_A Leconte de Lisle._
I
Un sage, descendant de cimes inconnues,
S'en allait autrefois par le pays d'Assour,
Et la mystérieuse aurore d'un grand jour
Empourprait, à sa voix, le jardin blanc des nues.
Les peuples le suivaient et ne comprenaient pas
Quels dieux, accompagnant la marche du prophète,
Candidement semaient dans les villes en fête
Des lys miraculeux et calmes sous ses pas.
Mais tous buvaient le miel divin de ses paroles,
Le miel fait de parfums et de baumes puissants,
Forts comme la senteur éparse de l'encens,
Doux comme la senteur éparse des corolles.
Pour s'enivrer des mots que sa bouche versait,
Les laboureurs quittaient le manche des charrues,
Et parmi la clameur des foules accourues
Le Voyant pacifique et sublime passait.
Désormais, dédaigneux des apparences brèves
Et des illusions passagères, fermant
Leurs yeux purifiés à la clarté qui ment,
Les hommes ouvraient l'âme à la splendeur des rêves.