L'HOMME

Sans matins blancs et sans étoiles dans la nuit,

A travers le brouillard où soufflait le vent rude,

J'ai cheminé de solitude en solitude

N'ayant pour compagnon que l'immuable ennui.

Derrière les rocs noirs qui portent le ciel triste,

Monotone, la mer invisible pleurait;

Et jusqu'à l'horizon barré par la forêt,

Les maigres tamaris et l'âpre fleur du ciste.

Puis des jours mornes dans le silence des bois

Pesèrent sur mon front en gouttes d'ombre lourde:

Nul bruit d'oiseau qui chante ou de source qui sourde

N'a dissipé l'horreur d'ouïr ma seule voix;

Et ce fut à nouveau la lande grise et plate,

La houle des genévriers et des ajoncs,

Que n'illustra jamais de tragiques rayons

Quelque couchant royal au manteau d'écarlate.

Mais le riche verger m'attend. O treilles d'or,

Saurai-je encor saisir vos grappes immortelles,

Les mains lasses d'avoir cueilli des asphodèles

Et de sombres pavots qui conseillent la mort?

La lyre héroïque et dolente · 第 50 / 136 题