_A Rodolphe Darzens._
I
En ces jours, Elohim lui refusant son ombre,
Schaoul, enfant de Qisch, était semblable au mort
Délaissé, que la dent des bêtes fauves mord,
Et les esprits du mal rongeaient son âme sombre.
Il errait à travers les routes d'Israël
Poursuivi sans repos par la meute tenace
Et d'âpres aboiements de haine et de menace
Hurlaient autour de lui dans l'abîme du ciel.
Rien ne transfigurait ses mornes destinées.
Nulle trêve: ni les paroles des nabis
Ni la chair des béliers ni la chair des brebis
N'écartaient de son coeur les gueules forcenées.
Et même dans la fête héroïque du sang,
Quand les vaincus, après les sauvages victoires,
Montaient vers le Très-Haut en feux expiatoires,
Les crocs inassouvis lui déchiraient le flanc.
Alors on fit venir vers le roi taciturne
David de Bethléem, le joueur de kinnor,
Dont l'incantation charmait les astres d'or
Tandis que ses troupeaux paissaient l'herbe nocturne,
Et comme les chacals rentrent aux creux des monts
Quand le veneur paraît sur les rocs granitiques,
Mêlant sa voix d'enfant aux cordes prophétiques
David, plein d'Iahveh, chassa les noirs démons.