SEPTEMBRE

Le 30.—J’étais arrivé au triste anniversaire de mon débarquement;

j’additionnai les hoches de mon poteau, et je trouvai que j’étais sur

ce rivage depuis trois cent soixante-cinq jours. Je gardai durant

cette journée un jeûne solennel, la consacrant tout entière à des

exercices religieux, me prosternant à terre dans la plus profonde

humiliation, me confessant à Dieu, reconnaissant la justice de ses

jugements sur moi, et l’implorant de me faire miséricorde au nom de

Jésus-Christ. Je m’abstins de toute nourriture pendant douze heures

jusqu’au coucher du soleil, après quoi je mangeai un biscuit et une

grappe de raisin; puis, ayant terminé cette journée comme je l’avais

commencée, j’allai me mettre au lit.

Jusque-là je n’avais observé aucun dimanche; parce que, n’ayant eu

d’abord aucun sentiment de religion dans le cœur, j’avais omis au

bout de quelque temps de distinguer la semaine en marquant une hoche

plus longue pour le dimanche; ainsi je ne pouvais plus réellement le

discerner des autres jours. Mais, quand j’eus additionné mes jours,

comme j’ai dit plus haut, et que j’eus reconnu que j’étais là depuis

un an, je divisai cette année en semaines, et je pris le septième

jour de chacune pour mon dimanche. A la fin de mon calcul, je trouvai

pourtant un jour ou deux de mécompte.

Aventures surprenantes de Robinson Crusoé · 第 27 / 62 题