CXLIII. UTILITÉ RELATIVE

Mais la nuit, bonne conseillère, me fit comprendre que, par simple

courtoisie, je devais obtempérer aux désirs de mon ancienne

maîtresse.

--C'est un billet tiré sur moi, et que je dois payer à l'échéance,

dis-je en me levant.

En achevant de déjeuner, je me rendis chez Dona Placida. Je trouvai une

vieille carcasse enveloppée dans des haillons et couchée sur un grabat

nauséabond. Je lui donnai quelque argent, et le lendemain je la fis

transporter à l'hôpital de la Miséricorde, où elle mourut une

semaine après. On la trouva sans vie, le matin. Elle sortit de

l'existence en se cachant, comme elle y était entrée. Une fois encore,

je me demandai, comme au chapitre LXXV, si c'était pour ce beau

résultat que le sacristain de la cathédrale et la pâtissière avaient

procréé Dona Placida dans un moment de sympathie spécifique. Mais je

pensai aussitôt que sans Dona Placida mes amours avec Virgilia auraient

peut-être été interrompues ou immédiatement brisées, en pleine

effervescence; l'utilité de la vie de Dona Placida avait sans doute

été de les entretenir. Utilité relative, j'en conviens; mais qu'y

a-t-il d'absolu dans ce monde?

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 175 / 193 题