L'épitaphe dit tout. Inutile après cela de narrer la maladie de
Nha-Lolo, sa mort, l'enterrement et le désespoir de la famille. Elle
mourut pendant la première épidémie de fièvre jaune. Je
l'accompagnai jusqu'à sa demeure dernière, et lui dis adieu,
tristement, mais l'œil sec. J'en conclus que peut-être je n'avais pas
pour elle un réel amour.
Voyez maintenant à quel excès peut porter le manque de réflexion. Je
clamai contre l'épidémie, qui, frappant à tort et à travers,
emportait ainsi une jeune fille qui aurait dû être ma femme. Je ne
comprenais nullement la nécessité de l'épidémie, et moins encore la
nécessité de cette mort. Je crois bien qu'elle me parut plus absurde
même que celle de tant d'autres gens. Mais Quincas Borba m'expliqua que
les épidémies, bien que désastreuses pour un certain nombre
d'individus, ont des avantages pour l'espèce. Il me fit remarquer que,
dans leur horreur, elles offrent un notable avantage: la survivance du
plus grand nombre. Il me demanda si, au milieu du deuil général, je
n'éprouvais aucun secret délice d'avoir échappé aux fureurs de la
peste. Mais cette demande était si insensée que je ne jugeai pas
devoir y répondre.
Puisque je ne parle pas de la mort de Nha-Lolo, je passerai aussi sous
silence la messe du septième jour. La tristesse de Damasceno était
profonde. Ce pauvre homme paraissait une ruine. Quinze jours après, je
le rencontrai. Il était toujours inconsolable, et il disait que la
grande douleur qui lui était infligée par Dieu se compliquait encore
de celle que lui avaient infligée les hommes. Il n'ajouta rien de plus.
Mais, trois semaines plus tard, il revint sur le même sujet, et me
confessa qu'au milieu de cet irréparable désastre, il avait espéré
l'appui moral de ses amis. Or douze personnes, presque toutes amis de
Cotrim, avaient accompagné jusqu'au cimetière les restes de sa fille
chérie. Et il avait envoyé quatre-vingts invitations. Je lui fis
observer que, dans presque toutes les familles, il y avait des victimes,
ce qui devait faire excuser ce manque apparent d'égards.
--On m'a abandonné, gémit-il.
Cotrim, qui était présent, objecta:
--Vos vrais amis étaient là. Les autres seraient venus par simple
formalité, et tout le temps ils eussent parlé de l'inertie du
gouvernement, des panacées du droguiste, du prix des maisons, et d'un
tas d'autres choses.
Damasceno l'écouta en silence, secoua une autre fois la tête et
soupira:
--Ils auraient bien pu venir tout de même.