CXXI. EN DESCENDANT LA COLLINE

Au bout de trois mois, tout allait comme sur des roulettes. Le fluide,

Sabine, les jolis yeux de la jeune fille, la bonne volonté du père,

tout cela, dans une même impulsion, me conduisait au mariage. Le

souvenir de Virgilia venait de temps à autre battre à ma porte,

conduit par un diable tout noir, qui me présentait un miroir, dans

lequel je voyais au loin Virgilia baignée de larmes. Mais aussitôt, un

autre diable rose me présentait un second miroir, où se reflétait

l'image de Nha-Lolo, tendre, lumineuse, angélique.

Je ne parle pas du poids des ans, car je ne le sentais pas. J'ajouterai

même que ce poids, je m'en débarrassai un certain dimanche que j'allai

entendre la messe à la chapelle de _Livramento_ avec Nha-Lolo et son

père. Comme Damasceno habitait aux _Cajueiros_, je les accompagnais

souvent à l'église. La collinie. Elle observait, imitait et devinait. En

même temps, elle faisait un effort pour dissimuler la vulgarité de sa

famille. Ce jour-là, l'algarade paternelle l'attrista profondément.

Son abattement était si visible et si expressif que j'en arrivai à

attribuer à Nha-Lolo l'intention positive de séparer dans mon esprit

sa propre cause de celle de l'auteur de ses jours. Ce sentiment me parut

d'une grande élévation. C'était une affinité de plus entre nous.

--Décidément, me dis-je, je vais arracher cette fleur à ce bourbier.

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 148 / 193 题