AMI LECTEUR,

J'ai ouï dire que rien ne fait tant de plaisir à un auteur que de voir

ses ouvrages cités par d'autres avec respect. Juge d'après cela combien

je dus être content de l'aventure que je vais te raconter.

J'arrêtai dernièrement mon cheval dans un endroit où il y avait beaucoup

de monde assemblé pour une vente à l'enchère. L'heure n'étant pas encore

venue, l'on causait de la dureté des temps. Quelqu'un, s'adressant à un

bon vieillard en cheveux blancs et assez bien mis, lui dit: «Et vous,

père Abraham, que pensez-vous de ce temps-ci? Ces lourds impôts ne

vont-ils pas tout à fait ruiner le pays? Comment ferons-nous pour

les payer? Que nous conseilleriez-vous?»--Le père Abraham attendit un

instant, puis répondit: «Si vous voulez avoir mon avis, je vais vous

le donner en peu de mots, car _un mot suffit au sage_, comme dit le

bonhomme Richard.» Chacun le priant de s'expliquer, l'on fit cercle

autour de lui, et il poursuivit en ces termes:

«Mes amis, les impôts sont, en vérité, très-lourds, et pourtant, si ceux

du gouvernement étaient les seuls à payer, nous pourrions encore nous

tirer d'affaire; mais il y en a bien d'autres et de bien plus onéreux

pour quelques-uns de nous. Nous sommes cotés pour le double au moins par

notre paresse, pour le triple par notre orgueil, pour le quadruple par

notre étourderie, et, pour ces impôts-là, le percepteur ne peut nous

obtenir ni diminution ni délai; cependant tout n'est pas désespéré, si

nous sommes gens à suivre un bon conseil: _Aide-toi, le Ciel t'aidera_,

dit le bonhomme Richard.

I. «On regarderait comme un gouvernement insupportable celui qui

exigerait de ses sujets la dixième partie de leur temps pour son

service; mais la paresse est bien plus exigeante chez la plupart d'entre

nous. L'oisiveté, qui amène les maladies, raccourcit beaucoup la vie.

_L'oisiveté, comme la rouille, use plus que le travail; la clef est

claire tant que l'on s'en sert_, dit le bonhomme Richard.--_Vous aimez

la vie_, dit-il encore: _ne perdez donc pas le temps, car c'est l'étoffe

dont la vie est faite_. Combien de temps ne donnons-nous pas au sommeil

au delà du nécessaire, oubliant que _renard qui dort ne prend pas de

poule_, et que _nous aurons le temps de dormir dans la bière_, comme dit

le bonhomme Richard.

«Si le temps est le plus précieux des biens, _la perte du temps_, comme

dit le bonhomme Richard, _doit être la plus grande des prodigalités_. Il

nous dit ailleurs: _Le temps perdu ne se retrouve plus;--assez de temps

est toujours trop court_. Ainsi donc, au travail, et pour cause! de

l'activité! et nous ferons davantage avec moins de peine. _L'oisiveté

rend tout difficile; le travail rend tout aisé;--celui qui se lève

tard traîne tout le jour, et commence à peine son ouvrage à la

nuit.--Fainéantise va si lentement, que pauvreté l'atteint tout de

suite.--Pousse les affaires, et qu'elles ne te poussent pas.--Se coucher

tôt, se lever tôt, donnent santé, richesse et sagesse_, comme dit le

bonhomme Richard.

«Et que signifient ces souhaits et cet espoir d'un temps meilleur?

Nous ferons le temps meilleur, si nous savons nous remuer nous-mêmes.

_Activité n'a que faire de souhaits; qui vit d'espoir mourra de

faim;--point de gain sans peine.--Il faut m'aider de mes mains, faute de

terres, ou, si j'en ai, elles sont écrasées d'impôts;--un métier est

un fonds de terre, une profession est un emploi qui réunit honneur et

profit_; mais il faut travailler à son métier et suivre sa profession,

sans quoi ni le _fonds_, ni l'_emploi_ ne nous mettront en état de

payer l'impôt. Si nous sommes laborieux, nous n'aurons pas à craindre la

disette; car _la faim regarde à la porte du travailleur; mais elle n'ose

pas y entrer_. Les commissaires et les huissiers n'y entreront pas non

plus; _car l'activité paye les dettes, tandis que le découragement les

augmente_. Il n'est que faire que vous trouviez un trésor ni qu'il vous

arrive un riche héritage. _Activité est mère de prospérité, et Dieu ne

refuse rien au travail_. Ainsi donc, labourez profondément pendant

que les paresseux dorment, et vous aurez du blé à vendre et à garder.

Travaillez pendant que c'est aujourd'hui, car vous ne savez pas combien

vous en serez empêché demain. _«Un aujourd'hui» vaut deux «demain,»_

comme dit le bonhomme Richard; et encore: _Ne remets jamais à demain

ce que tu peux faire aujourd'hui._ Si vous étiez au service d'un bon

maître, ne seriez-vous pas honteux qu'il vous surprît les bras croisés?

Mais vous êtes votre propre maître. Rougissez donc de vous surprendre

à rien faire, quand il y a tant à faire, pour vous-même, pour votre

famille, pour votre pays. Prenez vos outils sans mitaines, souvenez-vous

que _chat ganté ne prend pas de souris_, comme dit le bonhomme Richard.

Il est vrai qu'il y a beaucoup de besogne et peut-être avez-vous le

bras faible; mais tenez ferme, et vous verrez des merveilles, car, _à la

longue, les gouttes d'eau percent la pierre;--avec de l'activité et de

la patience, la souris coupe le câble;--les petits coups font tomber de

grands chênes_.

«Je crois entendre quelqu'un de vous me dire: «Mais ne peut-on se donner

un instant de loisir?» Je te dirai, mon ami, ce que dit le bonhomme

Richard: _Emploie bien ton temps, si tu songes à gagner du loisir;

et puisque tu n'es pas sûr d'une minute, ne perds pas une heure._ Le

loisir, c'est le moment de faire quelque chose d'utile; ce loisir,

l'homme actif l'obtiendra, mais le fainéant, jamais; car _une vie de

loisir et une vie de fainéantise sont deux.--Bien des gens voudraient

vivre sans travailler, sur leur seul esprit; mais ils échouent faute

de fonds_. Le travail, au contraire, amène à sa suite les aises,

l'abondance, la considération.--_Fuyez les plaisirs et ils courront

après vous_.--_La fileuse diligente ne manque pas de chemises_;--_à

présent que j'ai vache et moutons, chacun me donne le bonjour_.

II. «Mais indépendamment de l'amour du travail, il nous faut encore

de la stabilité, de l'ordre, du soin, et veiller à nos affaires de nos

propres yeux, sans nous en rapporter tant à ceux des autres; car,

comme dit le bonhomme Richard, _je n'ai jamais vu venir à bien arbre ou

famille changés souvent de place_; et encore: _trois déménagements sont

pires qu'un incendie_. Puis ailleurs: _garde ta boutique et ta boutique

te gardera_. Et ailleurs encore: _si vous voulez que votre besogne soit

faite, allez-y; si vous voulez qu'elle ne soit pas faite, envoyez-y_.

Le bonhomme dit aussi: _Celui qui par la charrue veut s'enrichir, de sa

main doit la tenir_; et ailleurs: _l'oeil du maître fait plus d'ouvrage

que ses deux mains_;--_faute de soin fait plus de tort que faute de

science_;--_ne pas surveiller vos ouvriers, c'est leur livrer votre

bourse ouverte_. Le trop de confiance est la ruine de plusieurs: _dans

les choses de ce monde, ce n'est pas la foi qui sauve, mais le doute_.

Le soin que l'on prend soi-même est celui qui fructifie le mieux; _car,

si vous voulez avoir un serviteur fidèle et qui vous plaise, servez-vous

vous-même. Grand malheur naît parfois de petite négligence. Faute d'un

clou, le fer du cheval se perd; faute d'un fer, on perd le cheval; faute

d'un cheval, le cavalier est perdu_, parce que son ennemi l'atteint et

le tue: le tout, faute d'attention au clou d'un fer à cheval.

III. «C'en est assez, mes amis, sur l'activité et l'attention à nos

propres affaires; il faut y ajouter l'économie, si nous voulons assurer

le succès de notre travail. Un homme, s'il ne sait pas mettre de côté à

mesure qu'il gagne, aura toute la vie le nez sur la meule et mourra sans

le sou.--_A cuisine grasse, testament maigre_. Bien des fonds de terre

s'en vont à mesure qu'ils viennent, depuis que les femmes oublient pour

le thé le rouet et le tricot; depuis que les hommes laissent, pour le

punch, la scie ou le rabot. Si vous voulez être riche, apprenez à mettre

de côté pour le moins autant qu'à gagner. _L'Amérique n'a pas enrichi

l'Espagne_, parce que ses dépenses ont toujours dépassé ses recettes.

«Laissez là toutes vos folies dispendieuses, et vous n'aurez plus tant à

vous plaindre de la dureté des temps, de la pesanteur de l'impôt et des

charges du ménage; car _les femmes et le vin, le jeu et la mauvaise

foi, font petites les richesses et grands les besoins_; et, comme le

dit ailleurs le bonhomme Richard, _un vice coûte plus à nourrir que deux

enfants_.

«Vous pensez peut-être qu'un peu de thé, un peu de punch de temps à

autre, un plat un peu plus recherché, des habits un peu plus brillants,

une partie de plaisir par-ci, par-là, ne tirent pas à conséquence; mais

souvenez-vous que _les petits ruisseaux font les grandes rivières_.

Défiez-vous des petites dépenses. _Il ne faut qu'une petite fente pour

couler à fond un grand navire_, dit le bonhomme Richard.--_Les gens

friands seront mendiants_;--_les fous font la noce et les sages la

mangent_.

«Vous voilà tous assemblés ici pour acheter des colifichets et des

babioles: vous appelez cela des _biens_; mais si vous n'y prenez garde,

cela pourra être des _maux_ pour plusieurs d'entre vous. Vous comptez

qu'ils seront vendus bon marché, et peut-être seront-ils en effet vendus

au-dessous du prix courant; mais si vous n'en avez que faire, ils

seront encore trop chers pour vous. Rappelez-vous ce que dit le bonhomme

Richard: _Achète ce qui t'est inutile, et tu vendras, sous peu, ce qui

t'est nécessaire_. Il dit encore: _Réfléchis bien avant de profiter du

bon marché_; nous faisant entendre que le _bon marché_ n'est peut-être

qu'apparent, ou que l'achat, par la gêne qu'il amène, nous fera plus de

mal que de bien; car il dit dans un autre endroit: _Les bons marchés ont

ruiné nombre de gens_; et ailleurs: _c'est une folie que d'employer son

argent à acheter un repentir_. Et cependant cette folie se renouvelle

chaque jour dans les ventes, faute de penser à l'Almanach. Combien

pour la parure de leurs épaules ont fait jeûner leur ventre, et presque

réduit leur famille à mourir de faim! _Soie et satin, écarlate et

velours, éteignent le feu de la cuisine_, dit le bonhomme Richard; loin

d'être les _nécessités_ de la vie, ils en sont à peine les _commodités_,

et pourtant, parce qu'ils brillent à la vue, combien de gens s'en font

un besoin! Par ces extravagances et autres semblables, les gens du

bel air sont réduits à la pauvreté et forcés d'emprunter à ceux qu'ils

méprisaient auparavant, mais qui se sont maintenus par l'activité et

l'économie; ce qui prouve qu'_un laboureur sur ses pieds est plus grand

qu'un gentilhomme à genoux_, comme dit le bonhomme Richard. Peut-être

avaient-ils reçu quelque petit héritage sans savoir comment cette

fortune avait été acquise: «_Il est jour_, pensaient-ils, _il ne sera

jamais nuit_; que fait une si mesquine dépense sur une telle somme?»

Mais, _à force de puiser à la huche sans y rien mettre, on en trouve le

fond_, comme dit le bonhomme Richard; et c'est alors, _c'est quand le

puits est à sec, que l'on sait le prix de l'eau_. Mais, direz-vous,

c'est ce qu'ils auraient su plus tôt, s'ils avaient suivi le conseil

du bonhomme Richard: «_Voulez-vous savoir le prix de l'argent, allez et

essayez d'en emprunter_.» Qui va à l'emprunt cherche un affront; et de

fait, il en arrive autant à celui qui prête à certaines gens, quand il

veut rentrer dans ses fonds.

«Le bonhomme Richard nous avertit et nous dit: _L'orgueil de la parure

est une vraie malédiction; avant de consulter votre fantaisie, consultez

votre bourse_. Il nous dit aussi: _L'orgueil est un mendiant qui crie

aussi haut que le besoin et avec bien plus d'effronterie_. Avez-vous

fait emplette d'une jolie chose, il vous en faut acheter dix autres,

pour que vos acquisitions anciennes et nouvelles ne jurent pas entre

elles. Aussi, dit le bonhomme Richard, _il est plus aisé de réprimer

le premier désir que de contenter tous ceux qui suivent_. Le pauvre qui

singe le riche est véritablement aussi fou que la grenouille qui s'enfle

pour égaler le boeuf en grosseur. _Les grands vaisseaux peuvent risquer

davantage, mais les petits bateaux ne doivent pas s'écarter du rivage_.

«Au surplus, les folies de cette nature sont assez vite punies; car,

comme dit le bonhomme Richard: _L'orgueil qui dîne de vanité soupe de

mépris_.--_L'orgueil déjeune avec l'abondance, dîne avec la pauvreté, et

soupe avec la honte_.

«Et que revient-il, après tout, de cette envie de paraître pour laquelle

on a tant de risques à courir et tant de peines à subir? Elle ne peut

conserver un jour de plus la santé, ni adoucir la souffrance. Elle

n'ajoute pas un grain au mérite de la personne; elle éveille la

jalousie, elle hâte le malheur.

«Quelle sottise n'est-ce pas de s'endetter pour de telles superfluités!

Dans cette vente-ci, l'on vous offre _six mois de crédit_, et c'est

peut-être là ce qui a engagé quelques-uns de nous à s'y rendre,

parce que, n'ayant pas d'argent à débourser, nous espérons nous parer

gratuitement. Mais pensez-vous à ce que vous faites en vous endettant?

Vous donnez à autrui pouvoir sur votre liberté. Si vous ne payez pas au

terme fixé, vous rougirez de voir votre créancier; vous tremblerez en

lui parlant: vous inventerez de pitoyables excuses, et, par degrés, vous

arriverez à perdre votre franchise, vous tomberez dans les mensonges les

plus tortueux et les plus vils; car _mentir n'est que le second vice; le

premier est de s'endetter_, dit le bonhomme Richard;--_le mensonge monte

en croupe de la dette_, dit-il encore à ce sujet. Un homme né libre ne

devrait jamais rougir ni trembler devant tel homme vivant que ce soit;

mais souvent la pauvreté efface et courage et vertu.--_Il est difficile

à un sac vide de se tenir debout_. Que penseriez-vous d'un gouvernement

qui vous défendrait par un édit de vous habiller comme un grand seigneur

ou comme une grande dame, sous peine de prison ou de servitude? Ne

direz-vous pas que vous êtes libres; que vous avez le droit de vous

habiller comme bon vous semble; qu'un tel édit est un attentat formel

à vos priviléges, qu'un tel gouvernement est tyrannique?--et cependant

vous consentez à vous soumettre à une tyrannie semblable, dès l'instant

où vous vous endettez _pour briller_! Votre créancier est autorisé à

vous priver, selon son bon plaisir, de votre liberté, en vous confinant

pour la vie dans une prison, ou bien en vous vendant comme esclave si

vous n'êtes pas en état de le payer. Quand vous avez fait votre marché,

peut-être ne songiez-vous guère au payement; mais, comme dit le bonhomme

Richard, _les créanciers ont meilleure mémoire que les débiteurs_.--_Les

créanciers_, dit-il encore, _forment une secte superstitieuse,

observatrice des jours et des temps_. Le jour de l'échéance arrive avant

que vous l'ayez vu venir, et l'on monte chez vous avant que vous soyez

en mesure; ou bien, si votre dette est présente à votre esprit, le

terme, qui vous avait d'abord paru si long, vous paraîtra bien peu de

chose à mesure qu'il s'accourcit; vous croirez que le temps s'est mis

des ailes aux talons comme aux épaules.--_Le carême est bien court pour

qui doit payer à Pâques_.

«Peut-être vous croyez-vous à ce moment en position de faire, sans

préjudice, quelques petites extravagances; mais alors épargnez, pendant

que vous le pouvez, pour le temps de la vieillesse et du besoin.--_Le

soleil du matin ne brille pas tout le jour_. Le gain est passager

et incertain; mais la dépense sera, toute votre vie, continuelle et

certaine; et _il est plus aisé de bâtir deux cheminées que d'en tenir

une chaude_, comme dit le bonhomme Richard; _ainsi_, ajoute-t-il, _allez

plutôt vous coucher sans souper que de vous lever avec une dette. Gagnez

ce que vous pouvez, et tenez bien ce que vous gagnez: voilà la pierre

qui changera votre plomb en or_; et quand vous posséderez cette pierre

philosophale, soyez sûrs que vous ne vous plaindrez plus de la dureté

des temps ni de la difficulté à payer l'impôt.

IV. «Cette doctrine, mes amis, est celle de la raison et de la

sagesse; n'allez pas cependant vous confier uniquement à l'activité, à

l'économie, à la prudence, bien que ce soient d'excellentes choses. Car

elles vous seraient tout à fait inutiles sans la bénédiction du Ciel.

Demandez donc humblement cette bénédiction, et ne soyez pas sans

charité pour ceux qui paraissent en avoir besoin présentement, mais

_consolez-les et aidez-les_. N'oubliez pas que Job fut bien misérable,

et qu'ensuite il redevint heureux.

«Et maintenant, pour terminer: _l'expérience tient une école qui coûte

cher; mais c'est la seule où les insensés puissent s'instruire_, comme

dit le bonhomme Richard, et encore n'y apprennent-ils pas grand'chose.

Il a bien raison de dire que _l'on peut donner un bon avis, mais non

la conduite_. Toutefois, rappelez-vous ceci: _qui ne sait pas être

conseillé, ne peut être secouru_; et puis ces mots encore: _si vous

n'écoutez pas la raison, elle ne manquera pas de vous donner sur les

doigts_, comme dit le bonhomme Richard.»

Le Vieillard finit ainsi sa harangue. On l'avait écouté; on approuva ce

qu'il venait de dire et l'on fit sur-le-champ le contraire, précisément

comme il arrive, aux sermons ordinaires; car la vente s'ouvrit et chacun

enchérit de la manière la plus extravagante.--Je vis que ce brave homme

avait soigneusement étudié mes Almanachs et digéré tout ce que j'avais

dit sur ces matières pendant vingt-cinq ans. Les fréquentes citations

qu'il avait faites eussent fatigué tout autre que l'auteur cité; ma

vanité en fut délicieusement affectée, bien que je n'ignorasse pas

que, dans toute cette sagesse, il n'y avait pas la dixième partie

qui m'appartînt et que je n'eusse glanée dans le bon sens de tous les

siècles et de tous les pays. Quoi qu'il en soit, je résolus de mettre

cet écho à profit pour moi-même; et, bien que d'abord je fusse décidé

à m'acheter un habit neuf, je me retirai, déterminé à faire durer le

vieux.

Ami lecteur, si tu peux en faire autant, tu y gagneras autant que moi.

CONSEILS

POUR FAIRE FORTUNE

PAR FRANKLIN

I

Vie de Franklin · 第 21 / 46 题