JOHN BELL =ouvre la porte de sa femme avec force.=

Mistress Bell! venez ici.

* * * * *

Ce sophisme chattertonien admis, quelle admirable et naturelle

exposition en action de la pièce et des caractères! comme le malheur

du jeune homme, comme la gracieuse pitié des enfants, comme

l'oppression des ouvriers, comme l'orgueil satisfait et en règle du

bourgeois riche de son travail, font pressentir ce qui va se passer en

mettant le coeur du spectateur en complicité avec l'auteur! Il n'y a

pas un plus habile début de drame dans Molière lui-même. On voit que

M. de Vigny a aiguisé sa lame à loisir et que le coup portera.

Chatterton, pâli par les études d'une longue nuit d'insomnie, paraît.

Le deuxième acte est simple et naïf, d'un effet immense et cependant

sans événement. Il y a dans la maison un vieux médecin quaker, ami de

Chatterton, protecteur de Mme Kitty Bell, femme du bourgeois.

Chatterton, en se promenant avec son ami le quaker, rencontre quelques

jeunes lords; revoyant lord Talbot, un de ses camarades de collége, il

craint d'en être reconnu et manifeste au quaker ses sinistres

pressentiments. En effet lord Talbot et ses amis entrent quelques

moments après chez M. et Mme Bell, ils ont à demi-voix un entretien

railleur avec Chatterton; s'étonnant de le trouver logé si pauvrement,

ils devinent qu'il aime la femme innocente du bourgeois. Le bourgeois

ne s'alarme pas trop de ces insinuations. Il espère que l'amitié de

Chatterton lui vaudra la faveur de cette riche et puissante cohue de

grands seigneurs. Il les invite à souper. Kitty Bell parle pour la

première fois à son hôte, qu'elle croit riche aussi maintenant, et le

prie de prendre un appartement plus convenable à sa fortune. Je suis

_ouvrier en livres_: _cet atelier me suffit_, répond-il. Elle se

retire; Chatterton délibère avec le quaker à la manière de Werther

avec Charlotte. Le suicide transpire dans tous ses mots. Le quaker,

après sa demi-confidence, jette des soupçons dans l'âme pure de Kitty

Bell.

L'acte IIIe n'est au commencement qu'un long et sublime monologue de

Chatterton s'efforçant à travailler dans sa chambre froide. Nous le

donnons ici tout entier comme un chef-d'oeuvre de la douleur, le

voici:

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 136 / 254 题