I.

De tous les hommes qui ont illustré leur nom dans les oeuvres de

l'esprit, le Tasse est peut-être celui dont la vie et l'oeuvre se

confondent le mieux dans une conformité plus complète. Son oeuvre est

un poëme, sa vie une poésie: en lui naissance, patrie, nature, génie,

vie, amour, infortune et mort, tout est d'un poëte. On ne sait, quand

on le lit, si c'est l'homme qui est le poëme ou si c'est le poëme qui

est l'homme. Nous allons écrire son histoire le plus poétiquement

aussi que nous le pourrons; d'une main qui dans un autre âge écrivit

des vers; mais nous n'ajouterons aucune circonstance ou aucune couleur

imaginaire à la merveilleuse vérité de ce récit. Les études de vingt

ans d'un de ces hommes studieux que l'enthousiasme attache aux grandes

renommées avec une sorte de piété littéraire comme la curiosité

attache certains érudits à la pierre sépulcrale des vieilles tombes

pour déchiffrer des épitaphes, M. Black, et nos propres recherches en

Italie pendant de longues années de loisir, nous ont révélé sur la vie

aventureuse et mystérieuse du Tasse tout ce qui avait été jusqu'ici

énigme, conjecture ou préjugé historique. Ce récit en sera peut-être

moins romanesque, mais quel roman eut jamais l'intérêt de la vérité?

M. Black, guidé par la vie du Tasse, écrite en 1600 par le marquis

Manso, qui avait connu et aimé le poëte, et par l'histoire plus

récente de l'abbé Serassi, a suivi trace à trace, dans toutes les

archives et dans toutes les bibliothèques d'Italie, pendant dix ans,

les moindres lueurs de vérité qui pouvaient recomposer le vrai jour

sur la vie de son héros; moi-même, une sorte de piété semblable à une

parenté des âmes m'attira de bonne heure vers ce nom comme un pèlerin

vers un sépulcre. C'est d'un sépulcre en effet que naquit en nous ce

premier culte de mon imagination et de mon coeur pour le chantre de _à

Jérusalem délivrée_.

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 9 / 254 题