PERCINET.

Votre peur l'était-elle, Madame?

Et, puisque vous avez passé par l'état d'âme

De quelqu'un d'enlevé, Sylvette, en vérité,

C'est comme tout à fait si vous l'aviez été.

SYLVETTE.

Non, le cher souvenir n'est plus; ces torches folles,

Ces masques, ces manteaux, et ces musiques molles,

Ce combat, tout ce charme enfin, c'est trop cruel

De penser que cela fut fait par Straforel!

PERCINET.

Et la Nuit de Printemps, est-ce lui qui l'a faite?

Est-ce lui qui régla l'inoubliable fête

Que l'amitié d'Avril nous donna ce soir-là?

Est-ce lui qui, le ciel étoilé, l'étoila?

Lui, qui d'ombre effaça si bien les rosiers grêles

Que les roses semblaient, comme surnaturelles,

Se tenir en suspens dans l'air mystérieux?

Dispensa-t-il les frissons gris, les reflets bleus?

Versa-t-il les langueurs? Fut-il pour quelque chose

Dans l'apparition de l'Astre d'argent rose?

SYLVETTE.

Non certe...

PERCINET.

Et fit-il donc, dans la Nuit de Printemps,

Dis-moi, que nous étions deux enfants de vingt ans,

Et que nous nous aimions, car ce fut là le charme,

Tout le charme!

SYLVETTE.

Tout le... c'est vrai, mais...

PERCINET.

Une larme?

Il est donc pardonné, le méchant qui partit?

SYLVETTE.

Je t'ai toujours aimé, va, mon pauvre petit.

PERCINET.

J'ai retrouvé ton front, sa puérile frange,

Et ton jeune parfum qui fait un fin mélange

Avec tous les parfums des cytises voisins...

Ah! les Anges, ce soir, ne sont pas mes cousins!

Il joue avec le voile de Sylvette.

Oh! laisse-moi baiser le liséré frivole

Du voile aérien qui de ton front s'envole!

Comme il me rafraîchit les lèvres, ce tissu,

Ce tendre et clair tissu, pour qui je n'ai pas su

Vous dédaigner, satins et velours équivoques!

SYLVETTE.

Quels satins? Quels velours?

PERCINET, vivement.

Oh! rien, rien, rien,--des loques.

Oh! jeune fille, enfant, mousseline est ton nom!

Oh! que j'aime ce voile frais!...

SYLVETTE.

C'est du linon.

PERCINET, s'agenouillant.

Je l'aime et suis tremblant que mon baiser le souille,

Car ce voile devant lequel je m'agenouille...

Ce léger linon

Qui vous emmitoufle,

Mais à la façon

D'un souffle;

Ce linon léger

Dont la candeur frêle

A le voltiger

D'une aile;

Ce léger linon,

Assez diaphane

Pour qu'un seul rayon

Le fane;

Ce linon, léger

Comme un fil de berge

Que fait voyager

La Vierge;

Ce léger linon,

C'est votre pensée

Que les choses n'ont

Froissée!

Ce linon léger,

C'est, neigeuse flamme

Qu'un rien fait bouger,

Votre âme!

Ce léger linon,

Ce linon que j'aime,

Ce n'est rien sinon

Vous-même!

SYLVETTE, dans ses bras.

Vois-tu, la poésie est au coeur des amants:

Elle n'émane pas des seuls événements.

PERCINET.

C'est vrai: ceux dont je sors, quoique très authentiques,

Ne furent pas du tout, Sylvette, poétiques...

SYLVETTE.

Et ceux par nos papas machiavels arrangés

Le furent, Percinet, encor que mensongers.

PERCINET.

Car elle peut broder, lorsqu'elle aime, notre âme,

De véritables fleurs sur une fausse trame.

SYLVETTE.

La poésie, amour, mais nous fûmes des fous

De la chercher ailleurs lorsqu'elle était en nous!

Straforel apparaît, ramenant les deux pères, et leur montre Sylvette et

Percinet dans les bras l'un de l'autre.

SCÈNE V

LES MÊMES, STRAFOREL, BERGAMIN, PASQUINOT.

STRAFOREL.

Refiancés!...

BERGAMIN.

Mon fils!

Il embrasse Percinet.

STRAFOREL.

Me paierez-vous ma note?

PASQUINOT, à sa fille.

Tu l'aimes derechef?

SYLVETTE.

Oui.

PASQUINOT.

Tête de linotte.

STRAFOREL, à Bergamin.

Palperai-je mon or?

BERGAMIN.

Vous palperez votre or!

SYLVETTE, qui a tressailli.

Mais au fait... cette voix!... le marquis d'As-ta-fior...

STRAFOREL, saluant.

Quercita? C'était moi, chère Mademoiselle,

Moi, Straforel!... Daignez me pardonner mon zèle;

Le moyen que j'ai pris était bon en ceci,

Qu'il vous a fait connaître--en vous laissant ici,--

Tout ce qu'ont d'ennuyeux ces aventures vraies

Dont les femmes toujours sont tôt désenivrées.

Sans doute vous pouviez...

Montrant Percinet.

comme ce citoyen,

Vous même les courir; mais, dame! le moyen

Pour une jeune fille étant trop énergique,

Je vous en ai fait voir la lanterne magique.

PERCINET.

Qu'est-ce?

SYLVETTE, vivement.

Rien, rien,--je t'aime!...

BERGAMIN, montrant le mur commencé.

Et demain même, pan!

D'un coup de pioche on va redémolir ce pan...

PASQUINOT.

Enlever ce ciment, ces pierres et ce sable!...

STRAFOREL.

Non, construisez le mur, il est indispensable!

SYLVETTE, réunissant autour d'elle tous les acteurs.

Et maintenant, nous quatre,--et Monsieur Straforel--

Excusons ce que fut la pièce, en un rondel.

Elle descend vers le public.

_Des costumes clairs, des rimes légères,

L'Amour, dans un parc, jouant du flûteau..._

BERGAMIN.

_Un florianesque et fol quintetto,_

PASQUINOT.

_Des brouilles... d'ailleurs toutes passagères._

STRAFOREL.

_Des coups de soleil, des rayons lunaires,

Un bon spadassin en joyeux manteau..._

SYLVETTE.

_Des costumes clairs, des rimes légères,

L'Amour, dans un parc, jouant du flûteau..._

PERCINET.

_Un repos naïf des pièces amères,

Un peu de musique, un peu de Watteau,

Un spectacle honnête et qui finit tôt,

Un vieux mur fleuri,--deux amants,--deux pères..._

SYLVETTE, dans une révérence.

_Des costumes clairs, des rimes légères!_

RIDEAU

TABLE

Pages

ACTE PREMIER 1

ACTE DEUXIÈME 55

ACTE TROISIÈME 115

PARIS.--L. MARETHEUX, IMPRIMEUR

1, RUE CASSETTE, 1

Les Romanesques: comédie en trois actes en vers · 第 3 / 3 段