_A Lucien Lévy_
I
Resplendissante, au pied du mont mystérieux,
La troupe formidable et blonde des guerrières
Gardait, la lance au poing, les farouches clairières
Et la forêt terrible où sommeillent les dieux.
Et tous venaient vers la ténébreuse vallée
Sous les casques de bronze et les boucliers ronds,
Vêtus de fer et d'or par de bons forgerons,
Tous les héros épris de gloire inviolée.
Frappant le ciel muet de sauvages clameurs,
Tous par les nuits, par les matins, par les vesprées,
Ils venaient au galop des licornes cabrées:
«Nous verrons votre face, exécrables semeurs
Des désirs, des baisers et des larmes humaines;
O voyageurs hagards qui hurlez dans le vent,
Nos bras étoufferont votre souffle vivant
Et nous tuerons en vous nos amours et nos haines.
Si vous ne craignez pas nos glaives, approchez:
Votre rire cruel insulte à nos misères.
O vautours, nous irons vous prendre dans vos aires,
O loups, nous forcerons vos repaires cachés!»
Tous se ruaient: là-haut, sous les sombres ramures,
Les calmes dieux semblaient immobiles et sourds.
Mais brandis par les mains des guerrières, toujours
Les javelots stridents vibraient sur les armures.
Et les héros, vainqueurs de monstres, les tueurs
Des dragons enflammés, des hydres et des stryges
Roulaient honteusement broyés sous les quadriges.
Leurs yeux mi-clos rougis de mourantes lueurs
Convoitaient les seins nus des prêtresses complices
Qui, méprisant leurs cris et leurs râles derniers,
Joyeuses, bondissaient sur les rauques charniers
Et tendaient vers le ciel leurs mains triomphatrices.