Il y avait une fois une pauvre femme qui était veuve et qui vivait seule
avec son petit Henri; elle l'aimait tendrement, et elle avait bien
raison de l'aimer, car jamais on n'avait vu un plus charmant enfant.
Quoiqu'il n'eût encore que sept ans, il faisait tout le ménage pendant
que la pauvre maman travaillait pour aller ensuite vendre son ouvrage
et faire vivre son petit Henri et elle-même. Il balayait, il lavait le
plancher, il faisait la cuisine, il bêchait et cultivait le jardin, et,
quand son ouvrage était fini, il se mettait à raccommoder ses habits,
les souliers de sa maman, ou bien à faire des bancs, des tables et tout
ce qu'il avait la force de fabriquer. La maison où ils vivaient était à
eux; elle était isolée; en face de leur fenêtre était une haute montagne
si haute que personne n'avait jamais pu monter jusqu'au sommet;
d'ailleurs elle était entourée d'un torrent, de murs élevés et de
précipices infranchissables.
Ils étaient heureux et contents; mais un jour la pauvre maman tomba
malade. Elle ne connaissait pas de médecin; d'ailleurs elle n'aurait pas
eu d'argent pour le payer. Le pauvre Henri ne savait ce qu'il fallait
faire pour la guérir; quand elle avait soif, il lui faisait boire de
l'eau, car il n'avait pas autre chose à lui donner; il restait nuit et
jour près d'elle; il mangeait à peine un morceau de pain sec au pied de
son lit et, quand elle dormait, il la regardait et pleurait. La maladie
augmenta de jour en jour, et enfin la pauvre femme fut tout à fait
mourante; elle ne pouvait ni parler ni même avaler quoi que ce fût; elle
ne reconnaissait plus son petit Henri, qui sanglotait à genoux près de
son lit. Dans son désespoir, il s'écria:
«Fée Bienfaisante, venez à mon secours, sauvez ma pauvre maman!»
A peine eut-il prononcé ces mots, que la fenêtre s'ouvrit, et qu'il vit
entrer une dame richement vêtue qui lui demanda d'une voix douce:
«Que désirez-vous de moi, mon petit ami? Vous m'avez appelée; me voici.
--Madame, s'écria Henri en se jetant à ses genoux et en joignant les
mains, si vous êtes la fée Bienfaisante, sauvez ma pauvre maman, qui va
mourir et me laisser seul en ce monde.»
La fée regarda Henri d'un air attendri; puis, sans mot dire, elle
s'approcha de la pauvre femme, se pencha sur elle, l'examina
attentivement, souffla sur son visage, et dit:
«Il n'est pas en mon pouvoir de guérir ta maman mon pauvre enfant;
c'est à toi seul qu'est réservée sa guérison, si tu as le courage
d'entreprendre le voyage que je vais t'indiquer.
--Parlez, Madame, parlez; il n'est rien que je ne fasse pour sauver
maman.
--Il faut, dit la fée, que tu ailles chercher la _plante de vie_ qui
croît au haut de la montagne que tu vois par cette fenêtre; quand tu
auras cette plante, tu en exprimeras le suc dans la bouche de ta maman,
qui reviendra immédiatement à la vie.
--Je vais partir tout de suite, Madame; mais qui est-ce qui soignera
ma pauvre maman pendant mon absence? et, d'ailleurs, ajouta-t-il en
sanglotant plus fort, elle sera morte bien avant mon retour.
--Sois tranquille, pauvre enfant: si tu vas chercher la plante de vie,
ta mère n'aura besoin de rien jusqu'à ton retour, et elle restera dans
l'état où tu la vois actuellement. Mais tu courras bien des dangers, tu
subiras bien des fatigues avant d'avoir cette plante; il te faudra un
grand courage et une grande persévérance pour la rapporter.
--Je ne crains pas, Madame, de manquer de courage et de persévérance.
Dites-moi seulement comment je reconnaîtrai cette plante parmi toutes
celles qui couvrent la montagne.
--Si tu arrives jusqu'en haut, tu appelleras le docteur chargé de la
garde de cette plante; tu diras que c'est moi qui t'ai envoyé, et il
t'en remettra une tige.»
Henri remercia la fée en lui baisant les mains, prit congé de sa mère,
la couvrit de baisers, mit un pain dans sa poche, et sortit après avoir
salué respectueusement la fée.
La fée sourit en regardant ce pauvre enfant de sept ans qui partait tout
seul pour gravir une montagne si dangereuse que tous ceux qui avaient
tenté d'en atteindre le sommet avaient péri.