CONSEIL DE FAMILLE

Pendant que Rosette n'était occupée que de pensées riantes et

bienveillantes, le roi, la reine et les princesses Orangine et Roussette

étouffaient de colère; ils s'étaient réunis tous quatre chez la reine.

«C'est affreux, disaient les princesses, d'avoir fait venir cette

odieuse Rosette, qui a des parures éblouissantes, qui se fait regarder

et admirer par tous les nigauds de rois et de princes. Est-ce donc pour

nous humilier, mon père, que vous l'avez appelée?

--Je vous jure, mes belles, répondit le roi, que c'est par ordre de

la fée Puissante que je lui ai écrit de venir; d'ailleurs j'ignorais

qu'elle fût si belle et que....

--Si belle! interrompirent les princesses; où voyez-vous qu'elle soit

belle? Elle est laide et bête; c'est sa toilette qui la fait admirer.

Pourquoi ne nous avez-vous pas donné vos plus belles pierreries et

vos plus belles étoffes? Nous avons l'air de souillons, près de cette

orgueilleuse.

--Et où aurais-je pris des pierreries de cette beauté? Je n'en ai pas

qui puissent leur être comparées. C'est sa marraine, la fée, qui lui a

prêté les siennes.

--Pourquoi aussi avoir appelé une fée pour être marraine de Rosette,

tandis que nous n'avions eu que des reines pour marraines?

--Ce n'est pas votre père qui l'a appelée, reprit la reine; c'est bien

la fée elle-même qui, sans être appelée, nous apparut et nous signifia

qu'elle voulait être marraine de Rosette.

--Il ne s'agit pas de se quereller, dit le roi, mais de trouver un moyen

pour nous débarrasser de Rosette et empêcher le roi Charmant de la

revoir.

--Rien de plus facile, dit la reine; je la ferai dépouiller demain de

ses bijoux et de ses belles robes; je la ferai emmener par mes gens, et

on la ramènera à sa ferme, d'où elle ne sortira plus jamais.»

A peine la reine eut-elle achevé ces mots, que la fée Puissante parut,

l'air menaçant et irrité.

«Si vous touchez à Rosette, dit-elle d'une voix tonnante, si vous ne la

gardez ici, et si vous ne la faites assister à toutes les fêtes, vous

ressentirez les effets de ma colère. Vous, roi indigne, vous, reine

sans coeur, vous serez changés en crapauds, et vous, filles et soeurs

détestables, vous deviendrez des vipères. Osez maintenant toucher à

Rosette!»

En disant ces paroles, elle disparut.

Le roi, la reine et les princesses, terrifiés, se séparèrent sans

oser prononcer une parole, mais la rage dans le coeur; les princesses

dormirent peu, et furent encore plus furieuses le lendemain, quand elles

virent leurs yeux battus, leurs traits contractés par la méchanceté;

elles eurent beau mettre du rouge, du blanc, battre leurs femmes, elles

n'en furent pas plus jolies. Le roi et la reine se désolaient autant que

les princesses, et ne voyaient pas de remède à leur chagrin.

Nouveaux contes de fées pour les petits enfants · 第 35 / 104 题