Le 30.—J’étais arrivé au triste anniversaire de mon débarquement;
j’additionnai les hoches de mon poteau, et je trouvai que j’étais sur
ce rivage depuis trois cent soixante-cinq jours. Je gardai durant
cette journée un jeûne solennel, la consacrant tout entière à des
exercices religieux, me prosternant à terre dans la plus profonde
humiliation, me confessant à Dieu, reconnaissant la justice de ses
jugements sur moi, et l’implorant de me faire miséricorde au nom de
Jésus-Christ. Je m’abstins de toute nourriture pendant douze heures
jusqu’au coucher du soleil, après quoi je mangeai un biscuit et une
grappe de raisin; puis, ayant terminé cette journée comme je l’avais
commencée, j’allai me mettre au lit.
Jusque-là je n’avais observé aucun dimanche; parce que, n’ayant eu
d’abord aucun sentiment de religion dans le cœur, j’avais omis au
bout de quelque temps de distinguer la semaine en marquant une hoche
plus longue pour le dimanche; ainsi je ne pouvais plus réellement le
discerner des autres jours. Mais, quand j’eus additionné mes jours,
comme j’ai dit plus haut, et que j’eus reconnu que j’étais là depuis
un an, je divisai cette année en semaines, et je pris le septième
jour de chacune pour mon dimanche. A la fin de mon calcul, je trouvai
pourtant un jour ou deux de mécompte.