LXXV. RÉFLEXIONS

Si quelqu'un de mes lecteurs a sauté le chapitre précédent, je

l'avise qu'il est nécessaire d'en prendre connaissance pour comprendre

les réflexions que je fis dès que Dona Placida fut sortie de la salle.

--Ainsi, me dis-je, le sacristain de la cathédrale vit un jour, tandis

qu'il servait la messe, entrer une dame qui devait être sa

collaboratrice dans l'œuvre de procréation de Dona Placida. Il la

revit pendant des semaines, l'aima, et tout en allumant les candélabres

aux jours de fête, il lui faisait sans doute du pied sous les chaises.

Il lui plut et il s'unirent. De cet échange de banale luxure naquit

Dona Placida. Il est à supposer qu'elle ne parlait pas en venant au

monde; sinon, elle eût pu dire aux amateurs de ses jours: «Me voici:

pourquoi m'avez-vous fait venir?» Et le sacristain et la _sacristaine_

de lui répondre: «Nous t'avons fait venir pour que tu te brûles les

doigts aux chaudrons, les yeux à la couture, que tu manges mal ou pas

du tout, que tu ailles à l'aventure, malade un jour, bien portante le

lendemain, puis de nouveau malade et de nouveau guérie, triste ou

désespérée, puis résignée à ton sort, mais toujours les mains au

chaudron et les doigts à la couture, jusqu'au moment où tu finiras

dans la boue ou sur un lit d'hôpital. Voilà pourquoi nous t'avons fait

venir dans un moment de sympathie.»

Mémoires Posthumes de Braz Cubas · 第 100 / 193 题