XCIII. LE DÎNER

Quel supplice, ce dîner!... Heureusement que Sabine me donna pour

voisine de table la fille de Damasceno, Mlle Eulalia ou plus

familièrement Nha-lolo, jeune fille gracieuse et seulement un peu

timide de prime abord. Elle était sans élégance, mais ses yeux

superbes faisaient compensation. Ils n'avaient qu'un tort, celui de ne

se détacher de moi que pour s'abaisser sur son assiette. Et Nha-lolo

mangeait très peu... Après dîner, elle chanta. Sa voix était suave.

Nonobstant le charme, je pris congé. Sabine m'accompagna jusqu'à la

porte et me demanda comment je trouvais la fille de Damasceno.

--Comme ci comme ça.

--Extrêmement sympathique, pas vrai? Il lui manque un peu l'usage du

monde. Mais quel cœur! c'est une perle: ça ferait une si gentille

petite femme pour toi.

--Je n'aime pas les perles.

--Entêté! quand te décideras-tu à faire une fin? Tu commences

pourtant à être mûr. Eh bien! mon cher, que tu le veuilles ou non,

Nha-lolo sera ta femme.

Et ce disant, elle me donnait de petites tapes sur la joue, douce comme

une colombe, mais pourtant intimant et résolue. Grand Dieu! était-ce

là le motif de la réconciliation? Cette idée me contraria. Mais une

voix mystérieuse m'appelait chez Lobo Neves. Je dis adieu à Sabine et

à ses menaces.

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 119 / 193 题