Je n'en finirais pas si je voulais conter tout au long ce que je
souffris pendant les premières heures. J'oscillais entre des impulsions
diverses. La pitié me poussait à aller trouver Virgilia, et un autre
sentiment, l'égoïsme, peut-être, m'ordonnait de rester. Ces deux
forces avaient, je crois, la même intensité; elles m'investissaient en
même temps et se faisaient équilibre, avec une égale ardeur, et
aucune ne cédait définitivement. Parfois, je sentais une pointe de
remords. Il me semblait que j'abusais de la faiblesse d'une femme
aimante et coupable, sans rien risquer de moi-même. Mais quand je me
sentais prêt à capituler, l'amour revenait avec ses conseils
égoïstes, et je demeurais irrésolu et inquiet, désireux de la voir,
et craignant que sa vue ne me poussât à partager avec elle la
responsabilité de la solution.
Je trouvai enfin un moyen terme entre l'égoïsme et la pitié. J'irais
la voir chez elle, rien que chez elle, sans qu'il me soit possible de
lui parler, et dans l'attente de l'effet de mon intimation. De la sorte,
je jugeais pouvoir concilier les deux forces. Mais en écrivant ces
lignes, je vois bien que cette compromission était une farce, et que la
pitié était encore une forme de l'égoïsme, et que ma résolution
d'aller consoler Virgilia n'était, au fond, qu'une suggestion de ma
propre souffrance.