LA FOI EST UNE GRACE A LA PORTÉE DE TOUS

1. Promesse du Christ universelle.--2. Vérités qu’il est indispensable

de croire.--3. Elles sont accessibles aux plus déshérités.

1.--Promesse du Christ universelle.

Est-ce donc assez de nos bons désirs, de nos efforts d’intelligence et

de volonté pour produire un acte de foi? Non, s’il s’agit d’un acte de

foi surnaturel, par lequel, en adhérant à une vérité révélée, sur la

parole même de Dieu, nous méritons sa faveur et coopérons à notre

justification. Il faut absolument qu’un secours extraordinaire du ciel,

la grâce, intervienne alors pour illuminer notre intelligence, fortifier

notre volonté et hausser leurs actes au-dessus de la sphère naturelle.

Ce concours tout gratuit de Dieu, qui transforme nos œuvres et leur

donne un éclat et une valeur en quelque sorte infinis, nous fait-il

défaut, nous ne pouvons rien pour mériter ou conserver l’amitié divine;

car la vie dont la grâce est le principe surpasse d’autant la vie de

l’intelligence que cette dernière surpasse la vie des sens, et la vie

des sens la matière inanimée: «_Sine me, nihil potestis facere._ Sans

moi, vous ne pouvez rien.» (Jo., XV, 5.)

Heureusement, en nous rappelant que nous avons besoin de lui,

Notre-Seigneur affirme aussi que son secours ne nous fera jamais défaut;

il n’est pas d’homme qui ne puisse dire, comme l’apôtre: «Je puis tout

en celui qui me fortifie.»

La foi surnaturelle est donc indispensable au salut; d’autre part,

personne n’y parvient par ses seules forces; il y faut, avec le bon

vouloir, un secours particulier de Dieu, secours que nul effort humain,

s’il n’écoutait que sa justice, ne pourrait lui arracher.

Mais, voici surgir une formidable difficulté, qui de tout temps a été

pour les âmes faibles une cause de scandale. N’est-on pas en droit de

nous dire: Nous comprenons que ceux qui vivent au milieu des nations

chrétiennes, et qui cherchent la vérité religieuse d’une volonté droite

et d’un cœur pur, parviennent tôt ou tard à la foi. Nous croyons sans

peine que Dieu leur prodiguera les grâces de lumière et de force dont

elles ont besoin et leur offrira mille occasions de connaître la

révélation et de se convertir.

Mais tournez-vous maintenant vers ce nombre prodigieux d’âmes sur qui ne

tombe aucun rayon de la révélation. Il serait étrange que, parmi elles,

il ne s’en trouvât point de bonne foi. Eh bien, comment ces déshéritées

arriveront-elles à croire? Dieu se révélera-t-il quelque jour à elles

dans une mesure suffisante pour qu’elles soient sauvées? Montrez-nous

au-dessus de leur tête l’étoile envoyée jadis aux mages, et les anges

dépêchés vers les bergers pour les conduire au berceau de l’Enfant-Dieu.

Non, notre Dieu n’est pas comme celui du déiste, «un Dieu mort», ou,

selon l’expression de Scherer, «un machiniste caché dans les nuages»,

impuissant à secourir ceux qui l’invoquent. Il ne coopère pas seulement

à l’évolution des êtres qu’il a créés; sa providence surnaturelle suit

d’un œil miséricordieux toutes les âmes capables d’y correspondre.

Que tous les hommes soient sauvés, tel est le désir de Dieu cent fois

exprimé dans les saintes Écritures. «Il ne veut pas la mort du pécheur,

mais sa conversion.»--«Sa volonté formelle est que sur la tête de tous

les hommes brille la lumière libératrice, et qu’ils soient sauvés.» (I

Timoth., II, 4.) Fidèle aux instructions de son fondateur, l’Église

répète, après lui, qu’il est mort pour sauver tout le genre humain; elle

frappe d’anathème ceux qui, avec Calvin et Jansénius, veulent rétrécir

les bras de Jésus en croix et ne leur faire embrasser que les seuls

élus.

2.--Vérités qu’il est indispensable de croire.

En nous ouvrant par son sang le royaume des cieux, le Christ respecte

notre liberté. Il veut que nous répondions à ses avances. Et pour nous

en tenir ici aux limites fixées par notre sujet, il exige de tous les

hommes deux conditions, qu’il est toujours possible de remplir: c’est

d’abord de ne mettre aucun obstacle volontaire à la grâce, qui se fraie

un chemin vers toutes les âmes de bonne volonté; et puis, de faire, avec

le secours divin, un acte de foi à quelques vérités suprêmes.

Car il y a des vérités qu’il est indispensable de croire pour être

sauvé: _Sine fide impossibile est placere Deo_ (Hebr. XI, 6). Le cercle

des vérités qu’il faut croire d’une foi _explicite_ n’est pas le même

pour tous les hommes. Il s’élargit ou se resserre selon le degré

d’instruction du croyant et les facilités dont il dispose pour l’étendre

et le compléter.

Quel est le minimum, condition indispensable, mais suffisante aux yeux

de Dieu pour le salut d’une personne, qui vit involontairement en dehors

de la religion chrétienne?--Il lui suffit, pensons-nous, de croire en un

Dieu rémunérateur, c’est-à-dire en un Dieu qui se communique aux âmes

par des moyens à lui connus, punit les méchants dans sa justice,

pardonne au pécheur qui l’implore et se repent, et récompense les bons

dans son infinie miséricorde.

En parlant ainsi, nous exprimons un sentiment, qui, à défaut de preuves

incontestables, repose sur des raisons très sérieuses et dont

l’orthodoxie est garantie par le suffrage de nombreux et éminents

théologiens.

Le système rival, qui fait de la foi explicite aux mystères de la

Trinité et de l’Incarnation une condition absolument requise pour le

salut, nous agrée beaucoup moins. Nous cherchons vainement des preuves

qui nous forceraient d’en accepter la doctrine trop rigide. L’Apôtre, en

effet, dans le texte cité plus haut, parlant des articles dont la foi

explicite est absolument requise pour être sauvé, ne mentionne que

l’existence de Dieu et sa qualité de rémunérateur.

Nous ne voyons pas, d’ailleurs, pourquoi les conditions exigées des

infidèles, seraient plus onéreuses sous la nouvelle Loi que sous

l’ancienne; et pourquoi les théologiens qui nous sont opposés

exigeraient plus du nègre actuel, étranger à l’Évangile, que de l’ancien

Éthiopien. Le Christ serait-il donc venu pour diminuer le nombre des

élus, pour resserrer les portes du ciel, et non pour les élargir par son

glorieux triomphe sur la mort et le péché!

3.--Ces vérités sont accessibles aux plus déshérités.

La doctrine que nous suivons nous met à l’aise pour résoudre la

difficulté soulevée il y a un instant. Non seulement il nous apparaît

que Dieu se doit à lui-même de se révéler comme Créateur et comme Juge

aux âmes qui font effort vers le bien, et pratiquent le devoir dans la

mesure où elles le connaissent; mais nous entrevoyons sans peine combien

sont variés, en même temps qu’infaillibles, les moyens qui amèneront

l’homme, en apparence le plus abandonné, jusqu’à l’acte de foi; et l’on

bénit le ciel de voir briller plus claire cette consolante vérité: Nul

de ceux qui obéissent fidèlement à leur conscience, travaillant à

l’éclairer, s’efforçant vers le bien et se détournant du mal, dans la

mesure de leurs lumières et de leurs forces, nul de ceux-là ne mourra

sans avoir été initié à la foi surnaturelle, qui fait passer une humble

créature dans la famille de Dieu.

Comment se réalisent ces miséricordieux desseins? C’est ici le moment de

le rappeler en peu de mots.--Infinis sont les modes sous lesquels se

fait entendre la voix de Dieu; ils diffèrent avec les temps, les pays et

les personnes. L’action de l’Esprit-Saint se plie aux mille

circonstances, par lesquelles se développe et se modifie la vie

individuelle, avec une souplesse admirable. A l’un, il parlera par une

inspiration intérieure; à l’autre, il enverra l’un de ses anges, ou des

prédicateurs de son Évangile. Il serait aisé de recueillir de la bouche

des missionnaires des milliers de traits, où se montre dans son

ingénieuse sollicitude la tendresse de la Providence pour ses plus

humbles enfants. Ceux-ci ont été longtemps poursuivis par une idée

religieuse, qu’un beau jour ils ont trouvée, comme par hasard, incarnée

dans le christianisme. Ceux-là, en recevant la visite du missionnaire

pour la première fois, avaient éprouvé comme un vague pressentiment

qu’il existe un Maître du ciel, qu’il communique par des moyens

mystérieux avec les âmes, et leur apporte, si elles en sont dignes, des

gages de pardon pour le passé et d’ineffable bonheur pour l’avenir.

Et puisque nous ne parlons ici que des articles, dont la croyance est,

comme disent les théologiens, nécessaire _d’une nécessité de moyen_,

c’est-à-dire absolument requise pour le salut, il nous semble que la

connaissance de ces vérités peut arriver partiellement jusqu’aux

infidèles par la voie de la tradition. Dans la plupart des fausses

religions, elles transpirent encore à travers les fables et les

superstitions dont elles sont le plus souvent enveloppées. Aussi,

croyons-nous que non seulement le protestant, mais le juif et même le

musulman, qui ne se dérobe point par sa faute à la lumière du

christianisme et s’efforce de vivre honnêtement, trouvera sous

l’influence de la grâce divine dans les données primitives, base

première de son culte, les éléments indispensables, mais suffisants pour

un acte de foi. Il croira, confusément au moins, à un «Dieu

rémunérateur» sur l’autorité d’une révélation partie du ciel et qui se

fait jour, il ne sait trop comment, jusqu’à lui.

Disons plus: Il n’est pas invraisemblable que du fond des religions

païennes où elles sont ensevelies, ces vérités primordiales ne se

dégagent souvent pour des consciences honnêtes, grâce sans aucun doute,

à une _particulière_ assistance de l’Esprit divin; et si vagues et

mélangées d’erreurs qu’elles soient d’abord, ne provoquent une poussée

de désirs et de sentiments surnaturels, qui, de proche en proche,

aboutissent à un acte de foi. C’est à peu près ce que répondaient saint

François-Xavier et son compagnon Cosmes de Torrès aux Japonais, quand

ceux-ci demandaient, scandalisés, si tous leurs ancêtres devraient être

damnés, pour n’avoir point entendu la prédication de l’Évangile. Il

n’est pas d’homme, répliquaient les missionnaires, qui ne connaisse les

principaux préceptes de la loi naturelle, surtout dans une nation

civilisée telle que le Japon. Eh bien, poursuivaient-ils, en se

conformant à cette loi, dans la mesure où ils la connaissaient, et en

correspondant aux grâces, qui en tout homme de bonne volonté

s’enchaînent l’une à l’autre, vos pères pouvaient être conduits par la

divine miséricorde jusqu’à la connaissance et à la pratique des choses

nécessaires au salut.

Il ne suit pas de là--est-il besoin de le dire--que les travaux de nos

missionnaires et leur zèle à porter au loin la bonne nouvelle du Christ,

ne soient fort méritoires et d’une incomparable utilité. Il est certain

que dans les pays où ne rayonne pas la vraie foi, les moyens de salut

sont rares et d’une application laborieuse et difficile, comparés à ceux

qui sont prodigués parmi les chrétiens, surtout les catholiques.

Ceux-ci, comme des plantes baignées dès leur naissance dans une

atmosphère surnaturelle, sont constamment sollicités de se tourner vers

Dieu, qui seul, ils le savent, leur donnera avec la vie éternelle un

suprême épanouissement.

A mesure que les âmes s’éloignent des régions bénies où sont dardés les

purs rayons de la révélation, les lueurs vivifiantes de la grâce

deviennent plus tièdes et se raréfient, Dieu voulant ainsi stimuler ses

apôtres à porter au loin le flambeau sacré qu’il a mis entre leurs

mains. En dépit de sa toute-puissance, il agit à certains égards dans

l’ordre de la grâce, comme dans celui de la nature. Loin de rompre la

solidarité qui unit l’un à l’autre les enfants d’un même père, il fait

appel à leur concours fraternel, excite leur activité, réservant sa

miraculeuse intervention pour le cas où l’action des causes secondes est

impuissante, avec sa coopération ordinaire, à procurer le but que se

propose son infinie sagesse.

Du doute à la foi · 第 15 / 18 题