Dans un premier article, nous avons, la semaine dernière, jeté un coup
d'oeil sur le troisième volume de l'_Histoire de France_, de M. Guizot,
qui commence avec François 1er pour finir avec Henri IV. Deux mots la
résument: Renaissance et Réforme. Curieuse époque marquée au sceau du
fanatisme religieux, et dont toutes les pages sont tachées de sang. Nous
avons dit un mot de ces pieuses horreurs. N'y revenons pas. Aussi bien
si l'auteur, en ce tome troisième, évoque bien des figures odieuses, il
nous en montre aussi d'autres qui appellent d'elles-mêmes et captivent
le regard. Parmi ces dernières brille en première ligne celle de
Rabelais, cet illustre bohème qui passa les deux tiers de sa vie à
courir le monde, s'arrêtant le temps seulement d'écrire les célèbres
chroniques que l'on sait, et qui fut non-seulement l'écrivain le plus
original et le plus éminent de la première moitié du XVIe siècle, mais
encore sa personnification la plus vivante et la plus vraie. Une
[Illustration: Henri de Guise parcourant les rues de Paris après le
massacre de la Saint-Barthélémy.]
[Illustration: HENRI III ET SES MIGNONS.]
autre figure, grande aussi et particulièrement sympathique et
intéressante est celle de cette gracieuse reine de Navarre, soeur de
François 1er, Marguerite de
[Illustration: Marguerite de Valois.]
Valois qui avait, comme l'a dit Marot, «corps féminin, coeur d'homme et
tête d'ange». Mais ce qui la fait tant et de si loin briller à nos yeux,
c'est la supériorité de son esprit, son excessive bonté, son amour pour
la poésie, la protection généreuse et intelligente qu'elle accorda, elle
catholique, à la réforme. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner des
soupçons d'hérésie qui planèrent sur elle, et, à parler franchement, je
crois bien qu'au fond elle était un peu hérétique, il est encore une
chose digne de remarque, c'est qu'au XVIe siècle, où comme dit Anquetil,
les femmes de la cour étaient un objet de scandale, Marguerite pouvait
passer pour une vertu, à quelques peccadilles près que nous ont fait
connaître la muse indiscrète de Marot qu'elle aima, et cette _mauvaise
langue_ de Brantôme. La Marguerite des marguerites eut toujours pour son
frère une affection profonde qui, approchant de la faiblesse, s'étendit
parfois jusque sur ses maîtresses. Ce fut elle-même qui orna de devises
les bagues données par François à la belle comtesse de Chateaubriand,
laquelle fut plus reine que Claude-la-Bonne avant la bataille de Pavie,
ce qui ne l'empêcha pas, si l'on en croit Varillas, de mourir fort
tragiquement, le roi l'ayant abandonnée à son retour. Il nous reste des
ouvrages de la reine de Navarre soixante-douze contes que l'on
[Illustration: Hérétiques condamnés au feu et brûlés en 1546 au grand
marché de Meaux.]
attribue en partie à ses amis; le _Miroir de l'âme pécheresse_ les
_marguerites de la Marguerite des princesses_, pièces recueillies par
Sylvius de la Haie; quelques mystères, des farces, une pièce de vers sur
la captivité de son frère, enfin le _Débat d'amour_ qu'elle composa à
l'âge de cinquante ans et qui n'a pas été imprimé.