FANON _s. m._ le devant d'un bœuf, d'un taureau. Rampale dans ses
Idiles a dit, _la peau d'un gras fanon lui bat sur les genoux_. Les
Latins l'appellent _Paleare_.
FANON en termes de manége se dit d'un gros toupet de poil ou de crin,
qui vient au derriére du Boulet de plusieurs chevaux. Les chevaux de
carrosse ont souvent de gros _fanons_.
FANON, se dit aussi des barbes de Baleine, qui pendent des deux côtez
de la gueule de ce monstre: le cent pesant de _fanons_ de Baleine a été
réglé par Arrêt du Conseil à 67l. 10. sols: c'est ce qui sert à mettre
dans le corps de juppe des femmes & à plusieurs sortes d'ouvrages, où
on a besoin d'une matiére pliante & qui fasse ressort.
FANON en termes de marine est un racourcissement du point d'une voile
& particuliérement de celle d'Artimon, lors qu'on la trousse & ramasse
avec des garcettes, pour prendre moins de vent. Ces _fanons_ sont des
bouts de corde divisez en plusieurs articles ou marticles attachez aux
grandes voiles, qui les embrassent & serrent quand il est de besoin.
FANON en termes d'Eglises signifie un manipule ou ornement sacerdotal,
que les Prêtres, les Diacres & soûdiacres mettent au bras gauche en
officiant: il est fait en forme de petite étole. Voyez manipule où on
a fait voir que c'étoit autrefois une espéce de mouchoir blanc, comme
témoigne Durandus: son primitif est _Pannus_, dont les Allemans ont
fait _fanus_, parce qu'ils changent ordinairement le p. en f.
FANON se dit aussi des deux pendants, qui sont au derriére de la Mître
d'un Evêque, & aussi du bonnet ou de la Couronne de l'Empereur.
FANON, en termes de blason est un large brasselet fait à la maniére
du _fanon_ de Prêtre pendant du bras droit, au lieu que celui du
Prêtre pend du bras gauche: c'étoit autrefois une manche pendante
qu'on portoit prés du poignet sur tout en Allemagne d'où ce nom nous
est venu, parce que les Allemans appellent _fanen_ une piéce de linge
ou d'étoffe, & quelquefois une banniére, on l'appelle autrement
_Dextrochere_.
FANON se prend aussi quelquefois pour _gonfanon_, voyez gonfanon; & en
ce sens Borel le dérive du grec _phaino_, _appareo_, parce qu'on le
void de loin étant au bout d'une pique.
FAUCON _s. m._ Oiseau de leurre, qui a le plus beau vol & qui est le
plus noble & le plus estimé entre les oiseaux de proye, c'est pourquoi
il donne le nom à la _fauconnerie_, il a les pieds jaunes, la tête
noire, & est semé sur le dos de plusieurs taches. Le bon _faucon_ a
la tête ronde, le bec court & gros, le col long, les épaules larges,
les pennes des aîles subtiles & déliées, les cuisses longues, les
jambes courtes, les pieds, ou mains longs, larges & grands: il y a
des _faucons_ riviereux, d'autres champêtres propres à voler sur les
riviéres ou les campagnes, en Latin _falco_, _triorches_, _buteo_, &
en général _accipiter_, qui est le nom de la meilleure espéce, qui l'a
donné aux autres.
FAUCON _pelerin_, est celui qui vient des païs lointains, dont on ne
trouve point l'aire, qui est pris depuis le mois d'Octobre jusqu'en
Janvier.
FAUCON _gentil_, de passage, qui vient des païs circonvoisins, le plus
aisé à dresser, qui est pris en Août ou en Septembre; ce mot vient de
_Gentilis_.
FAUCON _niais_, qui n'a jamais été à soi qui est pris au nid, ou dans
le roc quand il est fort petit, on l'appelle aussi _faucon_ Royal,
parce qu'on l'éleve facilement.
FAUCON _sor_, c'est un faucon qui a encore son premier plumage, les
pennes du premier an.
FAUCON _hagard_, c'est à dire, _fier_ & _bisarre_ celui qui n'est plus
sor quand on le prend, qui a mué ou changé de plumes, on l'appelle
aussi _faucon de repaire_.
FAUCON _antanaire_ ou _antenaire_, qui est pris au printemps avant la
muë.
FAUCON _mué_ en main d'homme se dit simplement du _faucon mué_; quand
il est mué des champs & puis pris au passage il se dit _ardoisé_,
_madré_ ou _fleuri_, hors de connoissance, & vieil _faucon_.
FAUCON _tagarot_, c'est un oiseau fort long & flouet, d'une espéce
particuliére, on l'apporte du côté d'Egypte.
FAUCON _Tartaret_, qui vient de Tartarie, c'est un grand oiseau dit de
_haute maille_, appellé des Turcs _faucon sahin_.
FAUCONS _Balarins_, qui viennent de Hongrie sont des _faucons_ communs
petits, de pennage brun avec la tête noire.
FAUCON _familleux_, c'est un faucon famelic, ou sujet à la faim.
Le _Faucon montanier_ est brun & hardi, & se doit entretenir entre gras
& maigre.
Le Faucon _Thunisien_, qui vient de Thunis, nommé autrement _alphanet_
de _alpha_, parce que les Grecs le mettent au premier rang des faucons.
Il y a des _faucons_ qu'on appelle du Perou, & autrement _neblies_,
qui volent plus haut que les autres, qui ont des serres fortes & une
couleur tirant sur le noir.
Le gerfaut, le sacre, le lanier sont des espéces de _faucons_.
FAUCON. Terme d'artillerie espéce de Canon qui a trois pouces de
diamêtre & qui porte une livre & demie de balle.
FAUCONNEAU _s. m._ piéce d'artillerie, qui tient le sixiéme rang entre
les Canons, qui a six à sept pieds de long, & deux pouces de diamêtre,
dont la balle pese environ une livre & demie, mais selon Hanzelet c'est
une huitiéme de coulevrine qui a 35. calibres de long, qui tire deux
livres & demie de fer avec deux livres de poudre, & le bâtard à 30.
calibres, tire trois livres de fer avec autant de poudre.
FAUCONNEAU chez les maçons, est la piéce de bois la plus haute d'un
engin à élever des fardeaux, elle porte les deux poulies par où passent
les cables.
FAUCONNERIE _s. f._ l'art de dresser, d'affaiter, de gouverner,
d'apprivoiser & d'assûrer les oiseaux de proye, Desparon a bien écrit
de la _fauconnerie_.
FAUCONNERIE se dit aussi de l'équipage de la chasse, qui se fait avec
les oiseaux. Ce Prince aime la _fauconnerie_, il a beaucoup d'Officiers
de _fauconnerie_. La _fauconnerie_ du Roi est en tel endroit.
FAUCONNIER _s. m._ affaiteur, ou apprivoiseur d'oiseaux, celui qui
dresse & qui gouverne, ou qui a le soin des oiseaux de proye, des gants
de _fauconnier_. Le grand Seigneur entretient ordinairement six mille
_fauconniers_ & le moins qu'il en ait eu c'est trois mille.
On appelle chez le Roi le grand _fauconnier_, l'officier qui a soin de
toute sa fauconnerie.
On dit en termes de manége, monter à cheval en _fauconnier_, pour dire
monter du pied droit.
FAUCONNIERE _s. f._ poche ou bourse de fauconnier.
On appelle aussi _fauconniére_ une espéce de Bissac de cuir ou double
gibeciére qu'on porte à cheval & qu'on met des deux côtez de l'arçon de
la selle, où on serre les menuës hardes nécessaires pour un voyage.
FEU. _s. m._ Element chaud & sec, qui entre en la composition de tous
les corps naturels, & sur tout de ceux qui sont animez. Les anciens ont
crû qu'il y avoit un _feu_ élementaire dans le concave de la Lune, ce
qui est une pure vision établie sans fondement. Le _feu_ n'est autre
chose qu'une matiére fort subtile & violemment agitée. Le _feu_ est
le plus violent de tous les acides. Dans les forges on n'employe que
du _feu_ de Charbon, dans les Verreries que du _feu_ de bois sec; dans
les Chambres on allume du _feu_ clair, du _feu_ de fagot quand on veut
prendre l'air du _feu_, une poignée de _feu_. Les pauvres font du
_feu_ de tourbes & de mottes. Les volcans sont de grands gouffres de
_feu_, des feux soûterrains qui sortent de temps en temps. On fait du
_feu_ avec des pierres, avec un fuzil. Aux Indes Orientales on en fait
en frottant deux morceaux de bois de Candou l'un contre l'autre. Aux
Occidentales avec un autre bois qu'on appelle _Ticaca_, qui ressemble
à la canelle & qui sert de fuzil. Mathiole dit que les Anciens avant
l'invention de l'Acier, tiroient le feu d'un bois dur, frotté avec un
bois tendre & spongieux, tel que le bois de la vigne sauvage.
FEU, en termes de Chymie, se dit des degrez de la chaleur, qui servent
à en faire les operations. Ainsi les Chymistes appellent _feu_ de
digestion, le fumier qu'ils nomment autrement ventre de Cheval, dont la
chaleur est telle qu'on ne sçauroit tenir la main dans le milieu d'un
grand tas de fumier échauffé, ni souffrir dans la main une verge de
fer qu'on y aura introduite & tenuë quelques momens. Le second _feu_
est celui du bain vaporeux, du Bain marie, du Bain de cendre, du Bain
de sable, du Bain de limaille & autres qui sont expliquez à Bain. Le
troisiéme est le _feu_ ordinaire qu'on applique sous le Vaisseau. Le
quatriéme _feu_ est le _feu_ de Lampe qui est moderé & égal, qu'on
peut augmenter par la grosseur & le nombre des méches qu'on allume,
c'est celui qui sert aux Emailleurs. Le cinquiéme est le _feu_ de Roüe
qu'on allume en rond autour d'un Creuset, qu'on approche peu à peu
autour du vaisseau également & pour l'échauffer. Le sixiéme _feu_ est
nommé de suppression, qui se donne lorsque non seulement on environne
le vaisseau, mais aussi lors qu'on le couvre tout à fait de charbons
allumez, dont on augmente la force suivant le besoin. Le septiéme
_feu_, est celui de Reverbere clos, qui se fait dans un fourneau, où
non seulement il frappe le vaisseau, mais encore il le refléchit & le
refrappe par dessus & tout autour: il y a encore _feu_ de Reverbere
ouvert, qui se fait dans un fourneau qui n'a point de couverture. Le
huitiéme _feu_ est le feu de flame ou de fusion, qui se fait pour la
fusion & calcination des Métaux & Mineraux, on l'appelle aussi feu
d'atteinte. Le neuviéme _feu_ est celui des grandes Verreries, qui sert
à vitrifier les Cendres des plantes, les sables & les caillous, qui est
plus violent que tous les autres.
ON dit mesurer le _feu_, donner le _feu_ par degrez, pour dire le
donner plus ou moins violent, en ouvrant ou fermant les registres ou
trous du fourneau, & on l'appelle alors un _feu_ gradué.
ON croit aussi en Chymie qu'il y a un _feu_ central qui cuit & produit
les métaux & les mineraux qu'on nomme l'_Archée_. On dit aussi qu'on
éprouve les métaux par le _feu_, qu'il faut qu'ils souffrent le _feu_,
pour dire la coupelle: en d'autres occasions on dit qu'il faut qu'ils
passent par le _feu_, sur le _feu_, pour les purger du mauvais air.
ON a vû ces derniéres années quelques Charlatans à Paris qui ont mangé
du _feu_, qui ont marché sur le _feu_, qui ont lavé leurs mains de
plomb fondu; ce qui n'est pas un secret nouveau, puis qu'Ambroise
Paré dit avoir éprouvé lui-même, qu'aprés avoir lavé ses mains de
son urine, ou bien avec de l'_unguentum aureum_, on les peut laver
seurement de plomb fondu. Il dit aussi qu'il fit distiller du lard
fondu avec une pelle rouge sur ses mains, aprés les avoir lavées avec
du _jus d'oignon_.
FEU, signifie aussi incendie, embrasement. Le _feu_ a pris à la maison,
à la cheminée. On sonne le tocsin, on crie au _feu_ quand le _feu_ est
quelque part. Une petite bluette, une étincelle de _feu_ cause souvent
une grande incendie. Il a fallu abattre ce corps de logis à cause que
le _feu_ gagnoit.
FEUX d'artifice ou _feux_ de joïe, sont des _feux_ faits artistement
avec de la poudre à Canon, qu'on tire dans les réjouïssances publiques,
ou dans les régals magnifiques. Ils sont composez de fusées volantes,
saucissons, petards, lances à feu, pots à feu, girandoles, &c. Et
accompagnez pour l'ornement de plusieurs figures & devises. On fait
à la gréve un _feu_ de joïe la veille de la Saint Jean, on en fait
aux naissances, entrées & mariages des Rois, dont les compositions se
trouvent dans les pyrotecnies de _Hanzelet_, _Vanoccio_, _Malthus_,
& sur tout de _Casimir simieirowies Polonnois_, qui en a fait un
excellent Livre in folio. On dit aussi au figuré qu'un homme fait des
_feux_ de joïe dans son cœur, quand il se réjouït secrettement dans
son ame de quelque chose qui est arrivée.
FEU, se dit souvent en termes de guerre. On voyoit les _feux_ de
l'Armée, c'est à dire, les _feux_ qu'on allume la nuit dans un Camp.
Les Armes à _feu_ sont celles qu'on charge de poudre, comme pistolets,
mousquets, fusils, carabines, canons, grenades, bombes & carcasses,
on les appelle quelquefois bâtons à _feu_. On dit des Villes prises
d'assaut, qu'on y a mis tout à _feu & à sang_. Le _feu_ de la place,
c'est le flanc, ou la partie de la courtine où aboutit la ligne de
défense, d'où on a fait _feu_ pour défendre la face du Bastion opposé:
la meilleure façon de fortifier est celle qui donne plus de _feu_, en
cet Assaut la courtine étoit toute en _feu_, il falut soûtenir, essuyer
le feu de cette demi-lune. Cette trenchée étoit en filée, exposée au
_feu_ de la place.
ON appelle _feu gregeois_ un _feu_ d'artifice qui brûle dans l'eau,
qu'on dit avoir été inventé par Callinicus, vers l'an de grace 660.
comme remarque le P. Petault fondé sur l'autorité de Nicetas & de
Zonare: ce fut par son moyen que l'Empereur Constantin Pogonat ou
Barbu défit les Agarennes ou Sarrasins qui le tenoient assiégé à
Constantinople. Il est inextinguible, si ce n'est avec du sable, du
vinaigre, ou des cuirs verds. Mais d'autres soûtiennent qu'il est
plus ancien, & qu'il fut inventé par Marcus Gracchus: en effet il y a
quelques Auteurs qui font mention que les Grecs & les Romains s'en sont
servis dans leurs guerres, pour attaquer & défendre les Places & les
Vaisseaux.
On dit d'un homme brave & intrépide qu'il ne craint point le _feu_,
qu'il va au _feu_ comme à la nopce.
FEU, signifie quelquefois simplement la lumiére d'une bougie, d'une
chandelle, d'un flambeau. Dans les Villes policées il est défendu de
marcher la nuit sans _feu_, sans flambeau & sans lanterne. On demande
du _feu_ pour cacheter une lettre. Les fermes du Roi s'adjugent au
premier _feu_, au second _feu_, c'est à dire, à l'extinction de la
premiére ou seconde bougie qu'on allume pendant les Enchéres. Il est
défendu de pêcher, de chasser au _feu_, c'est à dire, la nuit avec de
la lumiére.
FEU, en termes de Marine signifie le fanal ou lanterne, qui est
sur la pouppe des Vaisseaux pour servir de guide la nuit. L'Amiral
porte quatre _feux_, fanal de quatre _feux_. Le Vice-Amiral, le
Contre-Amiral, & chef d'Escadre en portent chacun _trois_, les autres
Vaisseaux n'en portent qu'un; le _feu_ sert aussi de signal pour régler
la route, la voilure & la manœuvre: on le met en divers endroits &
aux haubans de divers mats, suivant qu'il a été concerté entre les
Officiers. On dit des grands vaisseaux qu'ils ne craignent que la terre
& le _feu_, un Corsaire qui craint la corde s'il est pris, met le
_feu_ aux poudres & fait sauter le Vaisseau. On appelle aussi _feux_,
ces fanaux qui sont allumez sur le haut d'une tour, sur la côte ou à
l'entrée des Ports & des Riviéres pour éclairer & guider pendant la
nuit les vaisseaux dans leur route.
FEU, signifie quelquefois la cheminée. Il y a tant de _feux_ en
cette maison, c'est à dire, tant de chambres à _feu_ ou à cheminées,
quelquefois il se dit du _feu_ actuel qu'on entretient dans un âtre.
Il me faut 20. voïes de bois par an, car j'ai toûjours deux _feux_
jour & nuit; quelquefois il se dit des utenciles qui servent à
attiser, détiser, entretenir & souffler le _feu_, comme grille, pelle,
pincettes, tenailles, soufflet. Un _feu_ garni d'argent.
FEU. Se dit quelquefois aussi d'un ménage, de toute une famille, il y
a tant de _feux_ en cette Paroisse. Le beaupere & son gendre ne font
qu'un _feu_, c'est à dire, vivent ensemble, ne font qu'un ménage: ce
mot vient du latin _focus_.
FEU. En termes de Théologie, se dit des _feux_ immateriels dont Dieu se
sert pour punir les méchans. Les _feux_ d'Enfer, & du Purgatoire sont
des _feux_ inextinguibles qui brûlent les malheureux sans les consumer.
Le monde doit périr par un deluge de _feu_. Sodome & Gomorre furent
punis par le _feu_ du Ciel: ils avoient fait des crimes qui méritoient
le _feu_. Dieu apparut à Moïse sous la figure d'un _feu_ ardent en un
buisson, le S. Esprit descendit sur les Apôtres en langue de _feu_. Le
Camp des Israëlites étoit guidé par une colonne de _feu_. Les Hebreux
conservoient un _feu_ sacré dans le Temple. Les Payens ont adoré le
_feu_. Les Vestales gardoient le _feu_ sacré des Romains. Les Perses
ont encore des _feux_ qui brûlent depuis plus de mille ans sur des
montagnes.
FEU. Se dit aussi des Astres & des Méteores. Les Poëtes appellent
tous les Astres les _feux_ du firmament, les _feux_ de la nuit, des
globes de _feu_. La Lune est un des moindres _feux_ du Ciel, les _feux_
follets ou ardens sont des exhalaisons qui s'enflamment. On dit que
le Ciel est tout en _feu_, pour dire qu'il tonne & éclaire beaucoup.
On appelle sur la mer le _feu_ saint Elme, certains _feux_ volans
autour des mâts & des manœuvres, & de la cage, causez apparemment par
quelques exhalaisons qui restent aprés une tempête & qui en présagent
la fin. Les Mariniers les appellent saint Nicolas, sainte Claire,
sainte Helene. Les Italiens _hermo_, les Castillans _san Elmo_, les
Anciens _Castor_ & _Pollux_: quand il n'en paroît qu'un on l'appelle
_furolle_ ou _helene_, ce qu'on tient de mauvais présage, quand il en
paroît deux les Mariniers s'en réjouïssent & les saluent avec leurs
sifflets.
FEU. Se dit aussi en Médecine & en Chirurgie. Le _feu_ saint Antoine
étoit autrefois une maladie fort dangereuse. Le _feu_ volage est une
espece de dartre qui s'enflamme & qui vient sur tout au visage. On
ôte le vin aux malades de crainte de mettre le _feu_ dans une playe,
d'augmenter le _feu_ de la fiévre. L'Arsenic met le _feu_ dans la
bouche, dans les entrailles. Il y a des playes qui ne se guérissent
qu'avec le _feu_. Le _feu_ actuel est un bouton de _feu_, un fer
chaud. Un _feu_ potentiel est celui qui est enfermé dans les remédes
caustiques comme les cauteres, & en quelques minéraux ou plantes
corrosives. On dit aussi donner le _feu_ à un Cheval, quand on lui
applique un bouton ou un couteau de _feu_ pour le guérir du farcin ou
de quelques autres maladies.
FEU. Se dit en termes de Lapidaires, de l'éclat, de la vivacité de
quelque corps, de la lumiére qu'il jette ou qu'il refléchit. Un Diamant
fin jette bien du _feu_, de l'éclat. L'Escarboucle est une pierre
imaginaire qu'on dit jetter assez de _feu_ pour éclairer une chambre.
Des yeux vifs & brillans jettent du _feu_. Les vers luisans, la pierre
de Boulogne, le phosphore la nuit jettent du _feu_. On appelle couleur
de _feu_ un rouge vif & foncé qui a l'éclat du _feu_.
FEU. Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux
des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont
curieux.
FEU. Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité
de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien du _feu_,
c'est un esprit tout de _feu_. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut
jamais de _feu_. Le _feu_ brille par tout dans ses écrits. Il a l'ame
échauffée d'un beau _feu_, d'un noble _feu_.
On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout en _feu_, que le
_feu_ lui a monté au visage, qu'il jette _feu & flammes_, qu'il lui
faut laisser jetter son _feu_. On dit aussi d'un homme amoureux qu'il
brûle d'un beau _feu_, qu'il nourrit un _feu_ discret, un _feu_ caché
sous la cendre, un _feu_ qui le devore. La bonne morale veut qu'on
éteigne le _feu_ de la concupiscence. On dit aussi brûler d'un _feu_
divin, d'un _feu_ celeste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il
faut laisser passer le _feu_ de la jeunesse, ses emportemens. Le _feu_
se dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premier _feu_, la
premiére impetuosité des François.
FEU. Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des
Huguenots tout le Royaume étoit en _feu_. Des Prédicateurs séditieux
mettoient le _feu_ par tout, le Roi a éteint enfin le _feu_ de la
sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit
qu'il y faut appliquer le fer & le _feu_.
On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra fera _feu_, pour
dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.
FEU. Se dit proverbialement en ces phrases. Un _feu_ à rôtir un bœuf,
c'est un grand _feu_ de reculée. On dit aussi il n'est _feu_ que de
gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bon _feu_.
On dit aussi qu'un homme a mis le _feu_ à la cheminée, pour dire qu'il
a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le
gosier, le palais en _feu_. On dit aussi c'est un _feu_ de paille,
d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on
n'achevera point. On dit aussi faire du _feu_ violet pour dire faire
quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que le _feu_ de bois
vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois
tortu fait le _feu_ droit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte,
qu'il court comme s'il avoit le _feu_ au cul. On dit de deux personnes
ennemies qui ne se sçauroient souffrir, que c'est le _feu_ & l'eau. On
dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de son _feu_,
pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on
trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot au _feu_, ni écuelles lavées.
On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a ni _feu_ ni lieu, quand il
n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a
point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé
du coin de son _feu_. On dit faire mourir quelqu'un à petit _feu_,
pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il
a besoin. On dit que le _feu_ ne va point sans fumée, pour dire qu'il
paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on
a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on
dit publiquement. On dit encore mettre les fers au _feu_, en parlant
d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer
vigoureusement. On dit aussi, que le _feu_ est à une marchandise, pour
dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme au _feu_. On
dit mettre le _feu_ aux étouppes, mettre le _feu_ aux poudres, jetter
de l'huile sur le _feu_, mettre le _feu_ sous le ventre à quelqu'un:
pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle
il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit,
qu'un homme se mettroit au _feu_ pour son ami, pour dire qu'il est prêt
de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa
main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il
est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on
avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du
fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du
soupçon que son mari avoit contre elle, en marchant les pieds nuds sur
12 socs de charruë ardens.
FEU. Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des
défunts, dont la mémoire est encore assez récente. Le _feu_ Roi se
dit du Roi dernier mort; la feuë Reine. _Feu_ mon pere, mon oncle.
Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurier _furent_
en parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que
ce mot vient de _fuit_ & de _fuerunt_, néanmoins, Ménage prétend avec
quelque apparence qu'il vient de _functus_, au lieu de _fato functus_.
_S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire
de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le
même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de
sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des
autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de
n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il
n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir._
FIEF _s. m._ Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne
à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances.
Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont
établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils
sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par
un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps
de Clovis. On possede en _fief_ non seulement des heritages, mais
des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances
& même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns
de _fœdus_ comme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le
Seigneur; les autres de _fides_, à cause de la foi qu'on est obligé
de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le mot
_fedum_ latin vient par la contraction de ces lettres initiales,
_fidelis ero domino vero meo_, qui est une ancienne formule de la foi &
hommage; Nicod tient qu'il vient de _felo_ Allemand signifiant la même
chose; d'autres de _foden_ qui signifie _nourrir_, ou du saxon _feod_
qui signifie _stipendium_, le _fief_ étant une espéce de prébende pour
vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fief
_dominant_ est celui à qui on doit foi & hommage; _fief_ servant, celui
qui releve d'un autre _fief_, ou qui n'a sous soi que des rotures.
Un _fief en nuesse_ ou de _Hautbert_, est celui qui reléve de la
Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi de _nud à
nud_, qui tient du Roi sa Seigneurie en plein _fief_, ce qu'on appelle
aussi fief _chevel_. Fief _noble_, est celui qui est tenu en plein
hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison
ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse &
d'ancienneté, on appelle les autres _fiefs_ ruraux & non nobles qu'on
appelle quelquefois _fiefs restraints_ ou _abregez_. On a appelé aussi
_fiefs roturiers_, des mairies, & _fiefs boursiers_ ou _boursaux_,
des _fiefs_ acquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs
lieux _coûtumiére_; les portions de _fief_ qui appartiennent aux
aînez s'appellent aussi _Bourseaux_ en la Coûtume du grand perche.
Franc fief, cette épithete est donnée aux _fiefs_, parce qu'ils ne
doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race
ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides
& subsides, & on appelle _francs fiefs & nouveaux acquets_, la taxe
qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, les
Communautez & gens de main morte pour les _fiefs_ qu'ils tiennent, ou
qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne
soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le
pied du revenu de six années à l'égard des _fiefs_ qui sont tenus du
Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'en
_arriére fief_. _Pied de fief_ est un fief dépecé & démembré dont il
est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.
Fief de _danger_ est celui dont on ne peut prendre possession qu'aprés
avoir fait la foi & hommage, & qu'on ne peut aliener sans le congé du
Seigneur, autrement il est confisqué.
Il y a des _fiefs_ à vie, d'autres qu'on appelle _fiefs morts_ qui sont
des heritages tenus à rente seche, qui ne portent point de profit de
cens, ni de rente fonciére. On dit, qu'un Seigneur de son domaine fait
son _fief_ quand de son plein _fief_ il en donne une partie à un vassal
pour en faire un _arriére fief_, & au contraire, que de son _fief_ il
fait son domaine, quand il y réünit un _arriére fief_, ou quand il le
retire par puissance de _fief_. Il y a aussi des _fiefs_ en régale, ou
des fiefs de dignité comme étoit autrefois la charge de Connêtable que
le Roi donnoit en _fief_, & dont on lui faisoit foi & hommage.
Fief _en l'air_, c'est un _fief_ qui n'a point de Château ou principal
manoir où les tenanciers soient obligez de venir faire les devoirs &
payer les droits.
Profit de _fief_, se dit des droits Seigneuriaux, comme quints &
requints, rachats, laods & ventes qui se payent à chaque mutation des
heritages ou _fiefs_ servans quand le _fief_ est ouvert ou vacant. On
dit aussi qu'un Seigneur peut se joüer de son _fief_, pour dire le
démembrer.
Puissance de _fief_, est un droit Seigneurial qui donne pouvoir à un
Seigneur de retirer & de prendre un heritage dépendant de lui, pour le
même prix qu'il est vendu à un étranger, & non lignager de celui qui
vend, ou du vassal.
Commise de _fief_, c'est la dénégation que fait un vassal de tenir un
_fief_ de son Seigneur, ce qui en emporte confiscation, d'où est venu
ce proverbe qui _fief_ nie, ou _fief_ rogne, perd son fief.
Arriére _fief_, est un _fief_ relevant d'un autre _fief_, lequel en a
encore un autre au-dessus de lui.
Fieffer. _v. act._ donner en _fief_ une terre, un droit à la charge de
foi & hommage, & de quelque redevance.
Fieffé, ée. _part._ un Officier, un Sergent _fieffé_, sont ceux
qui dépendent d'un _fief_. Il y a quantité d'Offices _fieffez_ &
hereditaires. On a appellé Tailleur _fieffé_, celui qui tenoit en foi
& hommage du Roi le pouvoir de tailler les monnoyes de France. On dit
aussi par injure & exaggeration, un coquin _fieffé_, une coquette
_fieffée_, de ceux qui font profession d'être malhonnêtes gens ou qui
sont galantes de profession.
FOYER _s. m._ l'âtre de la cheminée d'une chambre où on fait le feu.
Les Penates des anciens étoient appellez les Dieux des _foyers_. Ce mot
vient du latin _foculare_. Ménage.
Foyer se prend quelquefois pour la maison. Ce Gentilhomme a envoyé ses
enfans à la guerre, & il est demeuré pour garder son _foyer_; cela se
dit aussi des faineans ou poltrons qui ne veulent point s'éloigner du
coin de leur feu.
Foyer, en termes de Marine se dit des feux allumez au haut d'une Tour
éminente pour donner la nuit par leur lumiére l'adresse aux vaisseaux,
comme la Tour de Cordoüan sur la riviére de Bourdeaux, les lanternes de
la Rochelle, de Boulogne, de l'Ecluse, le Phare d'Alexandrie, &c. On le
dit aussi des feux, que ceux qui font le guet sur la côte doivent avoir
pour faire des signaux. On appelle aussi _foyer_ dans les vaisseaux
l'endroit où on fait le feu.
Foyer en termes de Géometrie se dit des centres des ellipses, des
paraboles & des hyperboles où aboutissent les réflexions des rayons
qui tombent sur leurs surfaces, & d'où on tire des lignes qui ont de
particuliéres proprietez amplement démontrées par Appollonius Pergeus
dans ses sections coniques. Les Ellipses ont deux _foyers_ ou centres
sur lesquels la figure est décrite, d'où les lignes qui sont tirées à
quelque endroit que ce soit de la circonference égalent étant prises
ensemble le grand Diametre.
On appelle aussi _foyer_ dans les miroirs ardens, le point brûlant où
se rassemblent les rayons soit par la réflexion, soit par réfraction à
travers un verre de lunette quand il est taillé en sorte que les rayons
soient convergens.
Le foyer solaire est un rond ou cone de brillante clarté & fort vive
qui se forme des rayons de lumiére brisez dans un verre sphérique &
convergents qui aboutissent à un point brûlant. C'est une erreur de
croire que ce _foyer_ soit justement au centre du verre qui a causé la
réfraction, il ne va que jusqu'au tiers ou au quart du rayon. Il faut
que la retine soit au _foyer_ du cristalin afin que la vision soit
parfaite.
En termes de Médecine on appelle _foyer_ le lieu où on croit qu'est
le principe & le levain de la fiévre. Les fiévres tierces & quartes
viennent de ce que la corruption des humeurs est faite en deux ou
trois _foyers_ differents.
FUGUE, _s. f._ Terme de musique, est une suite de consonances qui
se chantent à deux parties, dont la premiere s'appelle _guide_ qui
précede & montre le chemin à la seconde qu'on appelle _consequente_ ou
_imitation_, _replique_, _redite_, _écho_, c'est à dire, qu'elle montre
par quels degrez ou intervalles elle doit aller. La seconde commence à
chanter par une notte qui est à la quinte ou à la quarte de la premiere
notte. Lorsque la premiere notte de la consequente est à la quarte de
la premiere de la _guide_, on l'appelle _fugue en diatessaron_, & quand
elle est à la quinte _fugue en diapente_, & ainsi des autres. La _fugue
grave_ se jouë dans la grande orgue sur le bourdon, prestant, trompette
& clairon.
La _contrefugue_ se fait lors que l'une des parties monte, & que
l'autre descend par mêmes intervalles, comme quand la guide fait la,
sol, fa, & la consequente fa, sol, la, &c.