les Mémoires des

divers temps. On voudroit y voir les princes, avec leurs maîtresses

et leurs ministres, dans leur vie journalière. Outre une curiosité si

raisonnable, on en connoîtroit bien mieux les mœurs du temps et le

génie des monarques, celui de leurs maîtresses et de leurs ministres,

de leurs favoris, de ceux qui les ont le plus approchés, et les

adresses qui ont été employées pour les gouverner ou pour arriver aux

divers buts qu’on s’est proposés. Si ces choses doivent passer pour

curieuses, et même pour instructives dans tous les règnes, à plus

forte raison d’un règne aussi long et aussi rempli que l’a été celui de

Louis XIV, et d’un personnage unique dans la monarchie depuis qu’elle

est connue, qui a, trente-deux ans durant, revêtu ceux de confidente,

de maîtresse, d’épouse, de ministre, et de toute-puissante, après avoir

été si longuement néant, et comme on dit, avoir si longtemps et si

publiquement rôti le balai. C’est ce qui m’enhardit sur l’inconvénient

des redites. Tout bien considéré, j’estime qu’il vaut mieux hasarder

qu’il m’en échappe quelqu’une que ne pas mettre sous les yeux un tout

ensemble si intéressant. Revenons donc un moment sur nos pas.

Reine dans le particulier, Mme de Maintenon n’étoit jamais que dans un

fauteuil, et dans le lieu le plus commode de sa chambre, devant le Roi,

devant toute la famille royale, même devant la reine d’Angleterre. Elle

se levoit tout au plus pour Monseigneur et pour Monsieur, parce qu’ils

alloient rarement chez elle; M. le duc d’Orléans, ni aucun prince du

sang, jamais que par audiences, et comme jamais; mais Monseigneur,

Messeigneurs ses fils, Monsieur et M. le duc de Chartres[104], toujours

en partant pour l’armée, et le soir même qu’ils en arrivoient, ou, s’il

étoit trop tard, de bonne heure le lendemain. Pour aucun autre fils de

France, leurs épouses, ou les bâtardes du Roi, elle ne se levoit point,

ni pour personne, sinon un peu pour les personnes ordinaires avec qui

elle n’avoit point de familiarité, et qui en obtenoient des audiences;

car modeste et polie, elle l’a toujours affecté à ces égards-là.

[104] Monseigneur is the Dauphin, and Monsieur the king’s

brother. The latter’s son, the Duc d’Orléans, afterwards Régent,

had the title of Duc de Chartres till his father’s death in 1701.

Presque jamais elle n’appeloit Madame la Dauphine que “mignonne,” même

en présence du Roi et des dames familières et des dames du palais,

et cela jusqu’à sa mort, et quand elle parloit d’elle ou de Mme la

duchesse de Berry, et devant les mêmes, jamais elle ne disoit que “la

duchesse de Bourgogne” et “la duchesse de Berry,” ou “la Dauphine,”

très rarement “Madame la Dauphine,” et de même “le duc de Bourgogne,”

“le duc de Berry,” “le Dauphin,” presque jamais “Monsieur le Dauphin”:

on peut juger des autres.

On a vu comment elle mandoit les princesses, légitimes et bâtardes,

comme elle leur lavoit la tête, les transes avec quoi elles venoient

à ses ordres, les pleurs avec lesquels elles s’en retournoient, et

leurs inquiétudes tant que la disgrâce durait, et qu’il n’y avoit que

Mme la duchesse de Bourgogne qui eût pris le dessus avec les grâces

nonpareilles et ce soin attentif qu’on en a vu en parlant d’elle. Elle

ne l’appeloit jamais que “ma tante.”

Ce qui étonnoit toujours, c’étoient les promenades qu’on vient de dire

qu’elle faisoit avec le Roi par excès de complaisance dans les jardins

de Marly. Il auroit été cent fois plus librement avec la Reine, et

avec moins de galanterie. C’étoit un respect le plus marqué, quoique

au milieu de la cour et en présence de tout ce qui s’y vouloit trouver

des habitants de Marly. Le Roi s’y croyoit en particulier, parce

qu’il étoit à Marly. Leurs voitures alloient joignant à côté l’une de

l’autre, car presque jamais elle ne montoit en chariot: le Roi seul

dans le sien, elle dans une chaise à porteurs. S’il y avoit à leur

suite Madame la Dauphine ou Mme la duchesse de Berry, ou des filles du

Roi, elles suivoient ou environnoient à pied, ou si elles montoient

en chariot avec des dames, c’étoit pour suivre, et à distance, sans

jamais doubler. Souvent le Roi marchoit à pied à côté de la chaise.

A tous moments il ôtoit son chapeau et se baissoit pour parler à Mme

de Maintenon, ou pour lui répondre si elle lui parloit, ce qu’elle

faisoit bien moins souvent que lui, qui avoit toujours quelque chose à

lui dire ou à lui faire remarquer. Comme elle craignoit l’air dans les

temps même les plus beaux et les plus calmes, elle poussoit à chaque

fois la glace de côté de trois doigts, et la refermoit incontinent.

Posée à terre à considérer la fontaine nouvelle, c’étoit le même

manège. Souvent alors la Dauphine se venoit percher sur un des bâtons

de devant, et se mettoit de la conversation, mais la glace de devant

demeurait toujours fermée. A la fin de la promenade, le Roi conduisoit

Mme de Maintenon jusqu’auprès du château, prenoit congé d’elle, et

continuoit sa promenade. C’étoit un spectacle auquel on ne pouvoit

s’accoutumer. Ces bagatelles échappent presque toujours aux Mémoires;

elles donnent cependant plus que tout l’idée juste de ce que l’on y

recherche, qui est le caractère de ce qui a été, qui se présente ainsi

naturellement par les faits.

La conduite des belles-petites-filles du Roi et de ses bâtardes, les

ordres à y mettre et à y donner, les galanteries et la dévotion, ou la

régularité des dames de la cour, les aventures diverses, le maintien

des femmes des ministres, et celui des ministres mêmes, les espionnages

de toutes les sortes dont la cour étoit pleine, les parties qui se

faisoient de ces princesses avec les jeunes dames, ou celles de leur

âge, et tout ce qui s’y passoit, les punitions qui alloient quelquefois

à être en pénitence, et même chassée; les récompenses, qui étoient

la distribution arrêtée tout à fait, ou plus ou moins fréquentes des

distinctions, d’être des voyages de Marly, ou des amusements de la

Dauphine, toutes ces choses entroient dans les occupations de Mme de

Maintenon. Elle en amusoit le Roi, enclin à les prendre sérieusement;

elles étoient utiles à entretenir la conversation, à servir ou à nuire,

et à prendre de loin des tournants auprès du Roi sur bien des choses

qu’elle y savoit habilement faire entrer de droite et de gauche.

On a déjà vu qu’elle répondoit à tout ce qui avoit recours à elle:

qu’elle ne se mêloit de rien; et que ce qui l’approchoit de bien

près n’avoit pas peu à essuyer de cette prodigieuse inconstance

naturelle, qui, sans autre cause, changeoit si souvent ses goûts,

ses inclinations, ses volontés. Les remèdes qu’on y cherchoit y

étoient des poisons. L’unique parti à prendre étoit de glisser, de

se tenir plus réservé, plus à l’écart, comme on se met à couvert de

la pluie en se détournant un peu de son chemin. Quelquefois elle se

rapprochoit et se rouvroit d’elle-même, comme d’elle-même elle s’étoit

fermée et éloignée, sinon il n’y avoit point de ressource à espérer.

Ces mutations, qui étoient également en gens et en choses, étoient

accablantes pour les ministres, pour les personnes qui se trouvoient

en quelque commerce d’affaires avec elle, et pour les femmes dont, en

très petit nombre et très rare, elle s’étoit imaginée de vouloir régler

la conduite. Ce qui lui plaisoit hier, pas plus loin que cela, étoit

un démérite aujourd’hui; ce qu’elle avoit approuvé, même suggéré, elle

le blâmoit ensuite, tellement qu’on ne savoit jamais si on étoit digne

d’amour ou de haine. C’eût été se perdre de lui montrer en excuse cette

variation, qui s’étendoit, sur ces personnes choisies, jusqu’à leur

manière de s’habiller et de se coiffer, et personne de tout ce qui à

divers titres l’a approchée de près n’a été exempt, plus ou moins,

de ces hauts et bas insupportables. La domination et le gouvernement

furent les seules choses sur lesquelles elle n’en eut jamais.

[Illustration: CHÂTEAU DE VERSAILLES--PART OF THE FIRST STORY.

After Blondel.

C Salons.

F Apartments of Mme de Maintenon.

H Great Hall of the Guard.

I Hall of the Queen’s Guard.

J }

L } The Queen’s apartments, later those of the Duchesse

M } de Bourgogne.

K Vestibule.

N Salon de la Paix.

O Great Gallery.

P Salon de la Guerre.

Q Salon d’Apollon or du Trône.

R Chambre du lit, later Salle de Mercure.

S Ball-room, later Salle de Mars.

T Billiard-room, later Salle de Diane.

U Salle, later Salle de Vénus.

V Salon de l’Abondance.

X Cabinet of Medals.

Z Ambassadors’ staircase.

Z_{1} Small gallery.

a Queen’s staircase.

b Salle used as a passage.

c Hall of the King’s Guard.

d Antechamber.

e Great antechamber, later the Œil de Bœuf.

f Bedroom of Louis XIV.

g Cabinet du Roi.

h Cabinet des Perruques ou des Termes.

i Billiard-room.

j } Cabinet des Agates.

k }

l Oval Salon.

11 Cour de service.

12 Cour de la Reine.

13 Cour de marbre.

14 Cour des cerfs.]

L’appartement de Mme de Maintenon étoit de plein pied et faisant

face à la salle des gardes du Roi. L’antichambre étoit plutôt un

passage, long en travers, étroit jusqu’à une autre antichambre toute

pareille de forme, dans laquelle les seuls capitaines des gardes

entroient, puis une grande chambre très profonde. Entre la porte par

où on y entrait de cette seconde antichambre et la cheminée étoit le

fauteuil du Roi, adossé à la muraille, une table devant lui, et un

ployant autour pour le ministre qui travailloit. De l’autre côté de la

cheminée, une niche de damas rouge et un fauteuil où se tenoit Mme de

Maintenon, avec une petite table devant elle; plus loin, son lit dans

un enfoncement; vis-à-vis les pieds du lit, une porte et cinq marches

à monter; puis un fort grand cabinet, qui donnoit dans la première

antichambre de l’appartement de jour de Mgr le duc de Bourgogne, que

cette porte enfiloit, et qui est aujourd’hui l’appartement du cardinal

Fleury. Cette première antichambre ayant à droite cet appartement,

et à gauche ce grand cabinet de Mme de Maintenon, descendoit, comme

encore aujourd’hui, par cinq marches dans le salon de marbre contigu

au palier du grand degré du bout des deux galeries, haute et

basse, dites de Mme la duchesse d’Orléans et des Princes. Tous les

soirs, Mme la duchesse de Bourgogne jouoit dans le grand cabinet de

Mme de Maintenon avec les dames à qui on avoit donné l’entrée, qui ne

laissoit pas d’être assez étendue, et de là entroit tant et si souvent

qu’elle vouloit dans la pièce joignante, qui étoit la chambre de Mme

de Maintenon, où elle étoit avec le Roi, la cheminée entre eux deux.

Monseigneur, après la comédie, montoit dans ce grand cabinet, où le Roi

n’entroit point, et Mme de Maintenon presque jamais.

Avant le souper du Roi, les gens de Mme de Maintenon lui apportoient

son potage avec son couvert, et quelque autre chose encore. Elle

mangeoit, ses femmes et un valet de chambre la servoient, toujours

le Roi présent, et presque toujours travaillant avec un ministre. Le

souper achevé, qui étoit court, on emportoit la table; les femmes de

Mme de Maintenon demeuroient, qui tout de suite la déshabilloient en

un moment et la mettoient au lit. Lorsque le Roi étoit averti qu’il

étoit servi, il alloit dire un mot à Mme de Maintenon, puis sonnoit

une sonnette qui répondoit au grand cabinet. Alors Monseigneur, s’il y

étoit, Mgr et Mme la duchesse de Bourgogne, M. le duc de Berry, et les

dames qui étoient à elle entroient à la file dans la chambre de Mme de

Maintenon, ne faisoient presque que la traverser, précédoient le Roi,

qui alloit se mettre à table, suivi de Mme la duchesse de Bourgogne et

de ses dames. Celles qui n’étoient point à elle, ou s’en alloient, ou

si elles étoient habillées pour aller au souper, car le privilège de

ce cabinet étoit d’y faire sa cour à Mme la duchesse de Bourgogne sans

l’être, elles faisoient le tour par la grand’salle des gardes, sans

entrer dans la chambre de Mme de Maintenon. Nul homme, sans exception

que de ces trois princes, n’entroit dans ce grand cabinet[105].

[105] Ed. Chéruel, VI. 203-204; ed. Boislisle, XVI. 470-473.

The plan on page 66 is reproduced from Dussieux, _Le château de

Versailles_, 2 vols. Versailles, 1881, I. plan 7. It will be seen

that the two antechambers are there represented as nearly square.

The _appartement de jour_ of the Duc de Bourgogne is apparently

the same as the hall of the Queen’s Guard (H). The _salon de

marbre_ is marked I on the plan.

Selections from Saint-Simon · 第 25 / 58 题