Éperdument, par les silencieuses sentes,
Il allait; ses regards épiaient les fourrés
Taciturnes: sous les rameaux enchevêtrés,
Nulle apparition de chairs éblouissantes.
L'ombre informe, le noir silence, des parfums
Sauvages d'herbe fraîche et de fleurs surannées
Et, confondue avec les sèves déchaînées,
L'innombrable senteur des automnes défunts.
Il allait; nulle voix effroyable ou charmante
Ne répondait, nul bruit de fête ou de combats:
Seul, dans les antres, sous le ciel, ici, là-bas,
Le frisson fauve de la terre qui fermente.
Semblables au monceau des feuilles sous ses pas,
Ses rêves, ses douleurs, ses pensées
Tombaient en tournoyant dans les bises glacées
Et l'Aède comprit que les dieux n'étaient pas.
Il perdit, se vouant aux stupides épées,
L'orgueil d'être vaincu par un maître inclément,
Comme les héros morts frappés en blasphémant
Ivres d'un puissant vin de gloire et d'épopées.
Et dépouillé du fier rêve des dieux jaloux,
Il brisa pour jamais les cordes tutélaires
Et descendit vers les clameurs et les colères,
Ainsi qu'un chasseur las se livre aux crocs des loups.