I. _DE SABLE ET D'OR._

L'HOMME songe dans le soir somptueux et morne; à la balustrade croulante

de la vieille demeure, il s'est accoudé solitairement et ses yeux, qui

depuis des mois et des années n'ont plus reflété que les choses

silencieuses, regardent au loin, dans les plaines assombries, s'étager

les villes où des foules inconnues aiment, bataillent, agonisent et

s'évanouissent comme des fumées.

Ici le roc que nul printemps n'a paré, cime triste abreuvée jadis par le

sang des victimes, alors que les dieux stupides se gorgeaient de

sacrifices, cime cruelle où les roses d'Avril n'ont jamais souri, où les

sources n'ont pas pleuré doucement la mort future des fleurs vouées au

vieillard qui les emporte, quand vient l'automne.

L'HOMME songe dans le soir somptueux et morne; tandis que le ciel

flamboie d'une plus rouge gloire et que l'or insultant les ténèbres

enrichit ses prunelles, des bûchers tragiques s'effondrent et l'âme

déserte est envahie par un tumulte de chevauchée; tourbillons de fer,

gueules hurlantes, éclairs de glaive, chevelures et crinières

confondues, la horde passe dans sa pensée.

Et l'HOMME se détourne du spectacle éclatant; ailleurs la terrasse est

interrompue: les pesantes eaux d'un lac sans fond baignent de leur

horreur immobile la roche qui disparaît dans le vertige de l'abîme.

Maintenant l'HOMME marche, les yeux ivres de nuit, vers le lac d'ombre

monotone et sa voix lassée frôle de lentes paroles les ondes

sépulcrales, les ondes épaisses qui ne frissonnent pas.

La lyre héroïque et dolente · 第 29 / 136 题