Quel supplice, ce dîner!... Heureusement que Sabine me donna pour
voisine de table la fille de Damasceno, Mlle Eulalia ou plus
familièrement Nha-lolo, jeune fille gracieuse et seulement un peu
timide de prime abord. Elle était sans élégance, mais ses yeux
superbes faisaient compensation. Ils n'avaient qu'un tort, celui de ne
se détacher de moi que pour s'abaisser sur son assiette. Et Nha-lolo
mangeait très peu... Après dîner, elle chanta. Sa voix était suave.
Nonobstant le charme, je pris congé. Sabine m'accompagna jusqu'à la
porte et me demanda comment je trouvais la fille de Damasceno.
--Comme ci comme ça.
--Extrêmement sympathique, pas vrai? Il lui manque un peu l'usage du
monde. Mais quel cœur! c'est une perle: ça ferait une si gentille
petite femme pour toi.
--Je n'aime pas les perles.
--Entêté! quand te décideras-tu à faire une fin? Tu commences
pourtant à être mûr. Eh bien! mon cher, que tu le veuilles ou non,
Nha-lolo sera ta femme.
Et ce disant, elle me donnait de petites tapes sur la joue, douce comme
une colombe, mais pourtant intimant et résolue. Grand Dieu! était-ce
là le motif de la réconciliation? Cette idée me contraria. Mais une
voix mystérieuse m'appelait chez Lobo Neves. Je dis adieu à Sabine et
à ses menaces.