III

Éperdument, par les silencieuses sentes,

Il allait; ses regards épiaient les fourrés

Taciturnes: sous les rameaux enchevêtrés,

Nulle apparition de chairs éblouissantes.

L'ombre informe, le noir silence, des parfums

Sauvages d'herbe fraîche et de fleurs surannées

Et, confondue avec les sèves déchaînées,

L'innombrable senteur des automnes défunts.

Il allait; nulle voix effroyable ou charmante

Ne répondait, nul bruit de fête ou de combats:

Seul, dans les antres, sous le ciel, ici, là-bas,

Le frisson fauve de la terre qui fermente.

Semblables au monceau des feuilles sous ses pas,

Ses rêves, ses douleurs, ses pensées

Tombaient en tournoyant dans les bises glacées

Et l'Aède comprit que les dieux n'étaient pas.

Il perdit, se vouant aux stupides épées,

L'orgueil d'être vaincu par un maître inclément,

Comme les héros morts frappés en blasphémant

Ivres d'un puissant vin de gloire et d'épopées.

Et dépouillé du fier rêve des dieux jaloux,

Il brisa pour jamais les cordes tutélaires

Et descendit vers les clameurs et les colères,

Ainsi qu'un chasseur las se livre aux crocs des loups.

La lyre héroïque et dolente · 第 67 / 136 题