--Oui, je m'en vais. C'est ce que vous voulez, hein?... Et je ne suis
pas près de remettre les pieds chez vous... C'est égal, Barbier, vous
n'avez pas été long à changer votre fusil d'épaule... Moi, je joue franc
jeu. Vous entendez? Je ne tourne pas casaque, moi!
Et il sort, en faisant claquer la porte.
--Il n'y avait qu'à l'expédier, dit mon père en se frottant les mains.
Avez-vous jamais vu un animal pareil! Et il croyait nous faire peur...
Il n'a jamais coupé cinq bras à deux Suisses, peut-être... Qu'est-ce que
vous dites de ça, monsieur Merlin?
--Je dis que c'est une belle chose qu'une conviction solide.
--Certainement, appuie M. Legros. On est républicain ou on ne l'est pas.
Le père Merlin sourit. Mon père, qui ne m'a pas vu entrer, m'aperçoit.
--Tu étais là? Qu'est-ce que tu fais?
--Papa, j'ai appris tout à l'heure qu'on a aperçu les Prussiens à Ablon.
Je venais te le dire.
--A Ablon! s'écrie M. Beaudrain. Diable de diable!
Et il sort une carte du département qu'il porte toujours sur lui.
--Tenez! là!
Toutes les têtes se penchent.
--En face Villeneuve-Saint-Georges, dit M. Legros. Mais ils ont la Seine
à traverser. On va leur disputer le passage, j'espère. Ah! si tout le
monde fait son devoir...