AVANT-PROPOS

Cet opuscule est destiné à combler la lacune qui existait entre les

ouvrages sur les règnes de Charles le Simple et de Louis d'Outre-Mer,

parus dans la série des _Annales de l'histoire de France à l'époque

carolingienne_ entreprises sur l'initiative d'Arthur Giry[1]. L'étude

que M.W. Lippert a consacrée à Raoul, dans une thèse écrite et publiée

en Allemagne[2], n'était pas accessible à tous, et, malgré sa très

réelle valeur, devait être rectifiée, modifiée ou complétée sur plus

d'un point, principalement en ce qui concerne la topographie, la

diplomatique et les affaires de Lorraine.

Les identifications des noms de lieux, comme par exemple celles de

_Donincum_ avec Doullens (Somme) et de _Calaus mons_ avec

Chaumont-le-Bois (Côte-d'Or), étaient évidemment à réformer, ainsi que

je l'ai montré dans mes notes des _Annales de Flodoard_. Les

cartulaires n'avaient pas été tous connus, ainsi ceux de Stavelot, de

Saint-Étienne de Limoges; et les chartes de Saint-Hilaire de Poitiers

publiées par Rédet n'avaient pas été utilisées. Plusieurs des

dépouillements relatifs aux éditions des diplômes royaux étaient ou

incomplets ou devenus insuffisants par suite des publications

postérieures. Divers passages d'annales ou de chroniques n'étaient pas

analysés ou commentés d'une manière satisfaisante; enfin certains

textes avaient été omis, comme les _Annales Nivernenses_. Mais ce qui

rendait surtout désirable un nouveau travail, c'était la conception

même du rôle politique de Raoul à l'extérieur, que ni Kalckstein ni

Lippert n'avaient bien nettement dégagé. En Lorraine et dans le

royaume de Provence, ce souverain a visiblement fait des efforts pour

étendre l'influence française et il s'est servi de son frère Boson,

possessionné à la fois dans les vallées de la Meuse et du Rhône, pour

parvenir à ses fins. C'est sous son règne que se pose nettement la

question de savoir si le roi de France succédera ou non aux rois de

Lorraine et de Provence. Les droits incontestables de Raoul sur ce

dernier royaume et sa puissante position en Bourgogne, à proximité de

la Lorraine, semblaient le désigner pour recueillir ces héritages,

mais sa situation même d'adversaire de Charles le Simple, le

descendant direct des Carolingiens, lui fit visiblement un tort

immense à en juger par les résultats obtenus. Ajoutez à cela la lutte

acharnée contre les Normands et l'hostilité de ses propres vassaux.

Tel est le point de vue que nous nous sommes efforcé de mettre

davantage en lumière.

Nous n'avons pas non plus négligé de souligner certains détails de

nature à éclairer un peu des faits enveloppés d'obscurité, ainsi

l'antagonisme entre la famille comtale de Dijon et les Robertiens ou

les causes d'union et de rupture entre Herbert de Vermandois et Hugues

le Grand. On ne s'est occupé des antécédents de Robert Ier ou de la

personnalité et des actes de Charles le Simple que dans la mesure où

cela était nécessaire au récit des événements, M. Eckel ayant déjà

traité à fond ces questions.

Il n'y avait pas ici place pour une bibliographie du genre de celles

qui sont en tête des volumes relatifs à Louis d'Outre-Mer et à Charles

le Simple; elle eût trop ressemblé à ces dernières. Nous avons préféré

mettre à la suite des livres nouveaux, cités en note, les indications

bibliographiques indispensables. Du reste, on s'est efforcé de ne pas

abuser des citations. Ainsi on ne trouvera guère mentionnées les

oeuvres de K. von Kalckstein[3], Lippert, Waitz[4], Eckel[5] et mon

édition des _Annales de Flodoard_[6], auxquelles il eût été facile de

multiplier les renvois. Mais les sources sont toujours indiquées, avec

leurs éditions quand il y a lieu. Je me permettrai de renvoyer, en ce

qui les concerne, à ma bibliographie du _Règne de Louis

d'Outre-Mer_[7], pour tout ce qui pourrait paraître insuffisant[8].

On n'est pas entré non plus dans l'étude diplomatique des actes, qui

trouvera sa place avec l'édition des diplômes royaux dans la

collection des _Chartes et diplômes_ publiée par l'Académie des

Inscriptions et Belles-Lettres, mais on en a naturellement tiré parti

au point de vue historique.

Nous espérons que, malgré ses imperfections, le présent travail pourra

contribuer à faire mieux connaître un moment intéressant dans cette

période mouvementée de la décadence carolingienne et de

l'établissement du régime féodal.

Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois de France (923-936) · 第 8 / 47 题